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      Foxcatcher de Bennett Miller

      Réalisé par Bennett Miller
      Avec Steve Carell, Mark Rufallo, Channing Tatum.

      Que la lutte bénisse l’Amérique.

      Presque un an après sa présentation au festival où ce dernier a reçu le prix de la mise en scène, Foxcatcher débarque (enfin) sur nos écrans français. Pendant 2h nous suivons cette relation ambigu mais néanmoins fascinante entre deux frères champions de lutte et un milliardaire excentrique.

      Le sport donc. Ce n’est pas vraiment de ça dont il est question dans le film, la lutte ne servant que de contexte, ou plutôt de métaphore, de prolongement du caractère de ces trois personnage. Chez eux, c’est bien la lutte et la compétition qui est au centre de leur relation. C’est ce qui fait en grande partie la grande réussite du film.

      La lutte est le point central de leur relation

      Un film de sport au cinéma n’a vraiment d’intérêt que lorsque qu’il se confond dans cet art, ne devient plus seulement que sport mais s’adapte au support dans lequel il est montré. Foxcatcher représente un bel exemple ici au même titre que, osons le,un  Raging Bull. Certes rare, les scènes de match ou d’entrainement reste tout de même des éléments clés dans l’histoire et gagne à soutenir la peinture des personnages. L’une des meilleurs scènes du film est située au début :  David Schultz (Ruffalo) entre en scène, première apparition du personnage dans le film et il commence un entrainement avec son frère Mark ( Tatum). D’emblée toute la force du film est là.
      Tout se mélange, entre sport et homme,  la complicité des deux personnages est montrée très clairement film. Déjà très cinématographique.

      Je parlais du prix de la mise en scène au début du film et elle n’est pas là par hasard évidemment. La mise en scène n’est absolument pas démonstrative mais cela ne l’empêche pas de gagner notre respect. Chaque cadrage, chaque mouvement de caméra, chaque entrée ou  sortie  des personnages dans le champ est précis, beau et surtout porteur de sens. La photographie et l’ambiance du film sont très éloignées du style des années 1980, pourtant époque de l’action. Froid, oppressant et, d’une certaine manière, intemporelle.

      Miller s’était déjà montré brillant dans avec Truman Capote, il montre une fois de plus ici sa maîtrise incontestable du cinéma et prouve qu’il est un cinéaste intéressant et admirable. Mais revenons au point central du film, ses personnages. Mark Schultz, champion olympique, grande masse

      facilement influençable et vivant seul. Son frère David Schultz lui aussi champion de lutte, père de famille, beaucoup plus solide et droit. Et surtout John Du Pont, milliardaire issu de bonne famille, imprévisible et manipulateur. Souffrant d’un passé avec sa mère des plus troubles, il a perdu toute perception de relation inter-humaine

      On s’étonne très vite de voir à quel point ce fait divers contient une dimension tragique très forte que Miller retranscrit à la perfection. Comme dit plus haut, s’il excelle dans la mise en scène, c’est aussi parce qu’il a construit  un film étiré, lent qui prend le temps d’observer ses personnages. Chacun à sa manière est, à un moment dans le film, attiré ou repoussé par l’autre. Tous se fascine, se prenne en exemple ou se jalouse.
      Mark voit en son frère un proche adulte et peut se reposer sur lui. David voit en son frère la victoire car c’est un vrai champion. Du Pont se sert de Mark pour gagner les championnat de lutte et assouvir une vengeance maternelle et, plus tard dans le film, se sert de David pour stimuler Mark. Quand aux deux frères, ils voient en Du Pont certes un coach, un mentor (d’ailleurs lui-même se perd dans ce qu’il est) mais certainement aussi un père car à aucun moment de film il est mentionné leur paternelle.

      On parle de talent d’écriture pour les personnages, il est naturel de s’attarder sur le talent des comédiens.
      Channing Tatum en premier, masse de muscle sensible, toujours entre rage et désespoir, impose dès son arrivée. Espérons que ce rôle fera taire ceux qui le catalogue (trop) vite de simple acteur à action.Mark Ruffalo
      Steve Carell, évidemment, celui que l’on attendant le plus au tournant dans un rôle à contre emploi. Bien que très grimé par son maquillage, il est extremement flippant. Presque toujours immobile, le regard fixe, on ne peut jamais lire ou deviner ses pensées. Il incarne parfaitement ce personnage mégalo, torturé et imprévisible.
      Mais la grande surprise est Mark Ruffalo, celui que l’on aimerait d’avantage retrouver dans des rôles aussi sérieux et riche que celui là. Au même titre que ses deux autres camarades, tout est travaillé, le corps, la voix, … son jeu est aussi remarquable, il en est d’avantage étonnant.

      Enfin, un dernier point qui montre que Foxcatcher est un grand film est son sous texte. L’œuvre est une critique très violente de l’Amérique. C’est à travers le personnage de John Du Pont que Miller crache toutes ses pensées envers le pays. Sa résidence est une grande maison blanche ( !) entourée de grands espaces verts et d’un gymnase privé. Il prône des valeurs qu’il répète sans cesse dans le film et  qui deviennent, fatalement, quotidiennes et donc banales.
      Du Pont et l’Amérique sont mégalo, moralisateur, sacrifient  des hommes pour s’apaiser eux même et sont donc dangereux. Longtemps un film n’avait pas été aussi fort dans son message.Foxcatcher-1

      Foxcatcher est une œuvre sombre qui porte un portrait facinant sur la nature humaine. Elle transforme avec une audace remarquable une histoire vraie en tragédie profonde.

      Un très grand film.

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