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      Critique : Farben au Théâtre de La Tempête, enrichissant et atypique

      Farben, de Mathieu Bertholet, a été mis en scène au Théâtre de La Tempête, par Véronique Bellegrade. Une pièce documentée, sur le destin de deux scientifiques, instructive et originale.

       

      Farben : la biographie passionante de Clara et Fritz Haber

      Farben affiche La TempêteFritz Haber, chimiste allemand, obtint le Prix Nobel de chimie en 1920, non sans contestation. La raison du scandale réside dans ses trouvailles portant sur la synthèse directe de l’ammoniaque qui permit, certes, de créer des engrais agricoles mais aussi des gaz de combat, nommés « gaz moutarde ». Ces derniers firent tomber dix-huit mille soldats de la Triple-Entente en une une nuit en 1915. Le 1er mai de cette même année connaîtra le suicide de Clara Haber, première femme chimiste de Breslau, épouse de Fritz.

      « La science travaille pour l’Humanité en temps de paix, pour la Patrie en temps de guerre » propos de Fritz Haber dans Farben

      Elle voyait la science comme un moyen d’améliorer l’humanité. Il détourna ses convictions par soif de respect, de reconnaissance et d’intérêt personnel. Né juif, Fritz n’était pas considéré par ses paires et se voyait refuser des grands instituts de recherche, au contraire de sa femme, qu’il consigna vite à rester au foyer malgré leurs promesses de jeunes amoureux.

      Farben 3Farben questionne la responsabilité morale du scientifique. Elle relate des faits historiques avec des résonances malheureusement très actuelles concernant les possibles dérives de la science sous couvert de la politique.

      « J’ai écrit une pièce sur cette femme car elle me touchait. Moins par son précoce combat féministe que par son ambition de réaliser son rêve. Clara Haber ne s’est jamais battue en tant que femme contre un monde d’hommes. (…) J’ai écrit l’histoire d’une femme avec des rêves trop grands. »  Mathieu Bertholet, auteur de Farben.

       

      L’histoire est racontée via le point de vue de Clara Haber. Elle s’appelle Farben (couleurs en allemand) « parce que les gaz de combat sont colorés, et parce que Clara rêve en couleur« , écrit Mathieu Bertholet. La pièce est divisée en quatre actes, portant le nom de couleurs de gaz : Jaune citron, Vert acide, Bleu ciel et Rouge sang. « Chaque épisode rend compte de l’effet d’une couleur sur le psychisme de Clara. Nous traversons le kaléidoscope de ses visions, au plus près de sa conscience », écrit Véronique Bellegarde, metteur en scène et scénographe. Ironie de la vie ? Le nom de jeune fille de Clara, Immerwahr, signifie littéralement « toujours vrai ».

       

      Une mise en scène atypique, haute en couleurs

      La scénographie de Véronique Bellegarde questionne dès notre arrivée. La scène est divisée en cinq pôles rompant explicitement une éventuelle unité de lieu. Une grande table, une structure accueillant une expérience chimique, un portique, un micro tombant du plafond et un rectangle de gazon synthétique. Ces pôles s’adapteront parfaitement aux scènes qui se succèdent en continue de manière très rythmée. Ce sont de vrais supports de jeu et amènent le spectateur à se projeter dans l’époque, tout en le faisant voyager dans un monde onirique et poétique. Cette scénographie casse les conventionnels espaces que nous avons l’habitude de voir.

      Farben-photo-de-Philippe-Delacroix

      Par ailleurs, on se laisse surprendre par les réactions chimiques orchestrées sur scène, par l’évolution des personnages bien écrite et bien jouée, par l’histoire que nous découvrons, par la musique. Passant de compositions contemporaines, signées Médéric Collignon, au classicisme des valses viennoises et lied de Wagner, on remarquera particulièrement la présence de la cantatrice Hélène Delavault, interprétant les perles du répertoire de cabaret berlinois ainsi que des inédits des chanteurs allemands du début du 20ème siècle.

      En bref, un texte à la fois littéraire et théâtrale, une scénographie originale, des musiques qui nous intriguent, et des comédiens, bien marqués, qui nous accrochent. Rien n’est laissé au hasard et le goût du détail est appréciable, jusque dans les costumes. Il s’agit d’une création artistique bien menée mais peut être déroutante pour un public français qui n’est pas habitué à voir l’histoire racontée par ses ex-ennemis et non initié à la musique allemande des bals musette outre Rhin…

       

      Comédiens : Olivier Balazuc, François Clavier, Hélène Delavault, Laurent Joly, Odja Lorca, Sylvie Milhaud
      Mise en scène et scénographie : Véronique Bellegarde
      Texte : Mathieu Bertholet
      Lumière : Philippe Sazerat
      Costumes : Laurianne Sciméni
      Musique : Médéric Collignon
      Image : Olivier Garouste
      Création sonore : Tom Ménigault
      Machines scientifiques et théâtrales : Olivier Vallet

      Farben2-photo-de-Philippe-Delacroix

       

      Informations pratiques

      Le spectacle « Farben » c’est au Théâtre de La Tempête à la Cartoucherie
      Route Du Champ de Manoeuvre, 75012 Paris
      01 43 28 36 36

      Ce spectacle n’est malheureusement plus à l’affiche.

       

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