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      Critique « Unsane » de Steven Soderbergh : paranoïa à l’Iphone !

      Le Champs-Elysées Film Festival, c’est des films indépendants français, des films indépendants américains mais c’est également des avant-premières. C’est ainsi que nous avons pu découvrir en avant-première française le tout nouveau Steven Soderbergh : Unsane. Cette oeuvre paranoïaque nous plonge dans le quotidien de Sawyer, jeune femme d’affaire ambitieuse, enfermée du jour au lendemain dans un asile psychiatrique contre son gré. 

      Une réalisation millimétrée : 

      Ce n’est plus un secret : Steven Soderbergh est un virtuose de la réalisation. Il nous le prouve une fois de plus avec ce thriller fort réussi dont la particularité réside dans son tournage (en secret) à l’Iphone. Au delà d’être un joli coup de pub pour la marque à la pomme, c’est surtout un message fort que Soderbergh envoie à la nouvelle génération de réalisateurs. En effet, le réalisateur d’Ocean’s 11 nous démontre par ce film que la réalisation est désormais à la portée de tous, à condition que l’envie de faire du cinéma bouillonne en nous. Et il est vrai qu’au vu de la qualité d’image de nombreux smartphones, il y a de quoi être d’accord avec ce monsieur. La réalisation au portable nous propose donc des plans d’une qualité indéniable, même pour le grand écran. On peut cependant regretter l’aspect très statique de ces plans, les smartphones n’étant pas vraiment optimisés pour les mouvements de caméras complexes. 

      Cependant, le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai et nous propose des plans certes statiques mais incroyablement bien composés. Tantôt anxiogènes, tantôt immersifs (et parfois les deux en même temps), les plans très esthétisés de Soderbergh sont impeccables et aident grandement à la réussite du film. Alternant entre les plans d’ensemble et les très gros plans, la réalisation ne laisse rien au hasard et nous embarque sans difficulté dans cet asile de fous aux mœurs douteuses. 

      Peu de place pour les doutes : 

      Si la réalisation d’Unsane est irréprochable, ce n’est malheureusement pas le cas du scénario. En soi, l’histoire se déroule de manière fluide et aucun accro ne vient émailler le récit. A ceci près qu’il manque cruellement de subtilité dès la seconde partie. La force d’Unsane réside dans une question primordiale : notre héroïne est-elle victime d’un coup monté, ou bien réellement folle sans s’en rendre compte ? Dès la moitié du film, la réponse à cette question est donnée et plus aucune place n’est laissée au doute. La dernière scène a beau tenter de jouer un peu plus avec nos nerfs, le fait est que le doute aurait dû être plus appuyé. Ce genre d’œuvre au sein d’un asile est le moment rêvé pour jouer avec le public (et même le manipuler si on s’y prend habilement). Il est donc dommage que cet aspect plein de potentiel ait été négligé. Un autre point du scénario vient renforcer ce manque de subtilité, à savoir le pensionnaire de l’asile Nate Hoffman. Son rôle dans toute cette histoire est dévoilé bien trop vite, ce qui est fort dommage. Cacher ses véritables motivations et ne les révéler qu’à la toute fin du film aurait eu un impact bien plus retentissant sur les spectateurs et aurait offert un twist fort sympathique. 

      Un point du scénario est cependant très appréciable à noter, à savoir l’attitude de Sawyer une fois celle-ci internée. A bien des égards, cette jeune femme agit comme nous souhaiterions le faire si nous nous retrouvions dans la même situation qu’elle. Le scénario prend cependant un malin plaisir à la remettre à sa place (et à nous remettre à notre place au demeurant) en retournant ses réactions contre elle. Assez amusant car si l’on se met à sa place quelques minutes, nous nous apercevons que nous aurions surement été traités de manière similaire. Le film nous oblige donc à remettre en perspective les réactions de Sawyer et celles que nous devrions avoir si une telle horreur nous arrivait. 

      Des acteurs justes à 100% : 

      S’il y a bien un point sur lequel le film ne pêche pas, ce sont les comédien(ne)s. Claire Foy, la principale intéressée, nous offre une performance impeccable nous dévoilant toute l’étendue de son talent. De quoi nous donner envie de la voir dans ses prochains films (notamment First Man de Damien Chazelle). Les seconds rôles ne sont pas en reste, notamment Joshua Leonard, dans son rôle inquiétant d’infirmier modèle. On pense également à Juno Temple en Violet, ou encore à la mère de Sawyer interprétée par Amy Irving. Chaque personnage représente un archétype que l’on se plaît à aimer ou détester et chacun d’entre-eux est interprété à merveille, nous impliquant ainsi sincèrement dans leurs interactions. 

      Remarquablement interprété et réalisé, Unsane est une petite pépite de cette année 2018, doublé d’un coup de communication magistral du fait de son mode de réalisation. Un thriller d’une impressionnante maîtrise qui devrait en rendre plus d’un paranoïaque… 

      Bande-annonce Unsane

      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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