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      Critique « Le Caire Confidentiel » de Tarik Saleh : un thriller époustouflant

      Au début des années 2011, dans un Caire partagé entre l’opacité d’un nuage de poussière et celle des cigarettes ; partagé entre la pâleur des visages informes aux yeux vitreux, des mornes demeures et le plus somptueux vert des billets de banque, ainsi que des gazons, méticuleusement tondus, quotidiennement arrosés, des terrains de golfs ; la découverte du cadavre d’une chanteuse de club, dans une chambre de l’hôtel Nile Hilton, vient chambouler la vie de l’inspecteur de police corrompu chargé de l’enquête.

      Avec Le Caire Confidentiel, le réalisateur suédois Tarik Saleh signe un nouveau thriller, genre qu’il privilégie depuis son dernier documentaire en 2005, et dans lequel il s’est perfectionné. Pour preuve, ce troisième long-métrage a été récompensé des prix du Grand Jury lors du Sundance Film Festival en janvier 2017, ainsi qu’à l’occasion du Festival International du film policier de Beaune en mars/avril 2017. Le Caire Confidentiel (The Nile Hilton Incident, en anglais) a lieu dans la capitale Égyptienne, en langue arabe, dont l’artiste suédois est originaire. Un dernier film qui, tout en aillant des fondations somme toute usuelles, a, par de nombreux aspects, hérissé au-dessus d’elles une trame séduisante.

      Le Caire Confidentiel

       

      La psychologie du protagoniste comme rempart à la banalité 

      C’est l’histoire d’un homme policier bourru, corrompu qui tombe amoureux d’une femme qu’il doit sauver – a priori un scénario vu, vu et revu – pourtant, Tarik Saleh arrive à ne pas tomber dans tous les travers que connaissent les thrillers du samedi après-midi.

      Le Caire Confidentiel

      La psychologie du personnage principale, Nourredine, est ainsi soigneusement étalée, pour dévoiler chaque parcelle d’une psyché complexe : tantôt horrible quand il s’agit de récupérer l’argent que les petits vendeurs lui doivent, tantôt faussement colérique face au jeune homme à qui il demande de monter la garde devant chez lui, tel un grand frère qui ne veut finalement que du bien, tantôt désemparé quand il s’agit d’internet et de Facebook, tantôt un homme au bon fond…

      C’est parce qu’il est mis à nu de cette manière que, lorsqu’il prend le parti de suivre les traces du crime, vers des chemins où il ne le faudrait pas se risquer, nous ne sommes à aucun moment surpris. 

      Rien ne bloque dans ce scénario huilé avec des plans qui laissent percevoir à eux seuls les questions qui assaille le protagoniste. Il est également à noter que le choix d’un casting peu, voire pas du tout connu, a l’avantage de ne pas venir troubler le spectateur qui se fond dans le film comme dans un livre. Un livre qui ne conte pas l’histoire d’un homme mais celle d’un pays.

       

      Un thriller historique

      Dans un Caire poussiéreux, le film s’ouvre sur un policier corrompu qui joue de son pouvoir sur son quartier. Dans sa voiture, il semble invincible… Toutefois, des détails laissent entrevoir une réalité plus grande : les choses sont en train de changer…

      Le film se déroule au Caire, en janvier 2011, peu de temps avant la Révolution Égyptienne du 25 janvier, qui devra renverser le régime du dictateur Moubarak.

      révolution tunisienne

      Le réalisateur déroule un fil rouge, auquel il insère des détails qui conduiront à la scène finale, en plein milieu d’une révolution en marche. Cette révolution qui voulait en finir avec un État policier, corrompu, au chômage élevé, avec un manque accru de logement pour une répartition plus juste des richesses est soigneusement mise en scène par Tarek Saleh qui, à l’instar de la psychologie du protagoniste, le fait de manière tout à fait subtile.

      Tout d’abord, il montre la difficulté grandissante pour les petits vendeurs de payer à temps Nourredine. Il expose également les différences entre les quartiers chics, avec des couleurs, des golfs, des costumes, les quartiers modestes où vie le protagoniste, et le quartier des noirs du Caire qui, ghettoïsés, demeurent dans des bâtisses lugubres.

      Enfin, plus ancré dans la trame policière, on se rend vite compte de l’agencement pyramidal du pouvoir. Comme pour dire qu’il y a toujours quelqu’un de plus puissant, qui pourra payer davantage et vous faire taire sans le moindre mal.

       

      Étant donné qu’il y a déjà eu de bon thriller, qu’est ce qui peut aujourd’hui faire qu’un triller se démarque des autres ? Tout est dans la subtilité : peindre des personnages davantage humains, complexes, qu’uniformes ; peindre des films avec des couleurs, de la texture bien plus que des achromes fades… Et cela, Tarek Saleh l’a bien compris dans Le Caire Confidentiel, au cinéma dès le 5 juillet prochain !

       

      Bande-annonce de Le Caire Confidentiel

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