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      [Critique] Snow In Paradise

      Snow In Paradise est le premier long métrage d’Andrew Hulme. L’ancien chef monteur, en partant d’une histoire vraie, signe un bouleversant thriller psychologique. Emprunt d’une spiritualité et d’une intensité formidable, il renouvelle le traitement du film dramatique. Assurément une belle réussite, à voir à partir du 4 février.
      Synopsis

      Un blond brutal, au regard d’acier, chemisette et dernier bouton serré, mocassins aux pieds : Dave est d’une humeur massacrante. Quelque part entre le punk, le hipster et le mod, ce jeune homme trimbale sa rage dans les quartiers de l’East End de Londres. Il y entraîne Tariq, son meilleur ami et associé, pour enchaîner les « coups » et entrer dans la petite mafia locale. La capitale est morne, inhospitalière. Alors le quotidien de Dave s’articule autour des drogues et de la musculation, dans des bouges et piaules minables.

      A la suite d’une mission loupée, Tariq disparaît. Dave comprend petit à petit que, par sa faute, il a été assassiné. Le colosse vacille, la honte et les remords le terrassent. Dave est à deux doigts de l’implosion, complètement perdu. Deux petits barons du crime, Oncle Jimmy et David Spinx -ancien meilleur ami de son père- en profitent pour essayer de définitivement le corrompre. La violence, la culpabilité et la cocaïne se déchaînent. Mais, quand tout semble annoncer la fin du triste délinquant, il découvre par le biais d’une mosquée, l’Islam. La paix et la possibilité de la rédemption apparaissent.

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      Genèse d’une histoire vraie

      Si le film échappe avec brio à tous les clichés, c’est en partie du à sa genèse. Andrew Hulme, ex chef monteur rencontre Martin Askew, scénariste et ancien alter ego de Dave. Son histoire incroyable les inspirent pour un (premier) long métrage. Ils rencontrent par hasard Frederick Schmidt en train de fumer une cigarette à un coin de rue. Sa dégaine leur plaît. Désireux d’apporter des têtes inconnues au casting, ils finissent par lui adjuger le premier rôle. Martin Askew, quant à lui, jouera Oncle Jimmy, père de substitution et bourreau de Dave.

      Martin Askew, scénariste et interprète de "Oncle Jimmy"
      Martin Askew, scénariste et interprète de « Oncle Jimmy »

      Si le synopsis peut paraître trompeur, Snow In Paradise n’est pas un film de gangsters anglais. Plutôt une « étude de genre, […] sous les codes du thriller », selon les mots du réalisateur. Le but principal est de rentrer au plus profond de l’intériorité du personnage (Dave est présent dans toutes les scènes), toujours écartelé entre l’envie profonde de trouver des « règles » et de gagner la paix.
      En résulte un long métrage novateur dans son traitement du discours dramatique, entre film de transe, biopic ultra réaliste et drame éclairé. Un film violent sans violence physique, beau de simplicité, infiniment noble, profondément vrai.

      Un style maîtrisé

      L’efficacité du film tient au fait que tous les talents techniques soient rassemblés pour servir au mieux une histoire, et décrypter son personnage. Le rythme est excellent, bien porté par une bande musicale et un montage son soignés. La gestion des silences, coupée par une musique quasi-organique, offre une ambiance haletante qui rappelle que « la vie est une guerre spirituelle ». De la même manière, une très belle mise en scène s’efforce d’analyser sans cesse l’intériorité de Dave.
      Certaines scènes sont à couper le souffle, alternant elles aussi le silence et la quiétude avec une violence épileptique. On peut ainsi voir Dave déboussolé, perdu au milieu des arabesques du sol de la mosquée ; ou bien péter un câble dans un bar branché, parce qu’on ne lui sert que de la bière bio et du free-jazz. Les personnages, comme les acteurs (inconnus), sont bien trouvés et permettent de la meilleur des façons l’expression de Dave. Ses relations avec Oncle Jimmy (Martin Askew) et son opposé Amjad (Ashley Chin, un musulman qui prend Dave sous son aile) étoffent encore un peu plus la narration.
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      Tous ces éléments apportent une spiritualité et une intensité folle, qui s’attachent à une tension omniprésente, un rapport de force métaphysique. « Nous voulions raconter une histoire sur la religion, le bien et le mal, la folie et la rédemption » explique le réalisateur. Son premier film est une réussite totale, quoique pas facilement accessible. Il nécessite de s’immerger, en demandant au spectateur une participation non pas intellectuelle mais sensible. Ce dernier, s’il aura tenu, en sortira grandement récompensé.

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      1 COMMENTAIRE

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