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      (Critique) « Felix et Meira » – La foi à l’épreuve de l’amour.

       

      Une superbe leçon d’humanité sur fond de romance, qui nous pousse à repenser l’amour et la religion, et nous plonge dans l’intimité fascinante des hassedim de Montreal, l’une des plus fermées des communautés de juifs ultra-othodoxes du pays.

      En salle le mercredi 4 Février, Felix et Meira est un beau film franco-québecois opposant Meira, une jeune femme de la communauté juive hassédique de Montreal, à Felix, dont la seule préoccupation semble être de dilapider son héritage familial.

      Etouffée par sa condition, la jeune femme n’hésite pas à braver certains interdits : prendre la pilule en cachette, écouter de la musique, etc. Son chemin croisera celui de Felix, athée et récemment en deuil de son père, dont la solitude semble remplir à elle-seule ses journées. Tous deux attirés par l’inaccessible, leurs chemins se croiseront, remettant ainsi en question la place de la jeune femme dans sa communauté.

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      Si le fil conducteur de l’histoire peu sembler quelque peu stéréotypé – deux êtres que tout oppose mais qui finalement tombent amoureux – le film se penche cependant sur un sujet bien trop méconnu du grand public, puisque les hassidim ne représentent au final que 12% des juifs de Montreal. Sujets à de nombreux aprioris, et bien trop souvent assimilés au judaïsme dans son sens large, cette branche de la religion judaïque est pourtant minoritaire.

      C’est en les côtoyant au quotidien dans le quartier multiethnique de Mile-End que Maxime Giroux a eu l’idée de ce récit. « J’ai immédiatement été intrigué par ses habitants(…). J’ai fait des recherches, je les ai observés, et l’intérêt qu’ils suscitaient chez moi est devenu une véritable fascination. C’est cette fascination qui m’a amené à réaliser Felix et Meira. »

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      Les hassidim de Montreal forment ainsi une des plus grosses communautés de juifs ultra-orthodoxes à l’heure actuelle, après New-York et Jerusalem. Ancrés dans une tradition forte et ancienne, ils sont hostiles à la modernité dans une optique de la conserver, et sont ainsi coupés du monde extérieur, regroupés dans des quartiers qui leur sont propres, et obéissants à leurs propres règles.

      Maxime Giroux nous offre ici un portrait criant de vérité d’une communauté ultra-conservatrice, confrontée à un monde moderne en décalage, et bien souvent incompréhensif face à leurs traditions.

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      Si les hassidim régissent leur vie selon les 613 commandements de la Torah, le film en illustre certains avec beaucoup de pudeur, toujours dans la subtilité d’un simple geste ou d’un mot, éloignant sans équivoque une volonté de voyeurisme de la part du réalisateur.

      Se basant sur des témoignages d’anciens membres de la communauté et enrichit de nombreuses recherches, le film prends ainsi une teinte naturaliste. On se place alors en observateur discret d’un quotidien rythmé par la prière et les traditions religieuses.

       

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      A l’image du film, la relation amoureuse de Felix et Meira évolue dans une décence et une douceur sans ambivalence, et agit comme une force libératrice commune aux deux personnages. Soulevant sans orgueil la question de la liberté dans un communautarisme étouffant, le lien affectif entretenu par les deux protagonistes évolue avec discrétion, trouvant son apogée dans des gestes chastes, comme un simple regard- chose interdite dans la religion de Meira, qui n’a le droit de regarder que son mari dans les yeux.

      Martin Dubreuil, qui en est à sa septième collaboration avec Maxime Giroux, livre ici une de ses performances les plus émouvantes, tandis qu’Hadas Yaron, connue notamment pour un rôle similaire dans Le cœur a ses raisons de Rama Burshtein, vient compléter le duo en apportant ce qu’il faut de fraicheur et de légèreté.

      Une grande part est également laissée au côté humain des personnages. On ressent ainsi une grande compassion pour l’époux de Meira, qui pourrait pourtant facilement être assimilé à la figure du religieux extrême gardant en captivité sa compagne, mais l’amour sincère qu’il lui porte et l’humilité dont il fait preuve nous poussent à l’empathie.

      Sobriété et pudeur sont de mise dans ce poignant portrait de deux êtres libérés par l’amour, confronté au risque de tout perdre. Il raflera ainsi le prix du meilleur long métrage canadien au Festival de Toronto (TIFF), devant Mommy de Xavier Dolan.

       

       

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