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      [CRITIQUE] Strictly Criminal : Black « Masscara »

       

      À l’image d’un Johnny Depp bien grimé, l’âme du nouveau film de Scott Cooper s’éteint peu à peu sous les couches de maquillage audiovisuel. Reste une belle coquille cinématographique, classique, qui, comme son personnage central, a de la gueule.
      Exit l’exotique dandy fou, Johnny Depp est devenu glacial, méconnaissable. Un front sans fin, d’immenses carreaux fumés, des chicots jaunâtres et une paire de lentilles bleue acier : l’acteur amoche sa belle gueule et son âme. Dans Strictly Criminal, il est Jimmy « Withey » Bulger, un caïd légendaire de Boston et de l’Amérique.

      Ses passe-temps sont somme toute classiques : vol, chantage, extorsion, blanchissement, meurtre, etc. Avec la « Winter Hill », sa mauvaise troupe de malfrats d’origine irlandaise, il entend gouverner l’entier South Boston. Et ce, aux nez de la bande ritale rivale et des agences fédérales.

      Ce petit écosystème qu’est le sud de la ville va cependant bientôt s’écrouler, à coup de règlements de comptes et trahisons.

      blackmass voiture

       

      South Boston, 70’

      Il faut avouer que le cadre de l’histoire vraie qui inspira Scott Cooper (doublement récompensé aux oscars pour Crazy Heart en 2009) avait tout pour constituer un formidable décor de cinéma. Le Boston « pauvre et méchant » des années 70-80, rempli de caïds irlandais et italiens, de belles bagnoles, et d’agents du FBI plus ou moins zélés, détenait un certain potentiel esthétique. Les directeurs de la photographie ne s’y sont pas trompés : la mise en scène est savamment travaillée et particulièrement réussie, tout en apportant quelques tableaux qui seraient devenus cultes si le scénario avait suivi.

      On assiste à une intelligente esthétique de la « bande » : comment suivre un groupe de plusieurs truands, qui passent d’intérieurs morbides aux grandes avenues de Boston, dans des voitures aux coffres démesurés ? La caméra n’a pas d’obsession scénique sur Johnny Depp, qui est rarement mis en avant. En étant sur le même plan que ses amis ou ennemis, sa violence n’est que d’autant plus flagrante. La tension et la qualité de la scène sont les mêmes quand le caïd enterre un mort sous un pont, fait une partie de carte avec sa mère, ou intimide un flic durant un repas festif.

       

      Les enfants de « Southie »

      « Quand nous étions gosses à Southie, nous jouions dans la cour de récréation aux flics et aux voleurs. C’est ce qu’on a continué à faire dans l’avenir ; et comme dans la cour de récréation, il était difficile de reconnaître qui jouait qui ». Cette phrase, lâchée par un criminel lors d’un interrogatoire, résume le script du film. Un triangle de personnages gouverne : Jimmy, le caïd, son frère, sénateur (Benedict Cumberbatch), et leur meilleur ami d’enfance, un agent du FBI aux dents longues (Joel Edgerton, excellent).

      Si le premier représente le meurtre, le second la justice, et le troisième la loi ; aucun d’eux ne se différencie. Comme pour des gamins sur un terrain vague, la morale n’existe pas. Seuls comptent la gloire et le pouvoir. S’installe le « jeu des balances » : une guerre de renseignements entre bandes rivales, flics et journalistes qui se font tomber les uns après les autres. Efficace, mais déjà trop vu.

      "Whitey", glacial et furieux
      « Whitey », glacial et furieux

      Des personnages de BD

      Le récit, qui suit l’apogée de Jimmy Bulger jusqu’à sa chute, est raconté sous forme de flash backs par d’anciens lieutenants passant aux aveux. Le long-métrage étant en fait une adaptation du livre Black Mass: The True Story of an Unholy Alliance Between the FBI and the Irish Mob, écrit par Dick Lehr et Gerard K. O’Neill. 

      Cette forme, très classique au cinéma, ne dessert malheureusement pas le scénario. Le fil est chronologique et s’efforce plus à décrire une histoire vraie qu’à fournir un bon script. On pense même à un peu de gâchis quand on voit la qualité du maquillage de Johnny Depp et la présence -quasi inutile- de bons acteurs (notamment Kevin Bacon et Benedict Cumberbatch). Si tous les protagonistes ont une famille, le rôle des femmes est minime et n’apporte rien. Seul le personnage de l’agent fédéral, qui s’encanaille au contact des voyous, devient « bling-bling » et perd ses principes par péché d’orgueil, est intéressant.

      Si Johnny Depp est véritablement effrayant (on pense à son mutisme terrible quand il abat quelqu’un de sang-froid sur un parking, arborant chaîne en or et fusil à pompe), il n’en reste qu’un personnage de bande-dessinée : esthétiquement bien travaillé mais une coquille vide. Il est d’ailleurs « Strictly Criminal », soit une allégorie -celle du crime- mais pas un homme. Une famille et quelques drames essayent tant bien que mal de l’humaniser, sans succès. Ce Black Mass est donc « badass », mais peu crédible.

      L’orchestration narrative est si classique -voir vaine tant elle est maîtrisée- que l’on ne suit plus le film que pour ses trésors de mise en scène et pour découvrir jusqu’où ira la furie stylisée de Jimmy « Withey » Bulger. 

       

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