More
    More
      Array

      « Deux temps, trois mouvements »: En faire trop en n’en faisant pas assez.

       

       

      Si Deux temps, Trois mouvements ambitionnait d’étudier le rapport de l’homme à la mort et les répercussions à long terme qui en découlent vus par le prisme de l’adolescence, il ne fera malheureusement ressentir qu’un malaise superficiel.

      Victor (Zacharie Chasseriaud), brusquement contraint de changer de vie suite à la mort de son père, se doit de suivre sa mère (Aure Atika) au Quebec, qui tant bien que mal tente de subvenir aux besoins familiaux en enchainant les petits boulots de nuit, non sans creuser un fossé affectif entre elle et son fils.

      L’enjeu psychologique du film atteindra son apogée lorsque ce dernier assistera au suicide de l’un de ses camarades de classe, le plongeant dans une culpabilité lancinante, et le poussant alors à explorer ses propres limites.

      DEUX+TEMPS+TROIS+MOUVEMENTS

       

      Nous sommes clairement ici dans un cinema contemplatif qui aurait pu marcher, mais qui, entravé par un scenario trop pauvre, semble très vite ralenti par sa propre intrigue.

      La question du deuil n’y trouvera alors que très peu de réponse, alors qu’elle aurait pu être étudiée dans toute sa profondeur. Que se passe t’il après la mort pour ceux qui restent ? Comment combler une absence par un quotidien lui même vide ?

      Ces questions confrontées aux conflits habituels de l’adolescence – sexualité, avenir incertain, rapports familiaux…- se heurteront malheureusement bien vite aux limites qu’érigent le manque de dialogue, combiné à une diégèse quelque peu monotone.

      Si Christophe Cousin a voulu jouer sur un dépouillement esthétique dans une optique de rendre à l’image sa signification première, il n’en reste pas moins que l’on peut en faire trop en n’en faisant pas assez. Malgré un format 1.33 intéressant, le cadrage négligé et la focalisation systématique de la camera sur le protagoniste n’apporteront pas l’effet escompté.

      Et si des cinéastes de talent tel que Dreyer ont su faire des gros-plans un atout majeur face à l’absence de dialogue, ici, ça ne prends pas, et l’ennui peut à force se faire sentir. On semble attendre quelque chose qui finalement ne vient pas.

      DEUX+TEMPS+TROIS+MOUVEMENTS+PHOTO2

      Evitons cependant de plonger dans le manichéisme critique, il n’en reste pas moins que l’on peut y trouver son compte, pour peu que l’on soit adepte de ce type de cinéma d’auteur, quelque peu maladroit et intentionnellement approximatif dans sa formalité. Certains plans restent toutefois appréciables esthétiquement parlant, et le jeune Zacharie Chasseriaud est relativement fascinant. S’inscrivant parfaitement dans l’archétype de l’adolescent devenu trop vite un homme par la force des choses, il n’en reste pas moins que le jeune acteur confère une dimension supplémentaire à son rôle. Son jeu authentique et naturel est sincère, et permet ainsi de hisser le film un cran au dessus.

      Aure Atika quant à elle, par ses apparitions ponctuées et ancrées dans le rôle d’une mère dont l’instinct maternel semble avoir laissé place à l’indifférence, amplifie la sensation de solitude que le jeune protagoniste semble retranscrire par son silence répété.

      Bilan des courses, bien qu’adoptant une démarche esthétique interessante, non sans rappeler celle de Jaime Rosales (La Soledad, Rêve et Silence) dans sa manière de traiter des sujets graves tel que celui du deuil, Christophe Cousin n’arrive malheureusement pas à nous faire ressentir la charge psychologique nécessaire pour que l’on se prenne au jeu.

      En salles le 28 Janvier.

       

       

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.