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      Interview en toute simplicité avec Grands Boulevards

       Le 09 Juin 2017, Grands Boulevards se produisait sur la scène du Batofar. (Vous pouvez retrouver le report du concert en cliquant ici.) C’est en toute simplicité autour d’une table que le groupe a accepté de répondre à quelques-unes de nos questions. Une interview sans chichis pour un groupe au grand cœur et passionné. En vous souhaitant une bonne lecture !

       

      Votre style musical sort de l’ordinaire, il est envoûtant et invite aux rêves. Selon vous, quelles sont les meilleures conditions pour écouter votre musique ?

       

      Adrien : Whisky on the rocks ? (rire)

      Pierre : Non je ne sais pas… Je pense souvent au voyage, en voiture, en avion, des grands paysages, je ne sais pas, dans cette idée-là.

      Adrien : C’est une musique qui prend le temps de s’écouter vu que c’est assez progressif. Par rapport à des musiques qui ont un beat, qui vont chercher directement l’impulse…

      Daniel : Et la nuit, la nuit c’est bien aussi.

      Pierre : La route, de nuit.

      Adrien : Il y a plusieurs personnes d’ailleurs qui nous ont dit qu’ils l’écoutaient vraiment quand ils se baladaient, avec les écouteurs, pour un moment de tranquillité, sereins, voilà. Et puis que ça les boostait pas mal.

       

      A l’heure actuelle, toutes vos chansons sont en anglais. Néanmoins, lors d’une précédente interview, vous parliez de prochains titres en français, est-ce toujours d’actualité ?

       

      Daniel : Oui, complètement. Sur le nouvel EP, il y a un passage en français qui a été déclamé par une amie russe. L’idée c’était justement d’avoir cet accent russe qui est un peu « exotique ». D’avoir cette langue française qui est la nôtre, mais déclamée par une personne qui n’est pas française, je trouvais le contraste assez rigolo. Mais oui bien sûr, dans la suite, il y a de fortes chances que le français commence à s’immiscer un petit peu, peut-être pas autant que l’anglais parce que c’est peut-être plus délicat à travailler pour ce style de musique, surtout dans les directions dans lesquelles on allait, mais oui il y aura du français ça c’est sûr. Et Pierre est super content parce qu’il déteste chanter en français.

       

      C’est vrai ?

       

      Pierre : Non, mais… non non. (rires) Non j’aime bien, parce que je suis beaucoup plus à l’aise avec l’anglais, j’ai un meilleur accent anglais qu’un accent français, mais c’est plus ma culture, j’ai grandi avec ce genre de musiques anglaises, plus qu’avec de la chanson française malheureusement. Mais je suis justement très intéressé par intégrer du français parce qu’on oublie pas que nous sommes français, même le nom du groupe, Grands Boulevards, c’est pas un nom anglais. Donc en intégrer petit à petit je suis tout à fait intéressé par le faire, sans aller non plus dans le truc « couplets français, refrain anglais » ou je ne sais pas quoi, mais essayer de l’intégrer le plus sincèrement et intelligemment possible. Mais je suis tout à fait pour. Je ne suis pas contre le français. J’ai l’impression que je suis en train d’essayer de convaincre les quatre personnes en face de moi là. (rires) Non mais ça donne l’impression que je suis contre le français, alors que pas du tout !

      Adrien : Ça reste de l’ordre de l’hypothèse, parce qu’il n’y a rien de concret pour l’instant.

       

      Pouvez-vous nous confier quelques détails sur votre processus de création de nouvelles chansons ?

       

      Pierre : Bah, ça dépend, la plupart du temps, c’est Daniel et moi qui apportons quelques idées, des démos on va dire, et après chacun les travaille, apporte sa patte… Comme Adrien avec la guitare, Julien pour la batterie, et parfois avec Dany pour les arrangements, pour les structures. Je parle de ça quand moi j’apporte un morceau, après pour Children of Light on avait bossé, on était partis sur une idée et après on savait pas trop comment faire, et ce morceau est passé dans les mains de tout le monde, et petit à petit, et bien il est sorti. Il est là maintenant.

      Daniel : C’est un peu un cadavre exquis en fait. Tu passes tout ça au voisin…

      Pierre : Et puis tu bloques un peu, tu passes tout ça au voisin, qui trouve quelque chose, qui va réussir, et hop.

      Daniel : Après sur le même EP on a travaillé avec Zoé, c’est lui qui a mixé ce nouvel EP. Plus que mixer, il a aussi apporté sa patte, sa couleur. Il a gardé tous les synthés mais en a rajouté certains qui sont cachés derrière, que l’oreille n’entend pas directement, mais qui apportent justement une couleur qui n’est peut-être pas là justement sur les démos. Mais ça aussi ça a renforcé le son… C’est un peu comme le 5e Beatles, finalement. En tout cas on est très contents du travail qu’il a fait. Et lui aussi a apporté beaucoup sur cette signature sonore. Finalement c’est un peut tout le monde, on essaie de se partager.

      Adrien : Le processus de création n’est pas forcément systématique par rapport à ce que disait Pierre et Daniel, c’est pas forcément un relais qui s’enchaîne. Parfois ça peut être Pierre qui a une idée acoustique qu’il va confier à Daniel, qui va développer ensuite le corps instrumental, qui va ensuite me le passer pour ma partie, la guitare, et parfois ça va être une suggestion de l’un ou de l’autre…

       

      C’est très complémentaire en fait.

       

      Adrien : C’est assez complémentaire, oui. Je crois qu’on a la chance de s’être bien trouvés et de bien s’arranger sur ce travail-là. Mais en tout cas la pièce maîtresse de la composition sur Grands Boulevards ça reste Daniel et Pierre. Sur le premier EP c’était Daniel, sur le 2e c’est davantage Pierre, mais comme dit Pierre c’est un tout, chacun a son rôle et son avantage.

       

      Parlons de votre dernier clip, Children of Light, au-delà de la reprise du discours de Severn Cullis-Suzuki, vous abordez des thèmes lourds malheureusement plus que jamais d’actualité. Voulez-vous nous en parler un peu plus profondément ?

       

      Pierre : Je crois que tout le monde est un peu au courant de ce genre de constat. Enfin, justement, pour cette chanson-là, ce n’est vraiment pas un constat, on a pas envie de dire que l’heure est grave etc., c’est vraiment de véhiculer à travers cette chanson un message d’espoir, et d’essayer de s’unir. Ce n’est pas du tout un constat pour dire « voilà on est nuls, on casse tout, on pourrit tout », non. La situation est telle qu’elle est, on le sait, après je sais qu’y a des gens qui n’y croient pas, c’est leur droit. Mais en tout cas, c’est surtout de dire que tous ensemble on peut arriver à quelque chose, et changer peut-être les choses. Même si peut-être que c’est trop tard, on ne sait pas vraiment, mais au moins essayer. Après c’est sûr que pour passer un message tel que celui-ci, forcément, on a besoin de choquer ou du moins d’aller un peu dans les images et dans le discours. De passer des images un peu percutantes quoi. Le message on voulait qu’il soit percutant.

      Adrien : Children of Light je pense qu’il est très complet et très riche par rapport au message. C’est un peu le cadavre exquis mais vraiment dans son ensemble, tant au niveau de la création qu’au niveau du message. Parce qu’on s’appuie sur le discours de Severn Cullis-Suzuki qui est chargé d’innocence à l’âge de 12 ans en 1992, et donc ce discours-là, venant d’une enfant, on ne peut pas le contredire. Parce que là pour le coup c’est un constat, mais qui n’est pas moralisateur. Ça garde cette innocence-là, par rapport à l’âge adulte qui va tout de suite tirer des conclusions et va forcer la raison. Et je pense que, c’est d’ailleurs ce qui est intéressant dans le travail qu’a fait Pierre au niveau des textes. Il parle de ce faire-valoir, c’est un peu réducteur de l’appeler comme ça mais c’est ce que c’est, et Pierre a choisi d’aller dans le message de l’espoir, de l’apporter vers l’avenir. Ce qui évite le constat dramatique, mais qui va au contraire pousser, motiver les gens à réagir et à leur faire prendre conscience qu’ils sont maîtres de leur destin et de ce que va être l’avenir. Le but n’est pas d’être moralisateur sur ça, c’est justement de leur dire « soyez juste réalistes et faites ce qu’il faut comme vous l’entendez ». À vous d’en faire ce que vous voulez, je pense que c’est important comme message.

      Daniel : C’est clairement un message vers les enfants, en fait. Ça touche énormément l’enfance. On aurait presque envie de dire, trouvons une planète ailleurs pour y envoyer tous ces enfants, ils y seront peut-être plus heureux vu ce qu’il se passe ici. C’est un peu cette idée-là aussi. J’aime beaucoup cette idée d’enfants qui n’arrivent pas à combattre tout ce qui se passe sur cette planète-là, et qui vont par, je ne sais quel moyen, trouver une planète ailleurs et en faire un Blue Paradise, un « ailleurs », en fait. Il y a une chanson qui s’appelle Dancing Upthere, qui n’est ni sur le premier album ni sur le deuxième, qu’on joue ce soir, et qui parle vraiment de ça en fait. Qui est un contraste entre l’adulte qui est un peu enclin à ses peurs et à ses démons, et toute la merde qu’il peut faire. Et le refrain ça change complètement, ce n’est plus une histoire où des enfants dansent sur une planète neuve. Cette idée-là se retrouve pas mal sur plusieurs textes du groupe, et je trouve que Children of Light c’est un peu la symbiose de tout ça. Ce n’est pas du tout moralisateur, on ne cherche pas à faire ça, c’est dangereux d’ailleurs. On veut pas du tout être politisés, c’est vraiment une chanson pour les enfants en fait.

      Adrien : Et les visuels par rapport au clip, je pense, apportent pas mal cette idée-là, c’est-à-dire que ce sont des images qui sont accessibles… L’enjeu des images, ça a été de ne pas être trop accusateurs. Malheureusement même si tu dis que c’est pas un constat, ça reste une réalité…

      Pierre : Non, mais le message lui-même n’est pas un constat, forcément que tu te bases sur un constat pour donner un message mais…

      Adrien : Mais elles sont dures quand même les images et il fallait une réalité. L’ensemble se complète, il y a une évolution aussi dans les visuels, on apporte une rêverie… C’est un complément par rapport au texte, et il faut un peu se placer comme une personne qui se laisse happer par les lumières environnantes, par la rêverie dans une balade nocturne ou presque semi-nocturne, et qui, à l’appel de ce discours va imaginer des choses et va être transporté dans un univers. Cet univers va rapidement lui revenir à la figure, mais ça laisse un message d’espoir, et la dernière image de fin où ce personnage-là reste rêveur et pense à demain.

      Daniel : Ce que j’aime beaucoup dans ce clip c’est qu’il y a autant le plus fabuleux sur cette planète et le plus horrible. C’est Adrien qui a fait le clip. Il colle complètement. On a eu quelques remarques de publics « non avertis » qui ont posé la question, qui ont un peu tiqué en trouvant que c’était peut-être un thème un peu récupéré. C’est vrai que nous, on ne s’est jamais posé la question en le faisant. C’était honnête et sincère, et c’est vrai qu’en le sortant on s’est dit « oh là là », qu’on allait peut-être avoir des réactions… Et ça n’a pas loupé, il y a des gens qui se posent des questions et qui se demandent quel est notre intérêt, est-il vraiment artistique, on est conscients de ça, mais on est droits dans nos baskets. On sait pourquoi on l’a fait, on a pas de comptes à rendre.

      Pierre : En tout cas vu le temps qu’on y a passé, il y a eu une hésitation. Est-ce qu’on le sort ? Est-ce qu’on le sort pas ? On s’est même posé la question. Mais je pense que si on l’a sorti et qu’il en est arrivé à ce qu’il est aujourd’hui, c’est parce qu’on l’a fait avec notre cœur tout simplement; qu’on était le plus sincère possible, et qu’on a le droit de parler d’autre chose que d’amour et « tout ça » quoi.

      Daniel : Pour la petite histoire, ça fait longtemps qu’on a ce morceau, au moins 3 ans. Il y a un an, je me suis battu pendant une paire de semaine à essayer de le finaliser, quand on ne travaillait pas encore avec Zoé, et en fait j’en ai eu marre. Ça devenait même dur parce que le discours tu l’entends tous les jours, et ça commençait à devenir très compliqué, en dehors des problèmes techniques de son. J’avais dis à mes amis: « On va laisser tomber ce morceau parce que c’est pas possible, j’arrive pas à le faire sonner comme je veux et du coup, j’en peux plus de ce truc-là ». En fait, j’ai fait une soirée avec Zoé et je lui ai parlé de ça, et il m’a dit « T’as qu’à me le filer, moi je peux faire un essai dessus » et je lui ai dis « Allez feu, essaie ! ». Il a essayé, et une semaine plus tard, il nous a envoyé sa version et elle était proche de ce que vous connaissez maintenant. C’était génial, car elle sonnait comme j’avais essayé de faire sonner, et que je n’avais jamais réussi. C’est suite à ça qu’on a décidé de travailler avec lui pour le reste de l’EP d’ailleurs. Du coup, ce morceau n’a pas fini dans la poubelle et il y a eu une belle aventure.

      Adrien : A la fois c’était logique, parce qu’on s’était posé la question de l’intégrer au prochain disque, et qui mieux que la personne qui a travaillé le son pour trouver l’harmonie sur l’ensemble du disque avec les autres titres. Forcément c’était Zoé, il fallait trouver une cohérence.

      Daniel : Alors pour la petite histoire, Zoé c’est notre ingé son aussi, on l’a embarqué pour la tournée. C’est un très bon ingé son studio et un très bon ingé son live. Il avait pas mal été traumatisé sur le live, parce qu’il a eu le bonheur et le malheur de faire plusieurs tournées avec des groupes où ça ne s’est pas toujours très bien passé. Du coup il ne voulait plus du tout faire de live, et puis finalement on l’a embarqué et il a retrouvé le goût à ça.

       

      Non mais du coup, je trouve qu’il y a une belle cohérence dans l’EP. Très différente du premier en fait, plus optimiste, et je comprends mieux le côté novateur grâce à l’ajout d’une nouvelle personne.

       

      Daniel : Oui lui c’est l’optimiste, et moi c’est le pessimiste (en désignant Pierre). Le soleil et la lune.

      Adrien : Et moi je suis la tempérance (rires).

      Pierre : C’est vrai que ce morceau Children of Light c’est un peu le début du groupe, vraiment.

       

      Au-delà de ces thèmes, avez-vous d’autres causes qui vous touchent particulièrement ?

       

      Adrien : Si là c’était un thème qui nous a réunis, je pense que d’une manière générale, on est pas forcément des artistes à revendiquer des causes devant vents et marées. Je pense que les textes sont sincères et, lors de l’écriture, ça se fait sans arrière pensée ou sans esprit machiavélique ou calculateur. On se laisse la liberté de nous exprimer pour le moment, c’est comme ça qu’on fonctionne. Après, l’éternel débat est : est-ce que les artistes sont les mieux placés pour défendre les causes ? Je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui critiquent cet aspect-là, quand les artistes défendent des hommes politiques ou des causes. Moi-même je pratique les arts de manière un peu plus diversifiée. On a une sensibilité qui nous permet d’avoir une vision du monde peut-être un peu différente. Ça ne veut pas dire qu’on a une meilleure vision du monde que les autres, pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi nous empêcher d’en parler ? C’est un long débat.

      Daniel : L’art doit-il être engagé ou non ? L’éternel débat. Il y a l’école qui dit oui et l’école qui dit non. Moi je pense qu’il peut être engagé mais pas forcément. Mais il y a une école qui dit « Non, l’art doit être engagé ». J’avais un groupe à l’époque, qui s’appelait Triste Sire et c’était justement l’éternel conflit avec mon guitariste, même si on s’entendait super bien. On vivait tous ensemble, on avait une maison, c’était une super aventure, ça nous permettait de travailler tous les jours sur le projet, et un matin il s’est levé et il avait fini de lire le livre de Bourdieu sur le spectacle. Il m’a dit « Ecoute, moi je peux plus jouer dans Triste Sire parce que je me rends compte qu’on ne fait que vendre du rêve aux gens, et c’est justement ce qu’il ne faut pas faire. Les gens, il faut les éveiller et il ne faut pas les faire rêver ». Et à partir de ce jour-là, on est rentrés dans un conflit très sympathique. Il n’y avait pas du tout de querelles, mais un échange d’idées assez intense à savoir : est-ce qu’il faut faire rêver les gens ou les éveiller ? Et pour lui, l’industrie du spectacle c’est le cancer du monde, il ne veut surtout pas faire oublier les malheurs de la journée aux gens qui viennent se divertir le soir, il ne veut pas divertir. Et c’est vrai que dans Grands Boulevards, on se rapproche énormément de l’industrie du divertissement puisqu’on est là pour faire rêver les gens, outre le morceau Children of Light qui lui est plus dans l’éveil. mais ce que j’aime bien dans Grands Boulevards c’est qu’il n’y a pas de revendications ou d’obligations, c’est tombé comme ça. Il n’y a pas eu de recherche, on ne s’est pas dit « On va le faire pour ça », et je trouve ça bien. Mike [le guitariste de Triste Sire donc] était plus dans la revendication perpétuelle, et pour moi c’était très compliqué parce que j’étais l’unique chanteur du projet et du coup, je me serais retrouvé le porte-étendard d’idées et de textes revendicateurs. Je ne me suis jamais senti capable de porter ce rôle, comme un Bertrand Cantat, que j’adore, et qui jusqu’à ses dernières conneries a vraiment su faire ça correctement, qui a vraiment ce génie de le faire. Moi je ne me suis jamais senti cette force là. En tout cas, nous, on ne se prend pas la tête. On essaie de s’éclater. Si ça fait rêver les gens, tant mieux, si ça les touche, tant mieux. Si ça les éveille sur certaines choses, tant mieux, c’est ça l’idée.

       

      Avec qui aimeriez-vous, ou auriez aimé s’il est décédé, faire un duo ?

       

      Daniel : Alors moi ce serait avec Brendan Perry de Dead Can Dance ou avec Dead Can Dance en général.

      Pierre : Il y en a tellement… Bowie, Gainsbourg, Morrison, il y en a tellement, je ne pourrais pas choisir. Tous ensemble ! Et on appellerait ça « Le groupe duo » ! (rires)

      Adrien : Bah moi avant Grands Boulevards c’était avec Daniel donc comme c’est fait, c’est bon ! (sourires touchés) Après, si je devais parler d’artistes connus, franchement peu m’importe, moi ce qui me plait c’est de faire de la musique avec des gens que j’aime, tant que c’est sincère et qu’on s’éclate.

       

      Chaque artiste envisage la scène d’une façon différente, comment l’envisagez-vous ?

       

      Daniel : Pour moi, c’est un terrain de jeu. Si je pouvais passer ma vie sur une scène, je serais l’homme le plus heureux du monde. Plus qu’en studio.

      Pierre : Le studio c’est pas pareil, c’est la composition. C’est se laisser aller n’importe où, faire plaisir, dans les découvertes, dans les choses qu’on peut composer. La scène c’est vraiment un moment où je ne pense plus à rien. J’ai plus de boulot, j’ai plus d’âge, les gens autour de moi n’ont plus d’âge non plus. Il y a quelque chose d’assez particulier de par les sonorités qui sont autour de nous, l’échange qui se passe entre le public et nous, et c’est vrai que sur scène, j’ai plus de problèmes. Je suis heureux, il y a des émotions qui sont différentes et que je n’ai pas hors scène. Je ne suis pas Pierre, il y a juste une unité, on est Grands Boulevards. C’est ça qui me donne envie de retourner sur scène.

      Daniel : C’est vrai qu’il y a ce côté « négatif » dans un concert comme Grands Boulevards, c’est qu’on est esclave du matériel. Moi j’ai énormément de projets où il y a très peu d’électricité, mais Grands Boulevards c’est tout l’inverse. Il y a beaucoup de synthés, beaucoup d’ordinateurs, et si une chose déraille, ça peut tout de suite devenir très compliqué. Et ça nous sort du rêve, de notre bien-être, ça manque peut-être un peu de simplicité, mais en même temps si on veut créer ce qu’on essaie de créer, c’est compliqué de faire avec moins.

      Adrien : Derrière il y a ce travail pour arriver à faire de la complexité quelque chose de simple.

      Daniel : C’est ce qu’on essaie de travailler justement sur cette mini tournée : « comment s’installer sur scène en très peu de temps ». Parce qu’avec les changements de plateaux il faut aller très vite, et être efficace. « Comment optimiser tout ce matériel de façon à gagner du temps pour tout le monde ». J’en reviens justement à Zoé qui nous a apporté énormément de rapidité et de simplicité. Et c’est cool parce qu’on arrive à avancer pour des choses qui n’apparaissent pas pour le public, mais qui pour nous sont très importantes.

      Adrien : Et ce n’est pas figé en soit car, à l’heure actuelle, on réfléchit déjà à intégrer d’autres choses dans le live, notamment des projections vidéo reprenant les thématiques de chaque titre. Donc on ne va pas se satisfaire du travail qu’on fait actuellement, on va essayer à chaque fois de repousser les limites, d’évoluer et essayer de proposer un spectacle homogène.

       

      Et pour terminer, avez-vous quelque chose à dire à vos fans ?

       

      Pierre : Bah déjà merci !

      Adrien : Est-ce qu’on en a déjà ?

       

      Vous avez quand même pas mal de followers sur Facebook !

       

      Adrien : Oui, on a nos proches qui nous suivent et nous encouragent. On arrive, depuis la sortie de notre dernier EP, à toucher d’autres gens, parce que ce qui s’est passé par rapport au premier EP, c’est qu’on a mis davantage de moyens sur le côté professionnel. On a Nicolas qui s’occupe du management, on a notre attaché de presse qui nous a permis de faire le pont entre nous et les médias. Donc forcément, on atteint des personnes qu’on ne peut pas atteindre nous, directement; avec l’exercice du réseau social qui reste une épreuve assez compliquée. Je suis assez surpris que des gens écoutent notre musique et viennent nous voir, parce que ça reste quelque chose d’essentiel pour nous. On a envie de partager et qu’il y ait des gens qui viennent partager ça avec nous.

      Daniel : Et donc effectivement, le message serait peut-être : sortez découvrir des artistes, allez voir des concerts ! On l’a vu sur nos deux dernières dates, on avait beaucoup de trentenaire/quarantenaire, et moi je me souviens quand je faisais des concerts il y a 15 ans. Il y avait beaucoup de jeunes genre 15/25 ans, je ne les vois plus du tout ces gens-là. Avant-hier on a joué avec un groupe australien, ils sont très jeunes, ils doivent avoir 25 ans à tout casser, donc ils font de la musique qui peut parler à la jeunesse mais la jeunesse n’est pas présente. J’ai l’impression que la jeunesse est de moins en moins intéressée par les concerts ou, en tout cas, les découvertes. Il y a 15/20 ans de ça, on jouait dans des salles des fêtes et c’était rempli de jeunesse ! Du coup je me pose des questions, est-ce qu’on fait de la musique de vieux ou…

      Adrien : J’ai un peu envie de nuancer le propos de Daniel parce que le style de Grands Boulevards n’est pas un style clairement identifié comme étant du rock, de la pop. C’est un mix des influences de chacun. Les retours qu’on a eu sur le deuxième EP montre ça, cette difficulté de mettre une étiquette propre et, de ce fait, je pense qu’il faut du temps pour trouver notre public.

      Pierre : Pour revenir à la question de base, oui, on a envie de leur dire merci, de continuer à nous suivre parce que c’est leur envie qui nous donne aussi envie. Parce que c’est un échange, plus tu nous donnes, plus on va te donner. On essaie de faire ça le mieux possible, le plus sincèrement possible. J’espère que cette aventure continuera le plus longtemps possible, qu’on aille le plus loin possible. Après en vivre, je ne sais pas, c’est notre rêve, que des gens nous suivent le plus possible et qu’on vive avec eux cette aventure là. Mais c’est vrai que pour les salles de concerts, je suis d’accord avec vous, on doit se battre maintenant. C’est de la com’ Facebook, c’est de la com’ Instagram, c’est un enfer. On ne sait même plus quoi faire maintenant. Donc moi je dis, sortez découvrir des artistes !

       

      Merci à eux pour cette belle interview, et si vous ne connaissez pas encore leur musique, n’hésitez pas à y jeter une oreille ou à aller les voir sur scène !

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      Kathleen A.
      Passionnée par le Japon et la J-Musique, j'ai plaisir à vous faire découvrir les trésors dont recèle ce magnifique pays. J'aime également énormément l'électro-goth et beaucoup de ses dérivés (de la synth-pop à l'aggro-tech) !

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