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      Le mystique Fémi Kuti au Black Summer Festival

      « Beng Beng Beng », « Day by Day », « The World is changing », « Truth don die »… Autant de titres engagés que leur auteur : Fémi Kuti. Et c’est ce vendredi 10 juillet que le Cabaret Sauvage a eu l’honneur d’accueillir l’un des artistes africains les plus engagés et talentueux de sa génération. Just Focus s’y est rendu pour vous, plein d’adrénaline et de curiosité.

      Mais il est impossible de parler de Fémi, sans parler de ses racines, et plus particulièrement de sa racine musicale, celle présente au fond de ses tripes, celle qui nous est encore palpable aujourd’hui : son père.

      On ne vous l’apprendra sûrment pas aujourd’hui, mais Fémi Kuti est le fils du célèbre, engagé et poignant artiste nigérian Féla Kuti. Saxophoniste (comme l’est d’ailleurs son fils), chef d’orchestre et homme politique engagé pour la liberté de son pays et la souveraineté de son peuple, Féla est tout simplement auourd’hui considéré comme le créateur d’un genre musical alliant jazz, soul, highlife et ju-ju : l’afrobeat. A travers ce savant mélange, l’artiste réussira à rendre la musique de ses racines accessible aux européens en l’alliant avec des sonorités et rythmes outre atlantiques.

      Pour sa verve, son engagement sans relâche et son militantisme contre la corruption et la dictature, Féla Kuti paiera le prix cher à plusieurs reprises à travers de nombreuses incarcérations, l’attaque de sa résidence chérie « Kalakuta Republic » par un raid aérien, et un exil forcé au Ghana, d’où il sera également chassé à cause de la force qu’il aura donné au peuple de ce pays à travers ses chansons, de se soulever contre la dictature de l’époque.

      Cette vie tumultueusement productive et révolutionnaire donnera notamment naissance à une pépite d’or brute, un homme aujourd’hui âgé de 53 ans : Fémi Kuti.

      Saxophoniste et chanteur, le fils prodige perpétue la tradition de la lutte contre cette corruption d’autant plus d’actualité en Afrique, les inégalités et les dictatures se multipliant aujourd’hui, devant l’oeil attentif, mais immobile des puissances européennes et outre-atlantique.

      C’est en 1993, lors de la sortie du dernier album de Féla Kuti que Fémi commencera à prendre sa place sur scène, le flambeau est alors passé lorsque son père s’éteindra quantre ans plus tard.

      Fémi semble tout avoir hérité du saint Père, la sagesse en supplément.

      Oeil vif et gestes précis, Fémi débarque sur scène avec un charisme qui intimide et impose le respect. A travers des gestes brusques et maîtrisés qu’il pointe tour à tour vers ses différents musiciens, il s’impose alors comme le chef d’orchestre d’un spectacle réglé comme du papier à musique, témoignage du respect qu’il a pour ce public s’étant déplacé pour voir le grand Fémi.

      Fémi Kuti c’est de la musique, certes, mais ce fut également, ce jour là, un spectacle splendide. Le Fils nous a en effet offert une scène incroyablement belle et soignée, réunissant, en tout et pour tout, 13 personnes. Habillée de tenues traditionnelles africaines aux tons orange et bleu, l’équipe présente sur scène a rayonné pendant 1h30. Accompagné de 3 danseuses et choristes maquillées de façon hypnotique, Fémi Kuti a su laisser l’espace et la place nécessaire à son orchestre afin que chacun puisse avoir sa place et toute l’attention du public.

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      Un public qui s’avéra d’ailleurs étonnant puisque timide au départ, comme s’il apercevait pour la première fois un personnage mystique, tout droit sorti d’un rêve. Les minutes passant et l’énergie de Fémi nous imprégnant petit à petit, la scène et la salle n’ont par la suite fait qu’un.

      Traversé par une énergie tout droit venue de ses entrailles, Fémi Kuti nous a offert un spectacle d’un mysticisme encore jamais vu. L’artiste est possédé par la musique qui l’aura bercé tout au long de sa vie et qui lui aura même, donné la vie. Transpercés par l’afrobeat du Fils prodige, nous assistons à la prise de possession de l’artiste par son art, yeux écarquillés par la force de son souffle dans le saxophone, et mouvements de tête dignes d’une transe avant que les paroles ne sortent de sa bouche.

      Fémi Kuti, à travers ce spectacle, nous aura parlé, à nous tous, occidentaux, de corruption, de dictature, de SIDA, de misère, mais surtout, d’espoir. L’artiste est en effet la voix d’un peuple, non pas nigérian, comme il l’a si bien précisé, mais AFRICAIN.

      Tel un héritier d’une fortune insaisissable pour qui que ce soit d’autre, Fémi Kuti perpétue la tradition en nous ayant fait l’honneur et le plaisir de nous présenter son fils pour sa première scène avec l’orchestre international de son père : Made Kuti. Bassiste pour l’heure, on ne doute pas que celui-ci perpétuera la tradition, tout en innovant, comme le fait actuellement son père.

      Le concert de Fémi Kuti fait partie de ces rares concerts dont on a du mal à parler et dont on ne se remet pas en quelques heures. Trois jours après, un étrange sentiment nous traverse encore lorsque nous y repensons. Comme si à travers cette scène, toute une histoire, singulière, nous avait été racontée. Comme si à travers cet homme, raisonnait d’autres voix en parallèle.

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      Et comme une incantation aux esprits, lors d’un rappel ultime, Fémi nous a fait l’honneur de nous interpréter un des plus grands titres de son Père : « Water no get enemy ».

      C’est donc un Just Focus rempli d’émotions et de gratitude qui rendra ce papier, qui, nous l’espérons, vous aura donné envie de suivre, encore et encore, cette incroyable histoire de la musique, et de la Famille.

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