More
    More
      Array

      Jurassic World: la critique du film

      Devenu par le biais d’une promotion schizophrène l’un des projets à la fois les plus craint et les plus attendus de cette année 2015, autant dire que Jurassic World, quatrième itération de l’univers imaginé par Michael Crichton, laissait songeur. Affublé d’un réalisateur somme toute novice dans le domaine et d’images laissant présager le travestissement de cette saga aux normes didactiques d’Hollywood, l’espoir n’était clairement pas de mise quant à voir avec ce film le renouveau de cette saga déjà sérieusement entachée par un troisième opus au caractère mercantile. Quid donc de ce volet ayant recruté la dernière coqueluche d’Hollywood en la personne de Chris Pratt ?

      Un héritage lourd de sens: Jurassic Park. 

      2 mots de nature indélébiles lorsqu’il est question de les placer dans le paysage cinématographique mondial tant l’épopée paléontologique de Steven Spielberg, mis en boite juste avant La Liste de Schindler, avait en son temps révolutionné le cinéma et continue 20 ans après sa sortie à émerveiller. Adaptation libre d’un univers esquissé sous la plume du romancier Michael Crichton, Jurassic Park racontait l’incroyable histoire d’Hommes ayant su, par le développement des technologies génétiques, recréer des dinosaures 65 millions d’années après leur extinction. Utopique, mais baignant pourtant dans un certain réalisme – car illustrant la folie de ces chercheurs, qui de par leurs inventions, jouent à Dieu – le film avait eu l’effet d’un électrochoc dans la profession, tant l’originalité véhiculée par le projet, couplé à une mise en scène convoquant autant les codes du film d’horreur, du thriller et du film fantastique, avait transformé cette œuvre de fiction en un succès planétaire. Etonnamment mature, car dépeignant un univers gangrené par des thématiques hautement contemporaines que sont la rentabilité, les profits, la sécurité, la recherche, autant dire que le long-métrage cherchait, et ce sous l’impulsion de Steven Spielberg, à constamment rendre plausible son univers, quitte à instaurer en son sein quelques éléments plus terre à terre, comme un trauma familial et des personnages en proie à des conflits intérieurs, pour davantage inclure le spectateur lambda dans l’histoire. Sorte de gimmick de Spielberg, que d’inclure au sein de ses univers incroyables, des familles ou personnages normaux, le concept sera repris dans la suite, sobrement intitulé Le Monde Perdu, qui voyait une partie du casting d’origine revenir faire face à la cupidité d’hommes désireux d’exporter les dinosaures du parc initial sur le continent, amenant donc une pagaille monstre dans les faubourgs de la Californie.

      JurassicWorld_trailer

      Puis survint le drame lorsque les studios, désireux de capitaliser à nouveau sur cette franchise lucrative, décidèrent de passer la main, à Joe Johnston (Wolfman, Captain America) pour un troisième volet reprenant à son paroxysme l’élément humain, quitte à transposer une vaine recherche d’un enfant égaré, délaissant de fait tout ce qui avait fait le charme des premiers épisodes, à savoir les dinosaures.

      Passé cet affront, la perspective d’un quatrième volet s’est très vite muée en une véritable arlésienne, ne sachant jamais vraiment comment épouser les attentes des fans d’un côté et l’agenda surchargé de son auteur de l’autre ; jusqu’à ce que Steven Spielberg en personne, affirme tout sourire avoir trouvé le poulain idéal, celui capable donc de porter la franchis vers de nouveaux horizons et inscrire la saga davantage dans l’air du temps.
      Une suite dans l’air du temps

      jurassic-world-jurassic-world-a-journey-to-its-different-filming-locations-jpeg-259175-e1433528467911

      Alors que les lumières se rallument, un seul constat vient en effet à l’esprit : Jurassic World est une œuvre en phase avec son époque. A l’heure où les audiences internationales ne jurent que par une débauche d’effets visuels et des scénarios interchangeables, il semblait en effet impératif que cette saga se joigne au mouvement et sombre dans ce travers de formatage assumé pour assurer son succès. Eprouvé par Marvel, ayant sacralisé le crédo humoristique des grosses productions et par ILM, WETA ou autres, ayant normalisé la production d’effets spéciaux, Jurassic World n’offre donc plus et ce dès son introduction, qui laissait pourtant augurer quelque chose de très bon, l’étincelle, la surprise propre à raviver la nostalgie des premiers films. Tout n’est que surenchère, banalité ou redite et plus le film déroule, plus la déception, se fait sentir.

      o-JURASSIC-WORLD-facebook

      Fruit illégitime d’une demande s’étant banalisée et formatée à l’extrême, Jurassic World reprend alors tous les travers du cinéma pop-corn pour n’en garder que la mièvrerie, la facilité et l’incohérence la plus totale, signe annonciateur du travestissement en bonne et due forme de l’œuvre aux poncifs du divertissement américain, c’est-à-dire sexiste, puéril, décérébré et empli d’une simplicité confondante. Et pourtant, le concept de base valait à lui seul le déplacement. Osant proposer une variante jusque alors jamais abordé dans les trois premiers films de la saga –que celui de voir le parc, objet de toutes les péripéties, finalement ouvrir au public – Jurassic World suscitait une certaine forme d’attente, tant les péripéties antérieures avaient toutes été effectuée dans un parc vide. Quid donc d’un parc rempli de touristes et devant affronter un T-Rex ou une meute de raptors ?
      Seul originalité notable à attacher au projet, le reste est à l’avenant et ne diffère que peu de la bouillie annuelle servie outre-Atlantique. On y retrouve avec plus ou moins de surprise des chercheurs ayant sous-estimé les risques, une belle plante se payant le luxe de porter des talons et de courir avec, deux adolescents faisant office de caution infantile au film et Star-Lord, euh pardon, Chris Pratt, dont la coolitude exagérée, bien que plaisante encore une fois à regarder, commence à effacer le potentiel dramatique et total de l’acteur. Le comble revenant ici au thème musical, tout simplement mythique, usé à des moments fort peu judicieux et agissant tel un message subliminal dans nos esprits ébahis, pour rappeler aux spectateurs que nous sommes, que nous regardons bel et bien la suite de cette saga mythique.

      JurassicWorld_ExtendedFirstLook

      Goutte d’eau qui fait déborder le vase, ce thème musical sonne ainsi comme la parfaite démonstration du problème traversé par le film, que celui d’avoir voulu surfer sur les tendances du moment, sans pour autant respecter l’héritage et les composantes de cette saga mythique. Pour le reste, on pourra donc s’étonner de voir un film respectant scrupuleusement un cahier des charges et offrant quelques beaux moments de tensions, mais qui ne suffisent jamais vraiment pour rendre hommage et raviver ce frisson caractéristique à la vue du T-Rex dans le film de 1993.

       

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.