More
    More
      Array

      Japan Expo : Conférence Shichiro KOBAYASHI

      Pour ceux qui n’ont pu être présents lors de la conférence de ce grand homme qu’est Shichiro KOBAYASHI, Justfocus vous propose un résumé de sa conférence menée lors de la Japan Expo 2015.

      Monsieur Kobayashi arrive humblement sur l’estrade en nous prévenant que, bien qu’un live drawing soit prévu, il n’a aucune idée de ce qu’il va pouvoir dessiner et que ce sera de l’improvisation totale.

      Mais qui est donc Shichiro KOBAYASHI ?

      Au début il voulait faire peintre et entrer dans le studio Toei Animation, mais n’ayant pas trouvé de travail, il rentra en tant que décorateur du studio en 1963, statut qu’il gardera pendant 4 ou 5 ans avant de rendre compte que cela l’empêchait de s’exprimer librement et comme il le souhaitait.

      Il décida donc de former son propre studio : KOBAYASHI PRODUCTION.

      A partir de cela il va être amené à travailler sur des séries TV telle que Kyojin no hoshi / l’étoile des géants, un anime sur le baseball.

      Par la suite, il travailla avec un homme incontournable aujourd’hui décédé, Osamu TEZUKA, sur des oeuvres telles que Takarajima / l’île aux trésors, Ie naki ko Remi / Rémi sans famille, Cobra et, plus tard sur des films comme  Akira ou encore Utena.

      Après avoir formé plusieurs disciples comme Nizô YAMAMOTO (Studio Ghibli) il s’est retiré de l’animation pour peindre dans son atelier et mener une vie paisible avec la joie de voir que l’animation japonaise est à présent connue dans le monde entier un peu grâce à ses œuvres.

      photo 3

      Les questions posés à Shichiro KOBAYASHI

       

      > Comment êtes-vous entré dans ce milieu de l’animation ?

      Je suis né dans une région (Hokkaido) où il n’y avait pas grand chose à la fin de la seconde guerre mondiale, mais j’ai toujours rêvé d’être peintre et je me suis donc entraîné pour ça mais il n’y avait aucun travail à ce moment là donc, j’ai répondu à une petite annonce du studio Toei, pour subvenir à mes besoins et peut être continuer dans la peinture grâce à ça. Une fois entré dans le studio, je me suis rendu compte que ce n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais, mais j’ai compris que l’animation offrait un éventail de genres extraordinaires : chaque dessin animé ayant sa propre personnalité, chaque oeuvre était différente et je pouvais m’exprimer différemment à chaque fois et ce fut vraiment quelque chose d’enrichissant pour moi, parce que, même si je ne pouvais pas exprimer tout ce que je pouvais en peinture, j’avais grâce à l’animation une énorme liberté.

      Dans ma campagne d’Hokkaido, j’ai pu m’exercer énormément en dessinant la nature car l’originalité est ce qui est le plus important pour un animateur, un peintre ou un dessinateur. C’est quelque chose qui lui permettra de s’exprimer et de laisser une petite trace afin d’être reconnu plus tard.

      Le travail dans l’animation est un travail d’équipe. Jusqu’à présent je travaillais seul parce que je dessinais ce qui m’intéressait, mais ensuite je devais discuter avec le directeur de l’animation, et les autres membres du staff. Nous devions trouver ensemble, par des négociations, comment faire en sorte que l’animation soit vivante, qu’elle soit appréciable de la part du jeune public et qui plaise bref, qu’il y ait un impact visuel. Donc nous échangions énormément d’idées et la difficulté était vraiment d’avoir un accord sur la manière de voir l’univers global de la série.

      A partir de cela, nous avions une base et chacun avait sa petite liberté pour pouvoir s’affirmer, montrer sa patte et enfin réussir à trouver un bon équilibre. Le plus important est de trouver l’originalité, trouver le petit truc pour que la série reste dans les mémoires des spectateurs.

      Aujourd’hui, le monde de l’animation est confronté à de nombreuses difficultés notamment financières, mais aussi de l’ordre artistique : la plupart des gens travaillent sur des photos, sur des livres ou sur des documents au lieu d’avoir leur propre expérience, d’avoir vu les choses de leurs propres yeux.

      Nous sommes donc en train de « recopier » de plus en plus et chaque fois qu’une série avec son univers plait, la série suivante sera dans le même univers. Les gens auront tendance à perdre de l’originalité pour justement continuer à faire ce qui plait et c’est extrêmement dommage parce qu’au bout d’un moment il va y avoir à la fois une perte de qualité, d’imagination mais aussi, de savoir faire, ce qui est préjudiciable pour le monde de l’animation en ce moment.

      > Quel est votre meilleur souvenir de travail ou de projet ?

      Si je devais noter une série qui m’a vraiment rendu heureux dans ma carrière c’est Rémi sans famille pour plusieurs raisons ; la première c’est que cette série m’a permis de venir en France pour la première fois. Et la deuxième c’est que j’avais déjà beaucoup voyagé à l’intérieur du Japon j’avais donc un « bagage » par rapport à ce que j’avais vu mais grâce à ce voyage en France, j’ai pu voir de nouveaux bâtiments, une nature complètement différente de celle que j’avais connu jusqu’à présent, des décors fabuleux et c’est un pays que j’apprécie énormément.

      Donc pour moi Rémi sans famille est une série qui est très importante dans ma vie et dans ma carrière. De plus, cette série a un réalisme assez prononcé et elle est assez proche de mon caractère. Rémi sans famille représente le voyage d’un enfant, une manière de vivre, il doit essayer de retrouver sa famille, c’est quelque chose que j’ai vécu moi aussi et c’est à chaque fois une nouvelle expérience, un nouvelle approche de la vie et c’est le message que j’ai voulu faire passer par mes dessins.

      > Quand vous réalisez une oeuvre, d’où vous vient l’inspiration ?

      Je pense à ce que j’aimerais voir, des choses que j’aimerais voir transposer, des choses qui me plaisent et lorsque j’arrive à les transmettre, ça me rend vraiment heureux. Le plus important pour moi c’est de faire plaisir aux autres en me faisant plaisir.

      > Quelles sont les œuvres qui vous ont marquées et influencées ?

      Les plus fortes influences que j’ai eu sont vraiment celles que j’ai vécues lors de mon adolescence. Je suis né vraiment à la campagne au milieu des chevaux donc ma première inspiration a été la nature, les grands paysages et la verdure. Ensuite, comme il n’y avait pas grand chose là ou je vivais, je n’ai pas énormément d’influences venues de l’extérieur comme le cinéma ou la peinture mais plus tard, quand je suis arrivé sur Tokyo, j’ai commencé à avoir mes premières impressions venues des Ukiyo-e japonaises notamment Hokusai qui fut très important pour moi à mes débuts et après, les impressionnistes français comme Van Gogh et Matis, mais surtout Van Gogh que je considère comme quelqu’un de vraiment extraordinaire. Son utilisation des couleurs a été très inspirante pour moi.

      > Vous avez toujours défendu la création des décors à la main en peinture. Aujourd’hui, la plupart des décors sont faits par ordinateur, qu’en pensez-vous ?

      Ce que je remarque dans les animations recentes c’est que la quête de la perfection, de la beauté est devenue quasiment le LeitMotiv des gens qui travaillent dans l’animation. Je trouve ça dommage parce que même si l’on atteint un réalisme irréprochable, on perd en chaleur et en messages que l’on aimerait transmettre.

      J’ai toujours défendu le dessin à la main parce que l’on peut utiliser des lignes non terminées, d’autres techniques pour transmettre des sentiments que l’on ne peut pas faire par l’ordinateur. Aujourd’hui je trouve ça dommage, car nous sommes en train de perdre beaucoup d’originalité afin de se conformer à la limite de ce que nous offre l’informatique.

      > Vous donnez des cours dans une école de graphisme. Pourquoi voulez-vous partager votre passion ? et surtout, que voulez vous faire partager en devenant professeur ?

      Il est vrai que je donne des cours dans l’université de Kobe dans laquelle je vais en Juin pendant un mois. Ce que je voulais c’était surtout transmettre ce que je sais aux nouvelles générations, transmettre mon « bagage » et permettre à ces jeunes étudiants de développer leur originalité, leur personnalité, mieux percevoir l’environnement, ne pas trop s’appuyer sur les œuvres informatiques mais créer de ses propres mains dans la mesure du possible.

      Et maintenant Mr KOBAYASHI se lève, prend ses crayons et commence son « dessin mystère ».

      photo 1

      0

      1 COMMENTAIRE

      1. Merci infiniment d’avoir pris le temps d’écrire cette page !
        J’étais présent ce jour là mais je n’avais pas pensé à enregistrer cette interview.
        Grâce à vous, je vais pouvoir garder une trace de cette incroyable rencontre.
        Merci beaucoup !
        Antoine D.

        0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.