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      « LEGEND » avec Tom Hardy [CRITIQUE]

      Les Al Capone britanniques, dans le quartier des héros misérables de Dickens, à l’aube du Swinging London ; voilà le décor de Legend, un drame et biopic de gangsters admirablement et doublement interprété par Tom Hardy. Sortie à ne pas manquer le 20 janvier 2016.

      Les derniers films en date où un acteur jouait en même temps deux jumeaux sont sans doute Double Impact, navrant nanar porté par l’immense Van Damme, et le bien meilleur Faux Semblants de Cronenberg avec Jeremy Irons. Un quart de siècle plus tard, Tom Hardy s’essaye à son tour à l’exercice stylistique dans Legend, sous la tutelle de Brian Helgeland. L’histoire (vraie) des frères Kray, enfants terribles de l’East End londonien, et légendes de la mafia anglaise. So fucking british.

      Legend affiche

      Reggie and Ron Hardy, à quatre épingles

      Reginald « Reggie » Kray et Ronald « Ronnie » Kray sentent bon la cigarette, le whisky, la gomina et les costards impeccablement taillés. Ces deux « cockney bastards », anciens boxeurs, frangins inséparables si ce n’est par la prison, sont officiellement tenanciers de pubs et boîtes de nuit. Officieusement, ils rackettent et détournent, protégés par la réputation d’extrême violence qui les caractérise.

      Le premier est un véritable homme d’affaires, classe, violent, et prêt à tout pour développer son business. En outre plutôt sympathique, parce qu’il s’entiche de la magnifique Emily Browning, dont le charme candide apporte un peu de contraste à la batterie de personnages. Le second est encore plus costaud, classe et violent que son frère, mais aussi ouvertement homosexuel, schizophrène et paranoïaque. Continuellement affublé de gigolos en sur-mesure (on retrouve par exemple Taron Egerton qui portait déjà pas mal le costume dans Kingsman), Ron est un fou furieux qui mâchonne ses mots, rarement flatteurs.

      Premièrement gênée par la concurrence d’un autre gang ennemi, la doublette Kray se voit ensuite passer des accords avec des collègues italo-américains, qui veulent faire de Londres le nouveau Las Vegas. L’histoire se poursuit dans les beaux quartiers de la capitale, entre casinos, bastons en cravates à agrafes, et tragédie amoureuse.

      « Pas de morale, juste les principes que l’on s’impose »

      Au départ, l’emphase, la violence et l’absurde d’un vieux Tarantino laissent à présager une comédie rock’n’roll et excentrique, dans le cadre toujours très cinématographique du Londres des sixties. Splendides voitures, riffs de guitare désuets, pintes de Guiness, punch-lines qui fonctionnent, tous les éléments du genre sont bien présents sans trop de lourdeur.

      On assiste à une mémorable rixe au marteau dans un troquet, comme à un angoissant tea time d’une dizaine de mafioso chez la mère très respectée des deux frangins. Ce qui fait toute la saveur de cette première partie est la mauvaise foi sartrienne des protagonistes qui, comme le souligne la femme de Reggie, se plaisent à jouer aux gangsters et à mettre en scène leur quotidien de dandys violents. À l’image du véritable Ron Kray qui avouait se prendre pour Al Capone en commandant les mêmes costumes.

      Puis le spectateur se rend compte que ces éléments ne sont pas seulement esthétiques, mais désservent la psychologie de deux personnages d’un drame particulièrement bien ficelé et mis en scène. À l’ « histoire Guy Ritchie » succède la triste fortune de deux héros tragiques, dont le destin funeste était finalement inéluctable.

      Le diable est dans les détails

      Deux mécaniques ressortent particulièrement. Le double jeu d’acteur de Tom Hardy, qui réussit la prouesse de camper deux psychopathes bien différents, tout en installant une relation fraternelle intéressante, quelque part entre Cain et Abel et Laurel et Hardy. Puis la finesse du scénario (on retrouve aux commandes l’auteur de Mystic River), classique dans les grandes lignes, brillant dans les plus petites. Comme l’affirme la maxime, « le diable est dans les détails » : précisément celui qui habite les frères Kray, et qui fait que l’on y croit – tantôt amusé, tantôt effrayé, bluffé par un biopic qui ressemble à une fiction déjantée.

      Paradoxalement, c’est en jouant au gangster que Tom Hardy retrouve une humanité qu’il avait peut être perdu en serrant un peu trop les mâchoires dans Quand vient la nuit et Mad Max, et en accumulant les rôles de méchant monotone (Branson, Bane, Max le fou). L’acteur en vogue c’est indubitablement lui, et considérant sa capacité à étoffer ses rôles, sans doute celui de demain.

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