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      Du rock indé anglais expatrié à Paris : Nat Jenkins en interview

      C’est un homme de scène. Après 2 ans de concerts en France, en compagnie de ses musiciens the HeartCaves, Nat Jenkins s’éclate à Paris, au point d’en faire sa ville d’adoption, le temps d’un tournant de carrière, jusqu’au retour au pays. Il nous raconte tout ça en musique dans le pétillant « Back To The Island » (album du label parisien Mirador), et dans l’interview ci-dessous, faite à l’occasion de son concert du 4 novembre au Badaboum. On découvrira que c’est aussi un écrivain : des poèmes et des scripts. Action… Musique !

      Nat Jenkins And The HeartCaves
      Nat Jenkins And The HeartCaves

      Un caractère musical fort

      Lorsque Nat Jenkins rentre de sa pause clope, après une précédente interview, c’est un homme chaleureux et souriant qui me reçoit dans son « carré canapé » rouge. En ce soir d’octobre, un peu de lumière suffit pour laisser transparaitre le visage jovial et sincère du chanteur. Sa barbe de 3 jours et ses rides du sourire laissent entrevoir un artiste non pas maudit, mais plutôt épicurien, non sans paraitre réfléchi et soucieux artistiquement parlant.

      Un peu à l’image de son dernier album « Back To The Island« , sorti le 30 octobre dernier, et enregistré avec ses acolytes The HeartCaves : des caractères mélodieux et des réflexes harmoniques dans tous les morceaux, qu’ils soient aigris (« Quarter to three« ), pimpants (le titre d’ouverture « Gentle Night« ) ou lunaires (« Back To The Islands« ). Dans tous les cas, on apprivoise cet opus facilement. Les sons qui dominent l’album sont des claviers assez lo-fi et claironnant (un peu comme dans le  « jerk out » de Caesars… mais si, souvenez-vous la pub d’Apple il y a quelques années), de la guitare rythmique, d’emblée accrocheuse, s’avérant parfois aussi sophistiquée qu’Arcade Fire (« Feet« ), et des envolées vocales à la hauteur de certains lyrismes non pompeux ça et là (« Quarter to three » encore). Non, en fait, pour vous faire une vraie, idée, oublier les Caesers, Arcade Fire (les accros des comparaisons vous feront également citer The Clash, The Libertines ou The Coral) : le caractère de cet album est fort, nul besoin de ces béquilles. C’est du Nat Jenkins, tout simplement.

      Une histoire française

      Nat Jenkins & the HeartCavesPiotr Grudzinski : Bonjour Nat ! Peux-tu nous dire quelle est la raison principale pour laquelle tu es venu vivre en France?
      Nat Jenkins : En fait pour être sincère, ma petite copine est française et vit à Paris. J’avais envie de vivre avec elle. Et puis Robbie Heart et moi-même jouons depuis 5 ans, on a fait plusieurs concerts ensemble déjà. On a rencontré aussi les batteurs et les producteurs un peu après, et ça fait 3 ans maintenant que notre formation existe, on adore la vie à Paris. Je reviens à Londres souvent et c’est toujours un lieu important pour moi, mais pour l’instant, la France, c’est cool.

      PG : Raconte-nous ta rencontre avec Robbie Heart, ton complice musical.

      NJ : on s’est rencontré via la musique, on jouait chacun dans 2 groupe différents. A Londres, il y a beaucoup de groupes et les musiciens se connaissent tous. On a joué ensemble dans un concert mémorable, pour l’anniversaire de Joe Strummer (le chanteur des Clash, maintenant décédé). On s’est amusé en jouant, on s’est bien entendu, et on a joué pendant quelques années, avant que Robbie Heart soit une part indispensable de la musique, « The Heartcaves ».

      PG : Quels groupes vous influence le plus?
      N.J. : Je ne sais pas… En tant que songwriter, je pourrais citer quelques noms assez obscurs, mais honnêtement, j’ai souvent en tête Joe Strummer, David Bowie. C’est leur musique qui m’affecte le plus. Pour cet album, cela a été plus collaboratif. Tout le monde s’y est mis. De plus, on entend aussi des influences françaises, particulièrement la partie rythmique qui est assurée par des français. Le groove est plutôt français dans cet album, ca swinge pas mal.

      P.G. Je vais te nommer quelques groupes, tu vas me dire si tu es fan ou pas.
      N.J. : OK, mais j’aime pas dire du mal des groupes …

      P.G. : The Libertines? The Coral?
      N.J. : oui, je les adore…

      P.G. : The Sleepy Jackson? The War On Drugs? Ils ressemblent un peu à votre son…
      N.J. : Ah, je ne connais pas !

      P.G. : Arcade Fire?
      N.J. : Merci de nous comparer à eux, c’est un compliment ! Je ne les ai écouté que tardivement, je suis un grand fan. Je trouve leur dernier album fantastique.

      Nat Jenkins
      Nat Jenkins

      P.G. : En fait, votre musique est assez distinguée, on a du mal à trouver une grosse ressemblance avec autre chose. Ce qui est plutôt un bon signe…
      N.J : Merci encore pour ce compliment !

      P.G. : On peut dire que ce qui noue le lien entre les différents morceaux est la recherche mélodique et harmonieuse. Même dans des morceaux assez sombres.
      N.J. Oui c’est vrai ! C’est important, on est dans la mélodie. Et oui, tu as raison de dire que ceci est valable aussi dans les morceaux sombres, on essaye d’être différent à ce moment là, en étant plus solennel. Peu importe la manière dont ça démarre, du moment qu’il y a de la mélodie.

      P.G. : Juste avant tu disais que les groupes français vous ont été d’une grosse influence. Peux-tu en nommer quelques uns?
      N.J. Avant de venir en France, je n’en connaissais pas beaucoup. Entre temps, j’ai écouté La Femme, et j’ai trouvé leur premier album super. Je les connais un peu en ayant réalisé un petit film avec l’un des membres, c’est comme cela que j’ai connu ce groupe. Je pense que c’est brillant. C’est super rockabilly, surf-music. Sinon, j’aime beaucoup Gainsbourg, Brassens, Edit Piaf… Peut-être tu peux m’en conseiller quelques uns?

      P.G. Je n’y ai pas pensé, mais je vais y réfléchir et t’écrire cela plus tard ! (rires).

      Net Jenkins & The HeartCaves
      Net Jenkins & The HeartCaves

      Vers un retour au pays?

      Pendant que tu es en France, est-ce que les medias anglais vous diffusent ou vous font beaucoup de pub?
      N.J. : On va voir, je crois que pour notre nouvel album, on a une bonne équipe en Angleterre. On va faire une sortie progressive : d’abord la France samedi, puis l’Angleterre en février, après une série de concerts là bas en décembre. On espère qu’il va être bien reçu !

      P.G. : Avez-vous pensé que Paris pourrais vous aider pour votre carrière ?
      N.J. : On a pas pensé à cela lorsqu’on s’est basé à Paris. On y est allé pour ce qui était censé être une courte période, pour de l’écriture. Puis lorsque Robbie et moi-même avons rencontré Stéphane et Pierre (la section rhythmique), puis le clavier, on était 5, et on s’est dit que là, ça allait être notre groupe. C’était une autre raison de rester ici. Mais sinon, en général, Paris a été et est super pour nous tous !

      P.G. : Tu as également écrit des poèmes, nouvelles et scripts pour le cinéma, est-ce que ce sont des influences pour ta musique, quels sont les champs artistiques que tu arrives à combler plutôt avec l’un qu’avec l’autre? Où te situes-tu plutôt dans l’un ou l’autre des exercices?
      N.J. : Ce sont des exercices différents, donc c’est difficile de dire… Ecrire des proses est plus libre, je peux juste m’asseoir et écrire autant de mots que je le souhaite, tout seul. Alors que la musique est plutôt orientée avec le groupe. Si je ne faisais qu’écrire, je crois que je deviendrais fou. Grâce à la musique, j’ai du plaisir et je communique avec les autres.

      P.G. : T’arrives-t-il de composer une chanson basée sur ce que tu écris (roman, poème), ou est-ce vraiment 2 choses différentes?
      N.J. : C’est vraiment différent, parfois ce que j’écris n’a pas beaucoup de sens, et il y a des feuilles partout mais sans cohérence, et cela représente un gros travail pour moi. Alors que lorsque je fais une pause, je prend ma guitare, et parfois les chansons arrivent, toutes seules, dans l’instant. Il y a cette spontanéité dans mes chansons, qui est absente de mes textes.

      P.G. : Y a-t-il déjà un nouvel album en route?
      N.J. : Oui il y en a un. C’est drôle, parfois, ce que l’enregistrement d’un album peut représenter comme travail. Alors que le notre, nous l’avons enregistré en direct. Ce qu’on entend dans l’album est ce qui s’est joué dans le studio. L’enregistrement n’a pris que 2 semaines, curieusement, car t’imagines que la plupart du temps cela prend beaucoup plus. Juste après ces sessions prévues pour les morceaux déjà écrits, j’en ai imaginé puis esquissé une quinzaine d’autres, car le processus d’enregistrement amène à sa fin à une nouvelle intense créativité. Je ne sais pas dans quelle mesure ces morceaux seront dans un prochain album, mais c’est déjà formidable d’en avoir une ébauche.

      P.G. : Peux-tu nous montrer la pochette de l’album? C’est une belle photo, elle est de qui?
      N.J. : C’est la rue de Ménilmontant. On rentrait du studio, et Robbie Heart a pris cette photo avec son smartphone. J’ai adoré cette photo. Sans prétention, ça représente un peu où on en était dans l’album et comment on vivait notre aventure parisienne. Une belle virée ensoleillée… Et le dos de la pochette est également une prise de vue de Robbie. C’est aussi un très bon photographe.

      P.G. : dernière question, est-ce que tu considères revenir un jour en Angleterre, ou bien penses-tu que Paris est ton nouveau chez-toi?
      N.J. : Mmm le titre de l’album « Back to the Island » suggère plutôt un retour sur l’île…  Je pense qu’un jour oui, je reviendrai vivre dans ma ville natale, mais je ne prévois pas de le faire dans l’immédiat, j’adore la vie ici ! On peut parler beaucoup d’anglais, d’où mon mauvais français.

      P.G. : merci beaucoup et au plaisir de t’entendre avec ton groupe au Badaboum le 4 novembre !
      Merci à toi, à bientôt !

      Nat Jenkins & the HeartCaves viennent de sortir leur nouvel album « Back To The Island » et se produiront au Badaboum (Paris) le 4 novembre prochain.

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