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      CRITIQUE – Mimosas, la voie de l’atlas

      Un titre énigmatique pour un film qui l’est tout autant. Un mystère qui mérite de rester entier. L’histoire d’un périple initiatique à travers l’Atlas qui bouleverse autant ses protagonistes que les spectateurs. Mimosas, Grand Prix de la Critique 2016, est un film “sensationnel” dans le sens propre du terme, qui réveille les sensations et fait voyager l’âme pour peu que l’on accepte de se laisser porter.

      Il est des films qui sont indissociables de leur auteur et de l’aura qu’ils dégagent. La figure chamanique de Jodorowski imprègne l’ensemble de son oeuvre, la démesure de Michael Cimino se retrouve dans l’ambition de ses films. De même pour Olivier Laxe, grand et charismatique réalisateur de Mimosas, qui a sillonné le monde et surtout les pays arabes à la recherche de spiritualité et surtout de la mystique musulmane. Un cheminement personnel qui trouve sa quintessence dans les montagnes marocaines, vastes reliefs propices aux questionnements les plus intimes et universels à la fois. Mimosas est le fruit (ou la plante) de ses recherches.

      le bon, la brute et le prophète
      le bon, la brute et le prophète

      Caravane Palace

      Une caravane accompagne un cheikh mourant dans le Haut Atlas pour gagner son village natal où il veut être enterré. Las, il meurt en chemin et les risques de la montagne contraignent le groupe à faire demi tour. Seuls deux guides, deux étrangers, font le vœu d’amener le corps à bonne destination. Ils sont rejoints par un troisième personnage, Shakib, qui a été mystérieusement désigné pour aider les caravaniers et qui illumine le récit par sa seule présence. Une personnalité au carrefour entre Don Quichotte et la figure de prophète, qui mêle folie et sagesse, exaltation et recul sur chaque chose. Ses premiers instants à l’écran suffisent pour faire basculer le film dans une autre dimension et avoir la conviction d’être face à un grand rôle de cinéma. Mais un rôle insaisissable pour ses compagnons de route, le complice devient leur conscience, leur miroir qui reflète leur lâcheté ou leur passé que l’on devine troublé. Ils sont mis à l’épreuve par cet être mystique, ni totalement divin, ni totalement humain.

      Allah Akbar

      Il serait inutile de dévoiler davantage l’histoire, la richesse de Mimosas ne réside pas dans son scénario, épuré et minimaliste, mais dans son esthétique envoûtante et ses plans de paysage majestueux. Car Mimosas est une parabole qui reste volontairement opaque dont seules les images limpides apportent un peu de réconfort et de stabilité. Une fable mystique qui côtoie davantage la spiritualité, imagée par la topographie, que le religieux et s’éloigne de tout dogme. “Allah Akbar” crié dans un moment de rédemption par les cavaliers retrouve ainsi sa valeur humble originelle. De même lorsque Shakib dévoile prier “tout le temps, quand je dors, quand je marche, quand je mange. En ce moment, je prie”, rappelant que la spiritualité appartient au domaine de l’intime et doit le rester. Et alors que la conclusion s’annonce guerrière et laisse présager un revenge movie, Mimosas continue de garder espoir en l’humanité et à s’attacher à révéler toute la beauté du monde. Surtout là où elle est le mieux cachée. 

      De Olivier Laxe, avec Ahmed Hammoud, Mohammed Shakib Ben Omar…(1h33)

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