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      Matt Elliott à L’Alhambra, compte-rendu

      Le chanteur de folk anglais a été invité au festival Au Fil Des Voix, qui met à l’honneur tous les ans l’organe vocal en tant qu’instrument de musique à part entière. Participent ainsi des chanteurs réputés pour ce don et portant en eux les traditions folk de leurs contrées respectives : Argentine, Mali, Turquie, Corse, Andes, Maghreb. Les « musiques du monde », si on cherche à étiqueter ces artistes, comme autant d’amplitudes de notes et de styles possibles, un régal pour les amateurs de tessitures variées. Ce vendredi 5 février, était à l’honneur la Grande Bretagne, puisque la troupe de « circus swing » Gabby Young and Other Animal, est venu faire des ravages ce soir là, après la prestation fantomatique de Matt Elliott. Nous revenons particulièrement sur la prestation de ce dernier, que nous avons annoncé et dont nous avons retracé la carrière déjà ici.

      Matt Eliott

      Les couleurs de « The Calm Before »

      C’est donc seul avec sa guitare, comme c’est souvent le cas, que Matt Elliott se rend sur la scène de l’Alhambra, en cette fin de semaine. Posture droite et allure d’un naturel confondant (après tout, il est chez lui, Matt ayant déménagé en France il y a quelques années), il vient défendre son nouvel album sorti le jour-même, « The Calm Before ». Devant une audience bondée, il déroule quelques uns des nouveaux morceaux, dans un arrangement encore dénudé. On peut deviner alors que ce nouvel opus reprend la tournure prise dans son précédent de 2013 (« Only Myocardial Infarction Can Break Your Heart »), à savoir un retour à la sobriété, un classicisme nouveau, presque une musique de chambre, chose insoupçonné jusque là dans ses oeuvres.

      Matt Elliott

      Voix et guitares en canon

      Mais ce qui ne change pas, c’est sa mélancolie et la réaction à cela: élever des sentiments noirs, élever la désolation devant l’inexorable finitude des hommes, élever la haine aussi. C’est ainsi que Matt tient particulièrement à jouer un vieux morceau, « Also Ran » (extrait de son premier album solo « The mess we made »), dédié à un père « dont il est impatient de le voir mourir ». Cette haine est diluée, dans le morceau original, dans un maelstrom triste et sublime à la fois. Sans effets autres que le looping, le morceau joué ce soir-là est simplifié en un canon de voix et de cordes. Matt réalise tout seul et en direct ce canon, en magnant l’interrupteur de sa pédale enregistreuse pour enchainer sans transition sur une autre partie, par dessus la séquence qu’il vient tout juste de s’enregistrer. Au bout d’un peu plus de 5 minutes, on a l’impression que 2, 3, puis 4 et 5 Matt Elliott sont sur scène, avec ces séquences qui s’enchevêtrent, et ses voix qui se hantent l’une l’autre. Effet saisissant, effroi dans la salle devant ce quadragénaire s’amusant, à 6 minutes, à répéter puis à accélérer avec sa pédale le bout de phrase « I can’t wait for you to die », pour improviser dessus un semblant de flamenco. Les séquences rajoutés an canon sont légion et constituent la marque de fabrique du chanteur, s’offrant ainsi, en ce festival des voix, la possibilité de la déployer dans toute sa verve. C’est le cas sur « The Kursk » (de l’album « Drinking Song »), où les suites vocales splendides et déchirées, peuvent s’étendre jusqu’à loin, très loin. Si les autres morceaux sont joués aussi intensément, c’est parce qu’ils les hantent toujours autant. Il ne se lasse pas de les rejouer, de devoir s’extirper de ses questionnements bourdonnants d’anxiété. La musique est la meilleure compagne de Matt !

      Matt Elliott

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