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      L’Éveil du printemps de Wedekind mis en scène par Julie Louart au Théâtre de Ménilmontant

      La poésie de la jeunesse, une peinture de la vie, un condensé de folie. La scène du Théâtre de Ménilmontant est le terrain de jeux où chaque être s’exprime sans jugement ni tabou. Onze adolescents ont incarné les personnages de L’Éveil du printemps, à cette période où l’enfant se mue en adulte : métamorphose des corps, des âmes, où l’inconscient se réveille et où la conscience se perd dans des questions sans réponses. Une tragi-comédie où l’éveil des sens et du désir est partagé avec les spectateurs.

      Des néons lumineux de différentes couleurs, un mur et deux piliers de polystyrène : un plateau assez épuré qui permet au public de porter un regard clair sur cette pièce pour le moins explosive.

      Photo de Patrick Guilfoyle
      Photo de Patrick Guilfoyle

      Chaque personnage vit une aventure qui évoque celle de tous. Mais chaque personnage la vit à sa manière, et la différence très assumée entre les jeux des différents acteurs ne laisse aucun doute sur ce point. La maturité, la révolte, l’éveil du désir charnel de Melchior, la curiosité, la naïveté, la honte du désir de Moritz, ainsi que la relation amicale qui les unit, sont très bien incarnés par les deux jeunes acteurs. Tous les acteurs sont d’ailleurs impressionnants par l’énergie, la vitalité et l’enthousiasme avec lesquels ils traversent la pièce, ne laissant pas au spectateur le temps de s’ennuyer.

      Le public éprouve réellement les situations dans lesquelles se trouvent les adolescents : de l’humour de Moritz, à l’excitation ressentie pendant toute la pièce, à la violence mêlée de peur lorsque Melchior viole Wendla.

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      Photo de Patrick Guilfoyle

      La violence sera-t-elle assez explosive pour briser le quatrième mur ? Il faudra attendre que Moritz, après avoir allumé un feu sur scène, se tire une balle dans la tempe. C’est à ce moment que trois personnages incarnant les démons de la conscience de Melchior s’introduisent parmi les spectateurs avec des masques de cochon, en parlant comme des monstres, et, en tant que professeurs de l’école où étudient les adolescents, débattent pour savoir si Melchior doit être renvoyé de l’école pour avoir dessiné des schémas de coït pour son défunt ami. Ces personnages mi-hommes mi-bêtes représentent l’inhumanité, l’absurdité et la folie des professeurs devenus des diables, des monstres, qui à cause de leurs tabous et jugements ne peuvent s’exprimer humainement ni librement. Ils donnent des pancartes aux spectateurs pour leur faire voter l’exclusion de Melchior. Des moments plus doux nous dévoilent les confessions intimes des adolescents grâce aux vidéos projetées sur le mur de polystyrène. Moritz exprime par ce biais son malaise avec sa sexualité et son envie d’être différent, et on voit Melchior écoutant la voix de la radio, relatant la fréquence des viols en France. Ce moment nous permet d’entrer dans l’intimité des personnages, ainsi que le monologue de Théa qui exprime sa solitude, dans un moment très touchant.

      Photo de Patrick Guilfoyle
      Photo de Patrick Guilfoyle

      D’autres disciplines artistiques sont visitées dans cette pièce, comme le chant ou la danse.

      L’Éveil du printemps se termine par une image poétique où l’on voit Wendla et Moritz, morts, debout, main dans la main. On peut croire que la poussière du temps qui passe et de la mort, qui leur tombe dessus sous la forme de coton blanc, n’aura pas raison de leur espoir.

      Pour vous tenir au courant de toutes les activités de la compagnie rendez-vous sur le site officiel: Cri arts

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