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      James Bond : Les acteurs derrière le mythe.

      A 1 jour de la sortie française de SPECTRE, 24ème opus de la saga James Bond, l’heure est au constat. Initiée en 1962 par les producteurs Albert Broccoli et Harry Saltzman, la saga, qui affiche une longévité affolante avec 24 films disséminés sur 53 ans, est devenu un pilier de la culture populaire. Empereur en son royaume, icone, trésor national, les qualificatifs élogieux pleuvent sur l’agent britannique du MI6 qui en plus de 50 ans de carrière, n’a jamais failli à son devoir, devant ainsi perpétuellement sauver le monde des desseins d’odieux mégalomanes et gouter aux plaisirs charnels avec moult conquêtes féminines. Une recette de glamour, d’espionnage et d’exotisme restée inchangée depuis lors, mais qui fort d’un monde en pleine évolution, a dû s’adapter, quitte à recourir à une technique déjà utilisée par la série télé Doctor Who : James Bond n’a qu’un nom, mais plusieurs visages. Coup de génie orchestrée par la famille Brocoli, qui veille en bonne gardienne du temple qu’elle est, à préserver l’héritage de la saga, ce choix risqué aura pourtant fait des merveilles, chaque acteur apportant un regard, une prestance et une personnalité différente à l’espion. Et à l’heure ou Daniel Craig semble avoir définitivement raccroché le smoking, l’occasion était trop belle que de remémorer les nombreux visages des acteurs ayant pendant un temps, endossé le costume de l’agent le moins secret au monde : 007.

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      Barry Nelson, premier interprète de 007

      Barry Nelson : Le Bond de la télévision.

      Né sous la plume de Ian Fleming, lui-même ancien espion ayant décidé de coucher sur papier son passé dans la division des services secrets britannique, James Bond se devait pour sa première incursion sur les écrans, d’afficher cette identité caractéristique, jusqu’à la nationalité de l’acteur. Malheureusement pour lui, son premier interprète portera bien haut la bannière des Etats-Unis puisque ça sera Barry Nelson, modeste yankee, qui se glissera le premier dans le smoking de l’espion, dans une adaptation télévisée estampillée CBS du roman Casino Royale, diffusée en 1954. Très éloigné de la version portée par Daniel Craig, le téléfilm de 48 minutes mettait déjà en proie l’agent 007 face au mystérieux Le Chiffre, mais vu son support télévisé, à la fois contraignant et au faible moyen, le résultat donnera plus l’air d’un feuilleton que d’une aventure d’espionnage. Suite aux déclarations de l’acteur ayant avoué à demi-mot n’avoir jamais compris le personnage et au faible succès rencontré par le téléfilm, l’acteur américain ne sera dès lors plus considéré comme étant le bon choix pour le rôle aussi bien par Fleming que par le tandem de producteurs Brocoli/Saltzman, déjà sur les rangs pour s’occuper de la première adaptation ciné du célèbre espion.

      Sean Connery : Un Bond froid, animal et charmeur.

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      Sean Connery, la quintessence de l’esprit Bond

      C’est alors qu’apparait le premier visage officiel de l’espion, avec Sean Connery. Ancienne gloire du football écossais qui délaissera les gazons pour s’adonner à une activité théâtrale, l’acteur, inconnu au bataillon et à peine âgé de 32 ans à l’époque, est embauché, et ce malgré sa faible expérience. En cause ? Le faible budget et la catégorie B attaché au film ne permettant pas à la production d’espérer mieux. Pour autant, bien que l’auteur Ian Fleming désapprouve ce choix, l’acteur écossais se fait un malin plaisir à camper un James Bond dans la droite lignée de celui esquissé par l’auteur. A la fois sombre, cynique et quelque peu machiste, tout en étant tueur au sang-froid, Connery impose sa vision et transforme le personnage en icone internationale, puisque c’est pendant son règne que la saga accouchera de ses meilleurs films, comptant notamment James Bond et Dr No (1962) , Bon Baisers de Russie (1963), Goldfinger (1964) ou encore Opération Tonnerre (1965). Dégageant le côté animal propre à l’agent (rien d’étonnant à ce que Judi Dench dans Goldeneye (1995) définisse Bond comme étant sexiste, misogyne et dinosaure) et une aura résolument old school, autant dire que Connery laisse une marque indéniable sur la saga, qui sous son règne, aura vu ses moyens et son ambition progresser de manière significative. Toutefois, une sombre histoire financière lui fera perdre le costume le temps d’un film (Au Service Secrets de Sa Majesté), et le verra aussi rejoindre la concurrence, dans un film estampillé James Bond produit sans l’aval du studio mère, EON, qui gère alors toute la production de ses aventures (Jamais plus Jamais). Des choix hasardeux, traduisant peut-être une lassitude de jouer à l’espion, mais qui n’entameront bien heureusement pas sa cote de popularité chez les fans.

      George Lazenby : Un acteur d’intérim pour la survie du mythe.

       

       

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      George Lazenby ou le Bond intérimaire

      Dès 1967, à la suite de la sortie d’On ne vit que deux fois, Sean Connery et EON Production, studio mère de la franchise, s’empêtrent dans une flopée de divergence artistique et monétaires qui auront raison de la participation de Connery aux films suivants. L’acteur écossais parti, et alors que la saga n’a jamais affiché des scores de rentabilités aussi élevés, le besoin de trouver un acteur devient urgent. Après de nombreux castings, la production, non sans avoir envisagé déjà un certain Timothy Dalton considéré malgré tout comme trop jeune, s’arrête alors sur l’australien George Lazenby. Mannequin au physique athlétique doté d’aptitudes au combat, le choix semble logique et la production d’Au Service Secret de sa Majesté (1969) commence aussitôt. Malheureusement pour l’acteur, la pression endurée par le public qui ne digère toujours pas le départ de Connery, couplée à une production chaotique, auront raison de sa volonté à poursuivre l’aventure, qu’il fera cesser après seulement un film. Un choix expliquant d’ailleurs la scène finale du long-métrage donnant à voir la mort de sa femme, qui était initialement conçu pour figurer dans le film suivant. Au Service Secret de sa Majesté connaissant un succès moindre que ses prédécesseurs, Lazenby décidera alors sans aucuns reproches à donner, à qui veut bien le prendre le smoking. Le hasard voudra d’ailleurs que c’est Sean Connery, sans doute grassement payé pour revenir, qui reviendra pour Les Diamants sont Eternels en 1971.

      Roger Moore : Légèreté, humour et raffinement

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      Roger Moore, un Bond raffiné et blagueur.

      Puis vient le tour de Roger Moore. Acteur de télévision et faire-valoir de nombreuses séries comme le Saint, Ivanhoé ou encore Amicalement Vôtre, l’acteur est très apprécié outre-Manche, quitte à intéresser grandement les studios qui décèlent en lui la relève de l’espion 007. Acteur le plus âgé à prendre le rôle (rappelons qu’il a alors 45 ans), Moore est aussi l’acteur qui investira le plus de son tempérament dans les films. D’humeur blagueuse, l’acteur est ainsi à l’aune de nombreux changements sur l’espion. Avec son personnage, James Bond devient plus léger, plus raffiné, moins noir et paradoxalement moins ancré dans la réalité. Il apporte un humour particulier à la série qui flirte avec la parodie et une certaine démesure avec des gadgets de plus en plus sophistiqués, des filles de plus en plus sexy et des décors de plus en plus impressionnants. Démembré de cette veine froide qui conférait une certaine maturité au James Bond précédent, les films de Moore encaisseront donc le choc de se voir ternies aujourd’hui par une frange de fans, peu amusés de voir l’icône enchainer les gags ou situations cocasses, comme celle de le voir engager de nombreux doubleurs (que ça soit pour la course à pied, les cascades, ou même marcher) dans le film Dangereusement Votre (1985) , qui restera dans les mémoires comme le film ou Bond n’a jamais été aussi vieux (Moore frôlant la soixantaine). Détenant le record de participations avec 7 films au total, Moore reste malgré tous ses défauts l’un des Bond usant au mieux de son contexte géopolitique, pour parfois délivrer des films aux intrigues certes rocambolesques, mais cependant terriblement attirantes.

      Timothy Dalton : Vers un retour aux sources

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      Timothy Dalton, un Bond en adéquation avec les écrits de Fleming

      Déjà envisagé pour Au Service Secret de sa Majesté en 1969, Timothy Dalton, un acteur gallois, endosse finalement le smoking, non sans avoir ravi le rôle à un certain Pierce Brosnan, lui-aussi sur les rangs, mais engagé simultanément sur une série appelée Les enquêtes de Remington Steele. L’acteur décide à la surprise générale de se démarquer du jeu de Roger Moore, en revenant à un James Bond plus sombre et plus proche du personnage inventé à l’origine par Ian Fleming. Son Bond est froid et professionnel mais est bien plus humain et conscient du danger de son métier que ne l’étaient les Bond incarnés par Connery et Moore. Il est également moins glamour et moins dandy que ses prédécesseurs. Un professionnalisme, qui à l’instar de Lazenby à l’époque, ne prend pas et n’arrive pas à séduire le public. Car bien que le personnage et les intrigues se calquent sur cette volonté de révéler le penchant sombre et humain de l’espion, le public restera quelque peu frileux devant ces deux épisodes de la saga, qui annonçaient déjà en filigrane un évènement prévisible : la chute de l’Empire Soviétique. Passé ces itérations sentant parfois bien bon l’Arme Fatale pour le ton comique et violent assumé, la saga James Bond accusera d’un sévère coup d’arrêt. En cause ? La disparition, avec la chute de l’Empire Soviétique, de la rivalité Est-Ouest. Plus de généraux soviétiques avides de pouvoir ou d’argent, plus de téléphones rouges, et encore moins d’alliance avec le KGB, autant dire que la saga James Bond perd à ce moment-là son plus grand atout dans la bataille : sa raison d’être.

      Pierce Brosnan : Le Bond élégant et discret

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      Pierce Brosnan, un Bond élégant et mystérieux agissant en synthèse de tous les interprètes précédents.

      Car sans méchant russe ou transfuges à protéger, contre qui peut bien lutter James Bond ? Plongé dans un monde en pleine reconfiguration, l’espion semble à raison n’être qu’un agent balayé par le vent, tel un fétu de paille. Heureusement, alors que la saga post-Dalton bat de l’aile et commence à perdre peu à peu son intérêt durement gagné auprès du public, la famille Brocoli continue d’y croire. Ils embauchent, des années après leur premier contact avec lui, l’acteur irlandais Pierce Brosnan. Peu connu du grand public, Brosnan est ainsi conscient que le sort du film dans lequel il jouera, scellera ou non sa carrière d’acteur. Goldeneye (1995) sort finalement sur les écrans un peu moins de 6 ans après le dernier opus de Dalton, autant dire une éternité pour les fans, et devient rapidement un succès planétaire. Confié aux bons sois du réalisateur néo-zélandais Martin Campbell, le film, outre de mettre en place un nouvel interprète, sait user avec brio du contexte géopolitique vacillant dans lequel il évolue, à savoir la résurgence des derniers vestiges de l’Empire Soviétique, pour y coupler une vengeance  dirigée contre 007 et fomentée par l’un de ses collègues 00. Un parfait mélange ou Brosnan renoue avec la tradition du James Bond élégant et flegmatique tout en restant sérieux et ténébreux. Fait amusant, son James Bond est aussi moins machiste. Suivront ainsi 3 autres aventures s’épanchant encore une fois sur des faits d’actualité très médiatisés (le pétrole, l’influence des médias et le réveil de la Corée du Nord) qui s’étendront jusqu’en 2002, année ou Brosnan, tel un Roger Murtaugh de l’Arme Fatale, s’estimera trop vieux pour ces conneries. L’occasion pour les studios de repartir à la chasse pour trouver l’acteur qui endossera le costume dans la 21ème aventure de l’espion.

      Daniel Craig : Bond Begins

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      Daniel Craig, un Bond animal, meurtri et humain

      Et après d’intenses recherches et casting ou se côtoieront Sam Worthington (Avatar), Henry Cavill (Man of Steel), ou encore Jon Hamm (Mad Men), la production s’arrête sur l’acteur anglais Daniel Craig. Là encore, peu connu du grand public, si ce n’est diverses apparitions dans des films de Matthew Vaughn (Kingsman, Kick Ass), le choix surprend. Et encore plus quand des fans purs et durs crient à l’imposture en constatant que la chevelure de l’acteur est d’un blond quasi vénitien. Raillé par de nombreux fans à travers le monde pour son physique trop malingre et sa blondeur, Daniel Craig n’est en rien découragé, puisque à l’instar de Pierce Brosnan avec Goldeneye, l’acteur se voit rejoint par le réalisateur Martin Campbell, précipité au poste de réalisateur par les studios, et sans doute supplié par ces derniers de rééditer le succès de Goldeneye, tout en instaurant convenablement Craig. La mission est au sens figuré comme au sens propre, réussie. Carton critique unanime, succès public renversant et Daniel Craig habilité par les fans, Casino Royale marque une étape dans la saga. Certains en viennent même à définir le film comme étant le meilleur jamais fait, le mélange entre introspection et action parvenant à humaniser  l’icône. Bestial tout en étant sensible, le Bond de Craig est aussi un personnage à l’esprit torturé et à l’humour affirmé, un homme respirant la classe et l’arrogance dont la froideur caractéristique ne cessera d’alimenter ses films, toujours basés sur des faits d’actualités (le terrorisme, l’écologie, le cyber terrorisme ou encore la dérive orwelienne de sécurité et d’information de notre époque), mais dont la sève semble inspirée des anciens, entre passages dignes d’un hommage et flegme 100% Connery. Un personnage ayant amené un renouveau sans précédent dans la franchise, quitte à voir désormais les films 007 se voir épiés et attendus par une congrégation de fans toujours plus grande et variée.

      Malheureusement la fin semble proche. Le comédien ayant signé pour 5 films (Spectre étant déjà le 4ème), le moment ou l’acteur tournera la page et s’en ira vers d’autres projets, en plus de s’approcher à grand pas, demeurera assurément une tragédie pour la saga, qui pendant son service a affirmé son potentiel de rouleau-compresseur au box-office mondial. Mais, il ne faut pas oublier qu’officie dans l’ombre la productrice Barbara Brocoli, gardienne du temple, qui veillera à ce que son héritage ne soit pas dilapidé aux quatre vents.

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