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      La sulfureuse Lolita de Nabokov

      Lolita NabokovPuisque nous sommes actuellement dans les grands succès littéraires qui ont marqué le XXe siècle, il serait injurieux de passer outre l’oeuvre qui révéla Nabokov: Lolita.

      « Par pitié, mon lecteur, quelle que soit votre répugnance pour le héros au coeur trop tendre de ce livre, pour sa sensibilité morbide et sa circonspection sans égale, ne sautez pas ces pages essentielles ! Voyez-moi ; je ne puis exister si vous ne me voyez point ; tentez de discerner la biche qui se tapit en moi, tremblant dans la forêt de mon iniquité. »

       

       Le chef d’oeuvre

      Publié pour la première fois à Paris en 1955 par Olympia Press, une maison spécialisée dans l’édition d’ouvrages qui posent des problèmes d’éthique, Lolita provoque dès sa sortie à la fois scandale et censure. Le manuscrit, refusé par six éditeurs américains qui craignaient des poursuites judiciaires, faillit donc ne jamais voir le jour. En dehors de l’union entre personne noire et personne blanche (voir J’irai cracher sur vos tombes), à l’époque aux Etats-Unis, les grands sujets tabous sont les thèmes dominants de Lolita, à savoir la pédophilie et l’inceste.

      Malgré la censure que le livre a connue très rapidement après sa sortie, aux Etats-Unis, l’ouvrage se vend à 100 000 exemplaires en seulement trois semaines. Il se place directement à la tête des ventes, et son succès est immédiat. Aujourd’hui, on considère Lolita comme un des plus grands chefs d’œuvre littéraire du XXe siècle. Il a d’ailleurs été vendu à plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde.

       

      « Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
      Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

       Lolita

      Lolita est le diminutif de Dolores, le prénom de l’héroïne, d’un bien triste présage…Elle vit avec sa mère, Charlotte Haze, veuve, qui loue accessoirement une chambre de leur maison, pour leur faciliter la vie. C’est ainsi qu’elles rencontrent Humbert Humbert, le narrateur ; professeur de littérature, il est à la recherche de tranquillité afin d’écrire et d’étudier pour les vacances. Une complicité va très rapidement s’installer entre le professeur et la jeune fille, mais la mère, jalouse, va éloigner cette dernière en l’envoyant dans un camp de vacances.

       Humbert Humbert

      Humbert pourrait avoir toutes les qualités du gendre idéal : il est séduisant, cultivé, raffiné, attendrissant… ce qui rend encore plus dangereux cet homme en apparence insoupçonnable. Le narrateur, qui est attiré par les « nymphettes » de 9 à 12 ans, est subjugué par la juvénile mais aguichante Dolorès, dite Lolita. Pour arriver à ses fins avec la jeune fille, il est prêt à tout, même à séduire la mère. Celle-ci ne se doute de rien, jusqu’au jour où elle tombe sur le journal du jeune professeur et découvre sa passion perverse pour sa fille.
      Après un bouleversement narratif épique, Humbert et Lolita partent pour un road trip à travers l’Amérique, et leur voyage constituera la deuxième partie de l’œuvre.

       

      « D’emblée, nous fûmes passionnément, gauchement, scandaleusement, atrocement amoureux l’un de l’autre ; désespérément, devrais-je ajouter, car nous n’aurions pu apaiser cette frénésie de possession mutuelle qu’en absorbant et en assimilant jusqu’à la dernière particule le corps et l’âme l’un de l’autre ; or nous étions là tous les deux, incapables de nous accoupler comme des gamins des bas-fonds auraient cent fois trouvé l’occasion de le faire. »

       

      A travers son récit, le narrateur nous transmet sa passion pour Lolita avec tellement d’émotions et de tendresse que l’on oublie parfois que la jeune fille est victime de ce pédophile. Le sujet, bien que difficile, déroutant, de nature à mettre mal à l’aise, est traité de façon admirable. Composé en deux parties distinctes, Lolita se présente comme la longue confession de son narrateur, avant son procès pour meurtre.

      La postérité

      Qui d’autre que Stanley Kubrick pouvait adapter à l’écran ce sulfureux roman? Sept ans après la censure du chef d’oeuvre littéraire, le réalisateur s’attèle à la lourde tâche de l’adaptation. D’ailleurs, on lui reprochera son manque de fidélité.
      Une version plus récente et plus fidèle met en scène Mélanie Griffith en 1997. En dehors de son impact cinématographique, en une soixante d’années, Nabokov aura laissé son empreinte dans la littérature et dans la vie de tous les jours, puisque le terme de « lolita » est aujourd’hui assimilé, par antonomase, aux jeunes filles qui entre adolescence et puberté, provoquent les hommes par leur comportement.
      On se rappelle tous de la chanson qui révéla la jeune chanteuse Alizée, « Moi, Lolita », avec un refrain faisant écho au portrait pervers dressé par Nabokov dans son livre, des années plus tôt.

       

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