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      Le Journal de Jules Renard, un livre « dans lequel il faut s’abandonner pour avoir le bonheur de se perdre ».

      Jules Renard tient un journal durant un peu plus d’un quart de siècle, couvrant les années dites de la Belle Époque, entre 1887 et 1910.

      Cet ouvrage est un recueil précieux, publié posthume, et qui a failli ne pas voir le jour à cause de la jalousie de la veuve de l’écrivain qui brûla une partie de ces écrits, notamment ceux qui faisaient allusion aux aventures de Jules Renard. Les journaux personnels des écrivains sont généralement tournés vers les autres, vers leur environnement, leur époque et destinent ces feuilles à des lecteurs. Ici, Jules Renard se concentre sur lui, sur un dialogue avec lui-même, employant tantôt le « je », tantôt le « tu » ou le « il ». Il nous guide dans un univers composé de réflexions, de discussions intérieures, d’idées qui lui ont permis de mener ses plus grands chefs d’œuvre.

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       Son œuvre

      Connu pour son très célèbre Poil de carotte, Jules Renard présente dans une longue nouvelle l’existence d’un fils mal aimé dans la période d’avant-guerre. Ce petit rouquin pourrait facilement être interprété par l’auteur lui-même, qui a une relation très compliqué avec sa mère avec qui les échanges ne sont pas tendres : elle déverse sur lui la colère qu’elle éprouve pour son mari.

      La lucidité de l’auteur est presque une marque dans son style. Réalité cruelle dans Poil de carotte, on retrouve cette même ligne dans son journal.

      « Cette sensation poignante qui fait qu’on touche à une phrase comme à une arme à feu. »

      À travers des litotes, des aphorismes, des textes très courts, Jules Renard présente ses réflexions parfois humoristiques, souvent cyniques et acerbes, et dévoile un homme à nu, sans apparat du mot, lucide sur ce qu’il est. Cette écriture limpide, pure et vraie dévoile les préoccupations d’un auteur qui s’inquiète des questions métaphysiques, redoutant sa propre mort qui survient tôt, alors qu’il n’a que 46 ans.

      « Ses dents claquaient, applaudissant au drame de son cerveau. »

      Les croquis que Jules Renard fait dans ce journal, les traits de personnalité qu’il souligne feraient très certainement de l’écho à d’autres auteurs tels que La Fontaine et La Bruyère par exemple. Parfois un peu critique à l’égard de certains de ses contemporains, il entretient une relation toute en dualité avec son comparse Edmond Rostand dont il jalouse et admire à la fois la pièce Cyrano de Bergerac.

       

      Jules Renard, homme de lettres investi

      Même s’il n’a pas été sur le devant de la scène littéraire d’avant-guerre dès le début de ses publications,  il a su être reconnu par de nombreux hommes de lettres de son époque. Il connait « les dangers du succès » comme il l’écrit dans son journal en 1894 lorsqu’il entre dans la Société des Gens de Lettres alors qu’il rédige Le Vigneron dans sa vigne et Poil de carotte.

      Il fait ensuite connaître son nom via le Mercure de France, un journal fondé par Alfred Vallette et dont il est actionnaire principal. Cette revue littéraire prend rapidement du gallon grâce à l’aide de ses amis du courant symboliste avec qui il participe à la réalisation du Mercure. Des auteurs tels que Mallarmé y publient des textes et à la suite du décès de Renard, ce sont Gide, Colette ou encore Apollinaire qui entrent dans l’équipe pour quelques années. Les éditions Gallimard rachète la revue en 1958 puis elle s’éteint finalement en 1965.

      Au cours de sa vie, Jules Renard a également voulu suivre ses idéaux politiques. Il rédige pour l’Écho de la ville de Clamecy, dans la Nièvre, des articles à forte tendance laïque et républicaine au début des années 1900 où on lui remet la Légion d’Honneur.  En 1904, il devient maire de Chitry et s’engage contre l’ignorance derrière feu Jules Ferry en imposant la gratuité du matériel scolaire dans sa ville. Il prendra également position lors du conflit politico-social qui divise la France sous la Troisième République : l’affaire Dreyfus (1894 à 1906) et s’oppose fermement à sa condamnation en soutenant Zola.

      En 1907, il est élu membre de l’Académie Goncourt où il succède à Huysmans et s’investi entièrement dans cette nouvelle et dernière expérience du cercle littéraire de la Belle Époque.

      Il décède en 1910 et laisse derrière lui une œuvre romanesque composée de pas moins d’une bonne vingtaine de textes ainsi que son Journal, qui devient une clé essentielle pour saisir l’ampleur de son verbe d’alors.

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      Le Journal de Jules Renard est un petit ouvrage piquant, sincère et parfois orgueilleux qui a la chance d’être écrit sans arrière-pensée pour la postérité, n’étant, au départ,  pas fait pour être publié.

      « Prononcer vingt-cinq aphorismes par jour et ajouter à chacun d’eux : Tout est là ».

      Cette petite sentence moqueuse résumerait assez justement l’idée et la démarche de l’auteur dans ses carnets. Un regard éclairé sur son époque, ses comparses, sa démarche littéraire et une idée de la façon de penser de Jules Renard : de quoi satisfaire un lecteur curieux d’en savoir plus sur un illustre auteur de la fin du XIXème siècle.

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