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      [Critique] Exodus : Gods and kings

       Dernier film de Ridley Scott, le réalisateur des immenses et cultes « Alien le huitième passager » et « Gladiator », « Exodus : gods and kings » raconte l’histoire de Moïse de sa période de général égyptien à l’écriture des 10 commandements. Interprété par l’ex Batman, Christian Bale, épaulé par Ben Kingsley, John Turturo l’acteur fétiche des frères Cohen et Aaron Paul le jeune et vif poulain de « Breaking Bad », le long métrage traduit à l’écran, toujours dans l’ombre des œuvres de Cecil B Demille, la gigantesque histoire de Moïse.

      Chaque film de Scott est assez attendu. Le spectateur a hâte de savoir si la nouvelle œuvre du réalisateur de « Blade runner » sera un nouveau chef d’œuvre ou un autre film propagandiste américain, uniquement là pour faire de l’argent.

      Cette fois, Scott s’en prend à la bible et décide de compter l’histoire de Moïse l’un de ses grands protagonistes. Ridley Scott offre un film des plus simples. Le schéma narratif est d’une banalité sans nom : un début, un bouleversement qui entrainera le changement de situation et l’arrivée du deuxième acte du film. Le montage est lui aussi très rudimentaire. Les transitions sont absentes, les scènes de remplissage inexistantes et le réalisateur ne prend jamais son temps. « Exodus » dure déjà près de 2h30 qui paraissent parfois bien longues. Le montage, bien qu’il soit décevant puisqu’il ne permet pas au film de se poser et de prendre pleinement sa dimension physique, politique ou métaphysique, évite quand même au spectateur la totale asphyxie.

      A propos de la photographie même si le long métrage reste réellement agréable à regarder en thermes d’esthétique, la photographie si fluide et pure que Scott offre habituellement reste ici absente. De même la musique beaucoup trop discrète et commune n’apporte rien au film.

      On  reproche souvent aux blockbusters américains d’utiliser beaucoup trop les effets spéciaux  pourtant « Exodus » manque tout simplement d’images de synthèse. Les nouvelles techniques auraient réellement pu donner une puissance infinie à cet acte biblique. Les effets spéciaux auraient pu tout simplement transcender le spectateur sans aucun problème. Pourtant les images de synthèse n’apparaissent vraiment, de manière imposante, puissante, indiscutablement utile qu’une seule fois dans tout le long métrage. Les effets spéciaux deviennent un outil brillant pour matérialiser les sept chaos de Dieu. Ceux ci offrent des scènes incroyablement imposantes et une véritable puissance se dégage de ces passages qui laissent le temps au spectateur de s’émerveiller devant tant de majesté et de regarder ces sublimes phénomènes complètement impuissant et dépassé.

       

      « Exodus » ne dégage pas assez de puissance. La confrontation finale entre Moïse et Ramsès en est l’exemple parfait. Les deux protagonistes se retrouvent l’un face à l’autre brandissant épées, emplis de rage, alors que la mer est prête à se refermer sur eux d’un instant à l’autre. Un passage mythique rendu décevant qui tombe totalement en désuétude. Scott aurait filmé ce passage dans une baignoire que le rendu émotionnel aurait été le même. Aucun héroïsme, aucune vitalité ou même véritable combat ne se dégagent de cette scène tant attendue.

      Mais « Exodus : gods and kings » n’a heureusement pas que des défauts. L’histoire de Moïse reste une histoire pleine de rebondissements, d’action, de faits, d’actes et fourmille d’éléments graphiques et scénaristiques. C’est un sujet complexe, imposant, important, très fournit, qu’il faut prendre avec certaines pincettes. Une histoire qu’on ne peut pas adapter n’importe comment. Les sujets de religion peuvent très vite tomber dans l’incompréhension ou l’ennui. Un film ainsi compliqué à aborder et à mettre en scène. Malgré tout Ridley Scott trouve un équilibre appréciable et incontestable. Les interprètes, Christian Bale en tête portant le film à lui tout seul, sont de qualité et offrent une véritable épaisseur à leurs personnages.

      Même si « Exodus » reste un blockbuster bête, fade, sans véritable innovation, prise de risques ou simplement un minimum subversif, Ridley Scott soulève comme à son habitude certaines questions existentielles intéressantes et toujours prenantes. Ainsi en matérialisant paresseusement Dieu par un enfant Scott met en scène des dialogues passionnants entre Moïse et ce dernier. Pendant ces séquences simplistes le réalisateur soulève de véritables questions, oppose parfois des idées et des points de vue et permet de nuancer des propos et de laisser le spectateur trancher comme il le désire des questions philosophiques et religieuses fondamentales. Le réalisateur évoque aussi la possible noirceur de Dieu en lui attribuant certaines méthodes tout aussi démoniaques que celles des individus qu’il cherche justement à punir.

      Enfin Ridley Scott ne dénature pas l’histoire, l’applique avec fidélité, sans la déformer ou la transformer. Au contraire son film bien que ce soit un simple blockbuster est même quelque peu pédagogique et éducatif pour tous les cartésiens méconnaissant la religion. Il permet de prendre connaissance de ce passage fondateur de la religion et ainsi connaître de manière succincte cette fameuse légende.

      « Exodus : gods and kings » ne convint pas totalement, déçoit même plus qu’il ne satisfait, mais a le mérite de narrer une immense histoire sans trop la dénaturer.  Ridley Scott arrive encore à trouver un certain équilibre agréable et correct et adapte avec honneurs une gigantesque odyssée.

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