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      [Critique] Les nouveaux sauvages

      Réalisé par Damiàn Szifron, « Les nouveaux sauvages » est la comédie latino américaine complètement barge, décomplexée et violente qui fait parler d’elle en ce moment. Le film est un enchainement de six histoires plus ou moins longues qui montre les pertes de patience de l’être humain, toutes plus dangereuses, folles et différentes en fonction des individus.

      Ainsi « Les nouveaux sauvages » fait une sorte d’apologie de la perte de patience de l’être humain. Le long métrage tourne autour du concept des énervements incontrôlés dont peut être pris l’homme.

      Le film a un schéma très particulier et très intéressant oscillant entre plusieurs genres. Le long métrage est en réalité découpé en deux parties. Le film commence sur une scène d’introduction très courte et terriblement drôle jouant sur des coïncidences et donnant ce qui paraît être le ton du film. Une scène légère et décomplexée sans véritable message ou fond qui affirme à son spectateur qu’il est ici pour rire.

      Ainsi le spectateur heureux de cette première scène est certain de rire de bout en bout et s’attend à voir simplement une folle apologie de la perte de patience matérialisée par une violence accrue et une mise en scène originale. Pourtant plus le film avance, plus les histoires sont longues et plus une atmosphère sombre et un réalisme pesant s’immiscent au milieu de ce qu’aurait du être des situations cocasses.

      Le réalisateur manipule l’esprit de son spectateur avec un talent remarquable. Celui ci est formaté par la scène d’ouverture et les deux histoires qui s’en suivent. Le film lui affirme qu’il doit rire. Il est vrai que les trois premières histoires sont extrêmement drôles, la salle assiste complètement décontenancée au combat entre deux hommes ultra violent mais pourtant terriblement drôle de part l’absurdité et l’ironie de la situation qui s’en dégage.

      Mais pourtant le long métrage devient plus sérieux. Les personnages d’abord anonymes, portent maintenant des noms pour toucher plus le spectateur, pour le menacer, en lui disant que cette fois ci il s’agit de la véritable vie, que cette fois ci le réalisme est bien présent et qu’une situation de ce genre pourrait lui arriver. Alors le spectateur assiste à la perte totale d’un homme, père de famille poussé au bout  du rouleau. Une critique de la société apparaît alors, l’extraction permanente de gain et de finance qu’elle s’emploie à faire, car le thème de l’argent et du luxe est lui aussi très présent. D’abord une jeune serveuse confrontée à un riche mafieux politicien, ensuite un ingénieur qui perd toute sa fortune par le conditionnement d’une société mal fondée, un homme conduisant une audi et habillé de vêtements de luxe, un riche avocat qui défend un riche client et enfin un mariage très cher pour un couple aisé. Ainsi le réalisateur confronte son spectateur à la critique péjorative de la perversion violente de l’argent et de la société, du conditionnement de l’homme et l’évolution négative des mœurs. Mais pourtant la promesse d’une comédie avait été faite au spectateur en début de film. Par conséquent celui-ci va continuer de rire devant le pathétisme des individus corrompus par l’argent et la société dans laquelle ils évoluent. Un peu déconcerté devant de plus en plus de réalisme et une violence physique délaissée pour une violence plus psychologique, le spectateur va rire de plus en plus jaune devant les quelques gags très drôles qui continuent à apparaître ça et là dans les histoires toutes très tordues.

      « Les nouveaux sauvages » est d’abord une comédie déjantée très drôle, puis une critique acide de la société et de l’argent pour ensuite s’attaquer aux principes même de l’homme. Le spectateur reste perplexe devant le changement d’état du long métrage et doit surtout combattre un conditionnement efficace qui lui avait été infligé au départ.

      Le film co produit par Pédro Almodovar, dégage aussi une certaines classe assez brutale et imposante. Les acteurs sont tous très convaincants, les accès de violence sont très imaginatifs et impressionnants, les dialogues sont bien écrits, le scénario est d’une intelligence inattendue et la photographie est séduisante.

      Un long métrage détonnant donc, mais aussi parfois dérangeant et surtout très corrosif et décadent.

       

       

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