More
    More
      Array

      [Critique] PHONE TAG mise en scène d’Adrienne Ollé

      PHONE TAG, une pièce exaltante à l’allure d’une comédie romanesque.

      Synopsis: Donald et Christy s’aiment. Elle vit à Londres, Lui à New-York. Il décide de lui faire la surprise en lui rendant visite le temps d’un week-end. Elle organise la même surprise pour le même week-end. Écrite pour la BBC, Phone Tag est une pièce radiophonique qui repose uniquement sur des messages vocaux et des échanges téléphoniques.

      PHONE TAG : des comédiens audacieux

      Les comédiens font leur entrée l’un après l’autre. Vêtus de noir, chacun s’installe sur son tabouret armé de son texte sur papier et se met à le lire. Nnous sommes d’abord surpris d’assister à une simple lecture. Décontenancés, nous sommes partagés entre l’absurde et le rire. La confusion s’installe en raison du nombre supérieur des personnages à celui des comédiens. Une cacophonie se crée. Voilà ce qu’on appelle une « Stichomythie » d’une fulgurante intensité. Le rire nous emporte… Ils décident donc d’adapter la pièce en direct pour le public. Une voix off est chargée de leur transmettre les directives. C’est alors que la pièce de théâtre prend corps par l’idée singulière de créer une pièce dans une pièce.

      Spectacle Phone Tag

      L’originalité de ce montage porte sur l’intervention des comédiens dans leur propre rôle qui nous donne l’impression d’assister à une répétition. C’est l’occasion d’assister à quelques gags entre eux. Les remarques, initiatives ratées et mécontentements en aparté sont placés avec justesse. Notamment lorsque l’un d’entre eux rechigne à jouer le rôle d’indien qui lui a été confié. Pour ainsi dire, on s’amuse de les voir s’amuser. Le feu ardent de la comédie nourrit la bande de comédiens-musiciens-chanteurs composée de Laura Chetrit, Pierre Khorsand,Léa Marie-Saint-Germain, Aurélien Gouas, Pierre-Edouard Bellanca.

      Leur force repose sur la cohésion de la troupe. Leurs chamailleries nous embarquent entièrement dans leurs aventures. La malchance entraîne une série de péripéties rocambolesques qui s’enchaînent tout au long du spectacle. Les amis sont empêtrés dans leurs déboires sentimentaux, les animaux sont confiés à leur risque et péril, et des inconnus intrusifs contribuent aux quiproquos. Un chaos maîtrisé à la perfection !

      A travers cette mise en scène percutante et grandement créative, les personnages loufoques finissent par nous émouvoir par leur humanité.

       

      Une mise en scène décadente

      Le metteur en scène Adrienne Ollé imagine deux cubes de cartons en 3D ressemblant à un Rubik’s Cube. Ils sont manipulés à souhait selon les scènes afin de mieux identifier les différents lieux et personnages tout au long de la pièce. L’utilisation d’accessoires farfelus et des accents renforcent le jeu humoristique des acteurs: de la vieille dame intrusive au copain nonchalant en passant par l’ex-belle sœur amoureuse. Par ailleurs, le chant majore le texte dont les paroles s’en retrouvent comme libérées. Des tubes pop/folk à la compagnie créole, nous assistons à une quasi comédie musicale dont nous saluons la profondeur de répertoire.

      phone tag scèneDécoupée en saynète, la pièce est rythmée par l’apparition des personnages à la fois décalés et attachants. Joués avec précision et minutie, ces rôles haut en couleur occupent entièrement l’espace de la scène, apportant une certaine fluidité à l’action. Ainsi, les mots circulent, rebondissent, tranchent et percutent de manière à envahir la salle. Pas un moment de répit! Le ton est donné. Une frénésie liée à l’enchevêtrement de ces phone tag (messages) marque la cadence de la pièce jusqu’au bout.

      Les comédiens ont su donner une aura à ce texte axé sur la communication et l’instantanéité. Le téléphone, d’ordinaire indispensable, devient un outil de communication inefficace. Cette pièce apparaît comme la métaphore d’une communication moderne parasitée. Les préoccupations personnelles, l’impatience et l’écoute passive mènent à une compréhension qui en devient biaisée. Une communication que les comédiens tentent irrémédiablement de reconnecter malgré les difficultés qui se présentent.

      D’un point de vue scénique, c’est un acte d’art que de marier les différents moyens de communication tel que le chant, la danse, le téléphone et le vidéo projecteur. D’autre part, le parallélisme entre les images projetées et ce qui se déroule sur scène n’est pas anodin. D’après le philosophe allemand, Martin Heidegger, « nous croyons qu’il suffit de voir une chose telle qu’elle est pour la voir ». Peut être devons nous nous détacher de notre rapport au monde afin de mieux cerner toutes les possibilités de compréhension existante. Dans le cas présent, la projection des actions des comédiens apporte une certaine distance temporelle qui permet un regard et un discernement différent.

      Même si la pièce s’essouffle légèrement sur la fin de la deuxième partie en raison d’une présence intempérée de la voix off, Phone Tag mérite amplement le déplacement.

       

      Infos pratiques

      Le spectacle Phone Tag au Théatre Montdory
      Rue du Général Giraud, 76360 Barentin.
      Réservation au 02.32.94.90.23.

      Prochaine représentation le 18 mars 2016 à 20h30.

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.