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      Critique S1 « Dear White People » (Netflix) : une tribune effrontée contre le racisme aux États-Unis

      Passé inaperçu en France, Dear White People est un programme insolent qui a le mérite de poser de vraies questions. Il est temps de se pencher sérieusement sur la saison pilote de cette série satirique qui a eu l’effet d’une bombe outre-atlantique.

      Dear White People (que l’on pourrait traduire par « Chers amis blancs ») est une série adaptée du film éponyme sorti en 2014, tous deux réalisés par le talentueux Justin Simien. L’histoire se passe de nos jours dans une fac renommée aux États-Unis. Au milieu de cet environnement faussement paisible, de fortes tensions vont s’élever face au racisme présent sur le campus… jusqu’à créer une véritable révolte.

      Le racisme, c’est pas que pour les pauvres !

      Dear White People, c’est d’abord une claque en pleine face qui nous renvoie à notre propre rapport aux discriminations. Déjà parce que l’histoire se passe aujourd’hui et dans un cadre apparemment paisible : la prestigieuse Université de Winchester. Les élèves y sont brillants, la sélection stricte, les professeurs renommés… On est en charmante compagnie, la crème de la crème même, des gens ouverts d’esprit et réfléchis, l’élite de la nation. Et malgré ce que ce petit monde bien poli essaie de nous faire croire, tout ne se passe pas si bien. Les Afro-Américains ne s’y sentent plus en sécurité. En peignant un décor aussi lisse pour son histoire, le réalisateur s’attaque à un sujet sensible : la présence de racisme même dans un endroit aussi élitiste et éduqué que Winchester.

      Les hostilités commencent tranquillement avec cette soirée étudiante. Pas n’importe laquelle, une Black Face Party. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est, une Black Face Party est une soirée où le but est de se déguiser… en Noir. Oui, apparemment, ça existe (au passage on salue Griezmann qui lui aussi, a cru que c’était une bonne idée). Évidemment, et on comprend pourquoi, les élèves afro-américains du campus n’apprécient pas trop le délire, et certains décident d’agir en mettant un terme à la fête. Cet événement suffit à déclencher une véritable polémique à Winchester.

      Dear White People veut nous rendre conscient

      Au milieu de tout ça, il y a Samantha White, une métisse rebelle et engagée qui compte bien dénoncer les stéréotypes et discriminations auxquelles elle et ses amis doivent faire face quotidiennement. Avec son émission de radio « Dear White People », elle essaie d’expliquer en quoi une black face c’est offensant, pourquoi il ne faut pas toucher les cheveux des afros, et pourquoi on ne peut pas demander « what are you? » à un métisse… Prenez des notes. On fait tous des choses racistes sans s’en rendre compte. Il est temps de devenir conscient.

      La force de cette série, outre sa photographie soignée et son scénario bien ficelé, c’est l’agilité avec laquelle elle présente les micro-agressions dont peuvent être victimes les Afro-Américains, et dont les personnes blanches ont peu conscience. C’est un sujet délicat. En faisant ça, Justine Simien frappe là où ça fait mal. Il vise clairement cette société américaine bien-pensante qui se pense totalement innocente, alors que pas tellement. D’ailleurs, Dear White People ne s’arrête pas au racisme anti-noir, mais traite aussi de racisme anti-asiatique, de misogynie et pas mal d’homophobie.

      Pour ceux qui s’inquiètent, rassurez-vous, Dear White People n’est pas un affront contre les Blancs non plus. La série nous met juste face à une réalité que beaucoup ne voient pas. Grâce à ce procédé ingénieux qui consiste à consacrer chaque épisode à un personnage, sa perception et son rôle dans l’histoire, on comprend très bien ce que ressentent les différents protagonistes. Qu’ils nous ressemblent ou non, on s’identifie très facilement à eux. La plupart des personnages principaux sont afro-américains, ce qui n’est pas tout à fait habituel. Mieux que ça, ce sont surtout des femmes Noires américaines qui sont mises en avant, ce qui est très rare. Car certains ont tendance à l’oublier, mais comme le dit le jeune étudiant en journalisme de la série : 

      « Alors qu’il existe d’innombrables représentations de l’homme blanc dans la culture, il y en a beaucoup moins de nous. »

      Et puis il y a Gabe, le petit-ami Blanc de Sam, qu’elle a un peu de mal à assumer devant ses potes afro-américains. Parce que c’est bien connu, « il ne faut surtout pas sortir avec son oppresseur » (cf Tupac et Madonna). Gabe est intelligent et essaie de faire de son mieux pour apporter son soutien aux différentes communautés noires du campus, mais il a du mal à se faire accepter et peut se montrer parfois maladroit… À travers Gabe, les Blancs aussi ont la parole dans la série. Ce n’est donc pas un show contre les Blancs, mais bien un portrait sur la complexité des relations entre personnes d’origines différentes.

      Pourtant, choquées par le titre de la série et quelques phrases du trailer, quelques voix se sont élevées notamment sur les réseaux sociaux, en qualifiant le show de « raciste anti-blanc » (nous ne débattrons pas ici sur la pertinence de cette expression…). Toujours est-il que l’extrême droite américaine a sérieusement commencé à agiter la toile avec cette histoire. Le réalisateur de la série, lui-même afro-américain, a tout simplement réagit en disant : 

      « Quand le premier trailer du film est sorti, je reconnais que le déluge d’allégations qui faisaient de moi un raciste inversé et un « sale singe de merde qui devrait se la fermer et rentrer en Afrique » m’a vraiment blessé. Mais désormais, je me sens étrangement motivé. Voir toutes les menaces formulées à cause d’une vidéo dans laquelle une femme de couleur demande (poliment) à ne pas être moquée explique clairement pourquoi j’ai fait cette série. »

      Bien dit, Justin !

       

      Quant à la qualité intrinsèque de la série, il y a tout de même deux-trois petites choses à redire. Il s’agit indéniablement d’un très bon programme, plein de sens, et avec de vrais objectifs de dénonciation d’un aspect spécifique de la société américaine actuelle. Cependant, la série étant déconstruite temporellement, il n’est pas toujours facile de comprendre quand les différents événements ont eu lieu. Les allers-retours incessants dans le temps peuvent perturber la compréhension de l’histoire.

      Enfin, le cadre prestigieux de l’histoire est à double tranchant. Les répliques des étudiants contiennent constamment des références historiques, sociologiques ou même de pop culture pas toujours accessibles au spectateur, et c’est un peu dommage… Le show mériterait de toucher un public plus large car ce sont des thématiques qui nous concerne tous. On attend la saison 2 pour voir ce que la série a encore à offrir !

       

      Bande annonce Dear White People

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