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      Ex-machina la critique

      Oscar Isaac est un acteur qui a la cote en ce moment. En attendant de le voir dans « Star Wars : épisode VII », le voici dans « Ex-machina » réalisé par Alex Garland qui est notamment le scénariste de « Dredd », de « Sunshine», de « 28 jours plus tard » et même l’auteur de « La plage » adaptée par Danny Boyle. Le long métrage raconte comment un programmateur d’une des plus importantes entreprises mondiales va se retrouver, après avoir gagné à un concours, dans la résidence privée de son patron et découvrir sa toute nouvelle invention : une intelligence artificielle dans un corps féminin.

      Nombreux sont les longs métrages traitant  des intelligences artificielles. Des longs métrages réussis comme « 2001 : l’odyssée de l’espace », « Her » ou même « Terminator », d’autres moins réussis comme « A.I : Intelligence artificielle ». Qu’en est-il de « Ex-machina » ?
      Le progrès ne s’arrête jamais… « Ex-machina » est un film propre et fluide. La mise en scène est très simple, reprenant des grands classiques, des astuces vieilles comme le cinéma mais toujours aussi efficaces. Cela offre une fluidité et une esthétique des plus agréables. Dans un décor très froid et très aseptisé, les personnages au nombre de quatre évoluent durant une semaine entière, enfermés dans le centre de recherche du patron de l’entreprise. Le personnage principal est interprété par Domhnall Gleeson, l’acteur principal de la comédie romantique « Il était temps ». Grâce à un décor bien implanté, le réalisateur offre des plans et des cadrages magiques assez somptueux. Les personnages sont profonds et permettent une étude psychologique suffisamment efficace pour que les protagonistes soient passionnants. D’un côté, le patron et génial inventeur, capable du meilleur comme du pire, quelque peu perdu dans un lieu reculé. Brillant et orgueilleux, il est surtout manipulateur et très intelligent. Un personnage interprété par un Oscar Isaac encore une fois impressionnant, dégageant encore plus de confiance en lui qu’auparavant, l’acteur impose son jeu avec style et puissance et montre qu’il est un très bon interprète à l’avenir vraisemblablement radieux. De l’autre côté apparaît le personnage de Gleeson. Un jeune, timide, et discret programmateur. Lui aussi très malin et plutôt curieux, il se retrouve confronté à son employeur. Les deux autres personnages sont deux femmes. L’une est une taciturne et muette gouvernante, et l’autre est une intelligence artificielle conçue par le personnage de Oscar Isaac. Une intelligence séduisante, exceptionnellement fonctionnelle et douée d’une étonnante ressemblance avec l’être humain.

      Isaac et Gleeson

      « Ex-machina » repose sur un scénario très bien écrit. Les rebondissements sont nombreux, l’intrigue passionnante et les thèmes immémoriaux sont d’une puissance fascinante. Le programmateur, l’employé, est amené ici pour entrer en contact avec cette intelligence artificielle et pour conclure si cette création a une conscience totale ou non, et si elle peut être considérée comme une totale intelligence artificielle autonome douée de sentiments. Le personnage de Gleeson est une victime totale des projets de Oscar Isaac. De nombreuses manipulations apparaissent et le personnage de Isaac cache certains éléments primordiaux. La relation entre l’intelligence artificielle et le personnage de Gleeson évolue. Les sentiments du programmateur vont muer en une sorte d’amour curieux. L’intelligence artificielle semble elle aussi ressentir certains sentiments pour l’humain. Sans pouvoir en dire plus au risque de spoiler certains éléments fondateurs, de nombreux rebondissements apparaissent dans le dernier acte du film. Le montage du long métrage est d’ailleurs des plus intelligents et permet de grands moments.

      Oscar Isaac

      Sans parler plus de l’histoire de « Ex-machina » il est possible d’analyser les thèmes qu’il soulève. Le personnage de Gleeson peut être la représentation de l’humanité qui se retrouve perdue entre les idées d’un savant peu recommandable et le progrès technique. Il se retrouve confronté à une intelligence artificielle qu’il comprend et qu’il conçoit mais qui est capable de le dépasser, de le contrôler. L’homme est capable de créer un être tellement performant que celui-ci serait à même de reléguer au rang d’espèce en voie de disparition toute l’humanité. Le personnage de Gleeson est directement confronté à cette possibilité sans qu’il s’en aperçoive réellement. Il se retrouve confronté à un choix. Il est en quelque sorte celui qui doit décider l’avenir, si le progrès est acceptable ou dangereux. Il est tiraillé entre la parole de l’homme, en l’occurrence son patron, qui le met en garde contre la formidable intelligence dont ce robot peut faire preuve et qu’il peut utiliser pour son propre bien égoïstement, à quel point cet être est une création directe de l’être humain composée de l’ensemble de ses défauts, de ses vices et pêchés. Puis de l’autre côté, le personnage est devant la formidable et séduisante notion de progrès que représente l’intelligence artificielle. Représentées par des sentiments amoureux dans le long métrage c’est surtout la naïveté et la dangereuse curiosité de l’Homme que le réalisateur veut mettre en scène. Ainsi, le personnage de Gleeson doit faire ce choix. Rester dans l’ère humaine et continuer de voir à quel point cette espèce détruit tout ce qu’elle touche et dirige le monde à sa perte ou alors faire confiance en l’intelligence artificielle sans réellement connaître les conséquences. Ainsi, le personnage se fait manipuler par les deux autres protagonistes. Il se fait conditionner par son patron et contrôler par l’IA. Une complexité relationnelle étonnante apparaît entre les trois protagonistes.

      Gleeson et Isaac

      L’autre lecture qui s’offre au spectateur est aussi très étonnante. Le réalisateur vient émettre un autre message, une autre analyse passionnante. Il vient possiblement imaginer que l’homme est déjà lui-même une intelligence artificielle, qu’il ne réfléchit et résonne pas par lui-même. Une idée qui prend deux dimensions. La première repose sur de véritables théories qui viennent affirmer que l’Homme n’est pas réellement doué d’une conscience personnelle et effective, que celle ci repose sur des éléments qui l’influencent voir même qui la contrôlent. Des évènements passés, une éducation, une formation organique pré natale déjà programmatrice de certaines particularités humaines. L’Homme ne serait alors pas réellement libre mais constamment influencé inconsciemment par son expérience passée et son génome. Une marionnette positionnée sur l’immense scène de spectacle qu’est le monde. Une possible théorie qui peut être en plus alliée à l’hypothèse du destin, l’idée que chaque étape de la vie est prédéfinie. L’Homme n’est alors jamais libre de sa pensée et de ses actions. Somme toute une intelligence artificielle formatée par l’environnement passé, présent et futur. Une idée qui trouve son apothéose dans « Ex-machina » le temps d’une scène choc où le personnage principal vérifie qu’il n’est pas une IA.
      Cette théorie prend une autre dimension. Une dimension plus matérielle, plus cartésienne. Le réalisateur vient attacher cette idée de dépendance innée avec la société actuelle, avec la nouvelle technologie. Il vient confronter son spectateur à ce qui l’entoure, aux écrans dont il est dépendant. Il vient affirmer que l’homme est une intelligence dépassée, devenue artificielle de part ce qui l’entoure, de part ce qu’il a créé et ce à quoi il se rattache. L’homme est une intelligence artificielle, un automate surveillé constamment par la technologie, par ce qu’il a lui-même initié. Il devient l’instrument de ce progrès, il devient l’esclave de l’écran. Il ne pense plus par lui-même et se laisse dominer et contrôler par des disques durs, des ordinateurs et des robots de plus en plus performants. Dans le long métrage cela prend forme dès la scène d’ouverture où le personnage principal est observé en silence par des caméras dénuées d’humanité, qui ne semblent pas guidées par la main de l’homme mais qui au contraire interagissent vraisemblablement en totale autonomie. Comme si l’Homme était déjà une intelligence artificielle dépassée, obsolète, vouée à disparaître à cause d’une technologie qui l’a déjà formatée, qui l’a déjà reléguée au rang d’antiquité sans que celui-ci s’en rende compte. L’homme est devenu dépendant de la technologie qui le contrôle discrètement. Le futur ira d’avantage dans ce sens, l’être humain ne deviendra qu’un code fiché par les innombrables appareils technologiques, il ne sera plus que l’esclave de ce progrès, la victime de la folie de créateurs curieux parfois aux intentions louables, et d’une source infinie de profits pour des grands promoteurs scrupuleux. La révolution est déjà en marche et peut être un jour l’humanité sera annexée par des T-1000 ou des Ex-machina.

      En attendant « Ex-machina » est un long métrage qui veut le détour, que ce soit dans l’aspect artistique ou dans les thèmes soulevés.

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