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      Des nouvelles de Radiohead? En attendant, 3 albums-clés à réécouter

      Le groupe anglais ne cesse d’alimenter les rumeurs sur leur nouvel album, leur 9 ème depuis leurs débuts en 1993. Les auteurs de « Ok Computer » ont du préciser sur Twitter que malgré la fin des enregistrements studio, ils n’y étaient pas encore tout à fait, alors que des médias en quête de buzz annonçaient déjà la chose accompagnée d’une tournée en 2016. Survols de 3 pièces de leur discographie pour pressentir ce que sera le nouveau Radiohead. 

      Kid A - Radiohead

      Il est des groupes dont l’attente d’un nouvel album est particulièrement aigüe, tant il draine autour de son nom qualité et excellence. Le chroniqueur le plus pointu et exigeant tout comme le mélomane lambda amateur de rock contemporain vous le diront : ceux-là ont marqué le tournant du 21ème siècle par une marque durable, une patte indéniable parmi les formations rock. Radiohead, fondé en 1988 à Oxford (Thom Yorke au chant et à la guitare, Ed O’Brien et Jonny Greenwood à la guitare, Colin Greenwood à la basse, et Phil Selway à la batterie) a su garder sa formation originelle presque intacte, son intégrité artistique, contre vents commerciaux et marées du succès, et maitriser sa mue progressive et permanente qui a su caractériser le groupe. Du rock à minettes dans l’hymne du malêtre simpliste « Creep » en 1993 au titre récent « Lotus Flower » et un Thom Yorke méconnaissable en marionnette désarticulée, il y a eu beaucoup d’eau coulée sous les ponts. Et ces eaux sont devenues sacrées avec le temps. Explication en 3 albums illustres :

      1997, le chef d’oeuvre : « Ok Computer »

      OKComputer

      Certes, l’album précédent « The Bends » était déjà sur toutes les lèvres (« Just », « Street Spirit »). Mais le groupe atteignant le sommet artistique va pouvoir s’écouter ici, et c’est peu dire : de structurées, les chansons deviennent transcendées et les formats explosent. Il y a effectivement une tournure prog-rock que le groupe nous propose là (surtout lorsqu’on entend le bijou qu’est « Paranoid Android« , cette complainte ravageuse en 3 actes), mais au delà de cette dénomination, les titres de « OK Computer » ont ce don de proposer des cases enchevêtrées sur chaque accord (en exagérant à peine), des parties presque indépendantes les unes des autres, et pourtant en harmonie délicieuse. Dans le déchirant « Exit Music (for a film)« , les choeurs digitaux et la basse saturée amènent sur un plateau un Thom illuminateur dans des paroles christiques et elliptiques. A même pas la moitié de l’album, c’est déjà parfait. Enfin pour l’instant, quand on sait qu’avec la longueur augmente le risque de déchets. Rassurons-nous avec « Let Down« , étrange titre où là encore la synchro rythmique semble décrochée du reste, jusqu’à ce que la langueur et la solennité du tout donne une berceuse relevant du miracle, dont l’emportement est vécue à chaque écoute, même 18 ans après. La ballade suave et pop « Karma Police » qui vient juste après est peut-être le dernier « tube » à l’ancienne du groupe, il est déjà passé à autre chose : on le constate avec « Climbing Up The Walls » où l’ambiance fantomatique est ce qui va ensuite dominer dans le son, pour l’instant très rock.

      2000, l’abstraction : « Kid A »

      Rock, plus pour longtemps : l’esprit virevoltant de Thom Yorke a besoin de nouvelles palettes sonores. Le premier titre « Eveything in its right place » est ainsi entièrement électronique, il est surtout plus noir, plus monotone, et à ce titre plus déroutant. Pas découragé pour autant, on poursuit dans cet objet, difficilement, car dépourvu des schémas rock jusque là familier. 2ème, 3 ème écoute : on va devoir s’adapter, Radiohead change. Il se libère aussi : les formats sont plus abstraits, quand notamment dans « The National Anthem » un orchestre de cuivres s’improvise dans un joyeux brouhaha, et dont les fausses notes donnent un aspect « chaos en grande pompe » inquiétant et sidérant, par dessus une batterie et une basse empruntées au trip-hop.  Lorsque le magnifique « Optimistic« , et sa guitare, rugueuse, sale et insistante, se cale à la voix perçante de Thom et redonne des couleurs rock, c’est pour avoir une (agréable) surprise sur « Idiotheque« . De nouveau électronique, l’emballement par contre est immédiat et total : l’intro digitale des rythmes, rapides, urgents et non-genrés, démarre le chant, ou plutôt une saillie de mots alambiqués, débités en cascade, avec un aspect minimal dans les arrangements. L’impact puis l’obsession. Le virage à 180 degrés du groupe est là, et à l’instar d’un Blur (l’album « 13 »), le prix de l’intégrité artistique vaut le résultat. Chaque album va être attendu au tournant désormais.

      2011 : « The King Of Limbs », le front man Thom Yorke

      King Of Limbs

      Et chaque album est une réinvention. La voix de Thom Yorke est finalement le seul dénominateur commun, quand on entend les réalisations diverses succédant à « Kid A » (le dépressif mais sublime « Amnesiac« , le semblant de retour aux sources « Hail to the Thief« , le posé et tranquille « In Rainbows« ). Affranchis des contraintes de chiffres propres aux majors (le groupe distribue désormais seuls leurs albums), Radiohead, sans Jonny Greenwood pour cette fois, adopte ici un son libre aussi de toute étiquette (même si les rythmiques sont souvent empruntés à l’électro). Les dissonances ne sont jamais que des moyens pour dévoiler subrepticement une délicatesse ou une harmonie qu’on jurerait absentes à chaque début. C’est ainsi dans « Lotus Flower« , dont le ton aigre, les notes aiguës, comme les chansons déjà composées en solo (Thom Yorke est l’auteur en effet de 2 albums solo, et prend part au side project Atom For Peace), se développent à leur rythme pour parvenir à un sérénité finale là encore indicible. Alors que le chamanique « Give Up The Ghost » semble dire adieu, ou faire un deuil de quelque chose, de la plus belle des manières (une complainte acoustique, avec les choeurs en canon), Radiohead est donc attendu a priori pour 2016, avec Greenwood. Cette « Adult Independent Music », qualificatif donné par la référence des sites de musique anglo-saxone All Music », pourrait ne parler qu’aux initiés ou aux musicologues, mais si votre oreille, ou votre esprit, est sensible aux changements latents et piégés, aux crépuscules sous-jacents, aux miracles bienfaisants des déstructurations, alors laissez-vous guider.

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