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      Critique « Ghost in the Shell » de Rupert Sanders : Le Shell sans le Ghost …

      C’était un fantasme de longue date. L’adaptation du chef d’oeuvre philosophique de Masamune Shirow (qui fut adapté avec virtuosité par le poète futuriste Mamoru Oshii) aura fait des émules. Il aura hanté Spielberg, qui finira par confier les rênes du projet à Rupert Sanders (réalisateur du curieux Blanche-Neige et le chasseur). C’est ainsi que ce projet vertigineusement ambitieux aura suscité méfiance et scepticisme. Avec raison. La transposition ne prend pas et il en ressort au final un film prenant la forme d’un divertissement épisodique, amputé de la considérable profondeur de son matériau d’origine

      Amputation poétique et philosophique

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      Rares sont les expériences mentales aussi remuantes que celle qu’a été le premier visionnage du Ghost in the Shell d’Oshii. A la manière d’un Akira, il a laissé une empreinte indélébile. Oeuvre fourmillante, GitS (de son petit nom) se sera décliné en série animée et divers OAV’s, tous d’excellente fracture. Profondément cinématographique dans sa substance, c’est tout naturellement qu’il aura été l’objet d’une volonté d’adaptation filmique. Après Matrix, après tout, cela aurait pu (peut-être) être possible si Spielberg en était resté capitaine du navire. Car face aux exigences tentaculaires d’Hollywood, comment espérer garder une narration aussi parcimonieuse que celle d’Oshii qui croisait Tartovski avec Hitchcock ? Après une séquence d’ouverture constituant un bel hommage esthétique à son prédécesseur, le film sombre très rapidement dans une intrigue clichéique. Exit la crise existentielle du Major et place à la quête des origines comme on en voit à la pelle. Partant du postulat de son humanité, le film mêle cette recherche du passé et théorie du complot à laquelle est liée la société Hanka à l’origine de la « création » du Major. L’abstraction disparaît au profit d’une littéralité totale, manquant de subtilité et prenant la forme d’un simple film d’action futuriste qui en laissera plus d’un sur le carreau mais qui contentera les moins exigeants.

      Une expérience cybernétique ratée

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      « Nous avons essayé de repousser les limites autant que possible. Nous voulions garder la violence et la sexualité autant présentes dans le film, et ça a été donc un film difficile à faire. » (Rupert  Sanders)

      Dans la tendance sur-explicative des blockbuster hollywoodiens, ce Ghost in the Shell prend ainsi le parti pris d’établir plusieurs genèses. On a évidemment celle du Major, à travers la quête de ses origines, mais aussi celle de Batou à travers sa transformation en cyborg. On ne réfutera pas l’intelligence et l’audace de Sanders de ne pas avoir voulu proposer un simple calque de l’oeuvre d’origine. Le respect et la connaissance de cet univers cyber-punk métaphysique sont palpables et les clins d’oeil multiples. Seulement, contrairement à ce qui a été affirmé, aucune limite n’a été repoussée. Qu’elle soit esthétique ou réflexive, on est loin de la poésie numérique qu’on aurait été en droit d’attendre. Ainsi, le film apparaît comme le miroir de ses propres expériences, une sorte de corps à l’esthétisme marqué mais dénué conscience. Reste un casting plutôt convaincant. Scarlett Johannson s’avère d’ailleurs touchante dans cette mise en abyme plastique et axée sur la manipulation du corps (elle dont la silhouette apparaît comme une marque de fabrique dont elle arrive à jouer avec malice comme on l’a vu avec Don Jon). 

      Cette énième adaptation  nous interroge une nouvelle fois sur la nécessité de tels projets. Sans être aussi honteux que certains de ses pairs (on pense au pitoyable Dragon Ball Evolution), ce Ghost in the Shell apparaît toutefois comme un divertissement dispensable qui ne remuera pas la conscience de son spectateur comme il aura été remué par le visionnage du film d’animation de 1995. C’est à se demander si toute l’énergie perdue dans cette machinerie aseptisante n’aurait pas pu être plus profitable à l’élaboration d’un projet de film de science-fiction original …

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