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      [Critique] « TeaHouse », un instant de sérénité au théâtre Mouffetard

      Le Théâtre des arts de la marionnette présente le spectacle « Tea House », une oeuvre d’art vivante de marionnette du 05 au 29 novembre 2015. Une une comédie dans laquelle Yeung Faï, l’artiste, attaque l’absurdité de la guerre à travers un humour noir et ironique.

      Spectacle crée en mai 2015, Yeung Faï nous présente sa nouvelle création inspirée du conflit opposant le bloc soviétique aux Etats-Unies lors de la guerre froide. La Corée étant le terrain de l’affrontement, la Chine communiste s’impliqua en envoyant des pilotes à l’aviation soviétique.

      L’histoire débute dans une maison de thé dans laquelle il était traditionnellement coutume d’y boire le thé, mais aussi d’écouter le scaroles de conteurs, jouer au Mah-jong ou bien assister à des spectacles de marionnettes. C’est alors que les marionnettistes châtiés durant la révolution culturelle sont condamnés à lutter contre l’émergences des divertissements plus populaires, tel que le karaoké. La guerre de Corée coïncide avec la forte industrialisation de la Chine. Seulement, la conquête économique semble grotesque.

      Tandis que les spectateurs s’installent, Yeug Faï crée une nouvelle marionnette tout en buvant son thé. Cela s’apparente à une conception productiviste du temps ce qui apporte une certaine forme de sagesse. A l’opposé de la société occidentale qui aime contrôler son temps afin de s’adapter à la société, la philosophie chinoise prône la gestion du temps à son propre rythme: perdre son temps ou l’optimiser. C’est une aptitude à s’adapter au changement, à vivre le moment présent tout en laissant place à l’intuition et la spontanéité.

       

      Pourquoi avoir choisi le thème de la ‘’Maison de thé’’?

      Teahouse parvient à retranscrire l’atmosphère qui régnait dans les maisons de thé à l’époques où les marionnettistes s’y produisaient. Dans les années 60, les marionnettes constituaient un divertissement classique et la maison de thé se présentait comme un lieu de culture moins solennel. Une tradition chinoise qui est désormais déchue car la culture chinoise s’est appauvrie au profit des bars de divertissement.

      Selon Yeung Faï, une fois la guerre arrêtée, les guerriers ne pouvaient pas prendre le thé ensemble. Les rancoeurs perduraient…

      Nous assistons à des combats d’arts martiaux des marionnettes, à l’image des samouraïs. La présentation de ces techniques traditionnelles reflète la manière de communiquer dont la recherche de l’harmonie est permanente. A savoir, la mise en valeur d’une relation équilibrée entre l’homme et la société, l’homme et la nature, et les hommes entre eux. C’est ainsi que ce voyage à travers la Chine nous laisse deviner l’évolution de ses mutations culturelles et économiques.

       

      TeaHouse : un art en déperdition…

      teahouse1Quelle est la place du marionnettiste au sein d’une culture qui tend vers un modèle davantage occidentalisé ?

      La marionnette est considérée comme un être à part entier. En effet, les expressions émotionnelles réalistes de ces différents personnages du bout des doigts est telle que la parole en devient superflu. Au fur et à mesure que nous avançons dans le spectacle, le manipulateur de marionnette, vêtu d’une tunique noire, se met en scène à visage découvert afin de revendiquer son engagement. La lumière tantôt éclatante, tantôt tamisée y dévoile des mimiques attachantes en parfaite concordances avec l’expression de ses personnages.

      L’espace scénique se compose uniquement d’un castelet dont le décors change tout au long du spectacle. De la maison de thé, nous nous retrouvons soudainement projetés devant la lisière d’un grillage barbelé à un bar de karaoké. Saluons l’ingéniosité du scénographe Jean-Baptiste Manessier et du décorateur Eric Jolivet. Cependant, même si le spectacle est court (une heure), nous sommes ponctuellement en proie à l’ennui. Certainement à cause de la succession de tableaux dynamique suivis d’autres tableaux plus indolents.

      L’artiste clame régulièrement la disparition de l’âme qui caractérise l’unicité des oeuvres crées

      On peut d’ailleurs ressentir une profonde nostalgie dont l’enchantement poétique des divertissement artisanaux semble bel et bien avoir disparu. Ce spectacle témoigne d’une certaine conviction de l’artiste qui se serait métamorphosée depuis Hand stories (Histoire de mains), spectacle créer en hommage à son père, présenté lors du festival Passages en 2011. Cette progression répond à une certaine forme de liberté revendiquée par le marionnettiste depuis qu’il vit en France. En effet, il semble désormais prendre des risques plus importants et apporter des différences par rapport aux précédents spectacles.

      À travers ce solo en hommage à son grand-père, marionnettiste dans les maisons de thé d’antan, Yeung Faï privilégie la simplicité de l’artisanat et affiche une dextérité inouïe. Laissez vous emporter par cette balade pittoresque à travers la Chine. C’est un doux moment poétique que je vous invite à partager avec vos proches.

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