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      Critique Life d’Anton Corbijn

      Présenté à la 41ème édition du Festival du film Américain de Deauville, le nouveau long-métrage d’Anton Corbijn (Control, The American, Un Homme Très Recherché) qui décrit la troublante relation entre la star naissante James Dean et le photographe Dennis Stock l’ayant immortalisé aux travers des pages de LIFE Magazine, parvient à séduire autant par son souci du détail, que par son approche résolument orienté anti-glamour.

      La naissance d’un mythe.

      Le 30 Septembre 1955, disparaissait, à seulement 24 ans, James Dean. L’acteur américain, aujourd’hui inscrit au panthéon des acteurs américains, n’a pourtant pas toujours été cette frimousse souriante un brin rebelle, né devant la caméra d’Elia Kazan. Au départ jeune acteur en proie aux doutes et à l’incertitude, et déjà soucieux de fuir cette célébrité lui pendant inéluctablement au nez, il faudra la reconnaissance de ses pairs suite à la projection d’A l’Est d’Eden et une série de photos, devenues aujourd’hui célèbre, pour amorcer la mue de l’acteur, du statut de chrysalide à celui de papillon. Une série de photos, prises par le photographe Dennis Stock, qui nouera une étrange relation, autant d’ordre professionnelle qu’amicale, à l’égard de l’acteur, et placé ici à la base de l’intrigue.

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      Une fiction documentarisée doublée d’une réflexion sur la célébrité !

      Faisant le sel de cette fiction documentarisée, qui évite de justesse le qualificatif de biopic par une retranscription évitant la simple reconstitution, cette rencontre est aussi propice, à dépeindre ce que Corbijn souhaite montrer tout au long du film, à savoir la confrontation entre deux inadaptés sociaux. L’un souhaite ainsi éviter une célébrité qui semble inéluctable, quand l’autre souhaite voir son travail et sa personne connu de tous, pour arriver à ses fins. 2 parcours diamétralement opposés qui donnent au film un parfum doux-amer, lorsque vu à travers le prisme de la célébrité. Abordée sans clichés, la notion permet surtout au film de se dresser davantage en un portrait d’hommes, à la place d’un vulgaire biopic, qui aurait assurément privilégié l’aspect glamour. Un aspect paradoxalement absent du long-métrage, supplanté par la sobriété de la mise en scène qui préfèrera de manière judicieuse, étayer le processus latent de starification de James Dean, sans l’engoncer dans une atmosphère policée et lisse, comme la plupart des biopics le font aujourd’hui.

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      Pour autant, le film ne serait rien sans son atmosphère, qui joue paradoxalement le contraire de son titre, très porté sur l’espoir. Atmosphère grisâtre, images ternes, le long-métrage semble construit comme une immense virée mélancolique, nimbée d’une aura spectrale, ou Dean vit ses derniers jours d’homme libre, tandis que Stock voit le succès dont il rêve, peu à peu se dessiner sous ses yeux. Une virée portée par deux comédiens suprêmement dirigé par Corbijn, qui sait user à tout instant de leur fragilité, et leur impossibilité à communiquer et à se faire comprendre, pour composer deux personnages passant la quasi-totalité du film à tenter de mettre une réponse sur la question qui infuse tout le long-métrage : Qui est le sujet ? Qui est l’artiste ? Une interrogation placée en filigrane de cette œuvre en tout point exigeante, mais si criante de vérité, que la vue du plan final, ou Dean affirme une fois de plus son côté rebelle, suffira pour penser que Corbijn, ancien photographe, était bien le seul à pouvoir capter un tel sujet, sans tomber pour autant dans le cliché.

       

       

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