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      Le film noir et tortueux Foxcatcher disponible en DVD depuis le 20 mai

       

      Ovationné de toutes parts et très justement récompensé du prestigieux Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 2014, Foxcatcher, drame psychologique sur fond de lutte gréco-romaine arrive finalement dans les bacs. L’occasion de revenir sur ce film noir, tortueux et d’une puissance symbolique inégalée qui s’imposera à coup sûr parmi les meilleurs films de l’année.

      Évocation pessimiste emplie de désillusion sur le désir, le besoin de reconnaissance, le pouvoir de domination, la mégalomanie et l’illusion du rêve américain, Foxcatcher avait surpris tout le monde lors de sa présentation au Festival de Cannes, tant sa patine en apparence datée de banal film à Oscar faisant état d’un récit inspiré de faits réels, casting trois étoiles, et d’acteurs croulant sous le maquillage et les prothèses avait parfaitement su dissimuler son véritable potentiel que celui d’une œuvre en tout point dévastatrice.

      Usant d’un obscur fait divers convoquant un milliardaire mégalo aux tendances psychotiques et un tandem de frères lutteurs sacrés aux Jeux Olympiques pour éluder la déliquescence d’un pays dont les rêves et les symboles se sont vidés de leur substance, quitte à le rendre froid et mort cliniquement, Bennet Miller, le réalisateur, dresse ici sans vergogne un constat amer de son pays et de son patriotisme virant génération après génération à une forme d’exagération malsaine. Car loin des trompettes pétaradantes d’un jingle nationaliste, Foxcatcher préfère assimiler cette course méritocratique à un vulgaire chant du cygne, accentuant derechef la lourdeur de son sujet, serti pour l’occasion d’une mise en scène oscillant entre le symbolisme le plus pur et la froideur la plus glaciale. Grise anthracite, virant parfois à la contemplation la plus subtile et l’intelligence la plus maîtrisée, autant dire que la mise en scène de Foxcatcher épouse parfaitement les obsessions du réalisateur, pour qui des scènes parfois filmées à l’arrachées sont davantage explicites que des longs plans secs et rigoureux. Et en ce sens, là est toute la maîtrise et la réussite du film, tant ce dernier parvient sans cesse à alimenter en symbolisme une histoire paradoxalement somme toute binaire, là où un trio d’hommes déchus et rongés par la quête d’idéaux sont réunis autour d’un sacro-saint mot donnant le la de cette plongée en apnée dans les tréfonds de la psyché humaine et de la détresse psychologique : la reconnaissance.

      Ainsi donc, loin de l’aspect brutal et simpliste de la lutte, pivot du film, le fond du long-métrage est ailleurs. Désireux de ne pas coller à l’iota près de la véracité des faits déployés à l’écran, Miller préfère user des ressorts psychologiques que le sport en général renferme pour livrer une étude comportementale tout simplement édifiante. Troquant la sauvagerie des combats pour d’intenses dialogues faisant état du reflet d’une population américaine meurtrie et pour qui l’American Dream n’est devenu qu’un vecteur d’illusion, Miller peut ainsi laisser libre cours à son talent de conteur et déployer une histoire saisissante et prenante dans un milieu paradoxalement très peu glamour, le tout portée par 3 comédiens (Steve Carell, Mark Ruffalo et Channing Tatum) en transe délivrant ici leurs meilleures performances respectives.

      Mais ce qui assurément soulève l’admiration à la vue de cet audacieux long-métrage, n’est pas tant le fait d’avoir axé son postulat sur un sport somme toute relativement marginalisé, mais davantage d’y avoir su inscrire une pluralité de sous-propos psychologique en son sein. A la fois tourmenté et brut, le scénario de Foxcatcher parvient, en un peu plus de 2h à étayer avec un réel sens de narration, des thématiques graves, que sont l’agonie, la reconnaissance, la folie, la solitude, l’aide fraternelle et la domination tant physique que psychologique, pour un résultat tout simplement prodigieux.

      Autant évocation d’un sordide fait divers qu’étude comportementale sur l’asservissement psychologique et le besoin chronique de soutien et d’affection, Foxcatcher se révèle donc être une claque monumentale et un hit à ne pas rater.

       

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