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      Critique : Ex Anima, l’ultime hommage de Bartabas à ses meilleurs complices

      C’est dans le chaleureux Théâtre Zingaro (Fort d’Aubervilliers) que Bartabas présente sa dernière création, Ex Anima, jusqu’au 31 décembre. Un hommage esthétique et poétique qui verse parfois dans un certain ésotérisme.

      Une ambiance entre réalisme et chimère

      On ne peut nier que si le cheval est bien cet animal qui a rendu tant de services à l’humanité, dans l’agriculture, l’industrie, la guerre, les transports etc., il est également cet objet de fantasmes et de mythes innombrables. Pour allier ces deux composantes, Bartabas a su créer une scénographie aux ambiances mystérieuses sculptées dans des lumières ciselées. Les quelques éléments de décors nous rappellent en balance des champs de bataille, des mines de charbons ou encore des terres cultivées.

      Le cheval, Bartabas le connait parfaitement. Il le côtoie depuis plus de trente ans sur scène, le théâtre Zingaro ayant été créé en 1984. Entre poésie et clin d’œil naturalistes, Bartabas nous emmène alors dans un espace hors du temps où le cheval règne en maitre. Tantôt sacré, tantôt utile, il est le point de départ et d’arrivée de nombreux rituels sacrés comme quotidiens.

      La liberté du cheval comme clef de voûte d’un spectacle atypique


      Dans ce spectacle en forme de tableaux vivants et équins, ni numéros de voltige ou de dressage. La présence humaine n’est d’ailleurs qu’évoquée, sous forme d’ombres noires qui assistent les chevaux tels les marionnettistes du théâtre Bunraku. Le cheval est le centre du spectacle, dans la lumière. L’homme est quasiment absent. Les chevaux, fort de tout ce qu’ils ont appris par ailleurs auprès des cavaliers, se retrouvent libres de s’ébattre sur la scène, à leur rythme et selon leur tempérament du moment. Qu’ils galopent, se roulent dans le sable, se chamaillent, ou restent tranquilles, ils le font d’eux-mêmes.

       

      Bien sûr, Ex Anima reste un spectacle avec des enchainements répétés, mais à l’intérieur des tableaux, ce sont bien les chevaux qui mènent la danse. On en vient à se demander si toutes les représentations es ressemblent ou si certains soirs, un cheval refuse tout à fait de faire ce qu’on lui propose. SI cela peut avoir un côté gênant qui trouble le spectateur, il n’en reste pas moins que l’expérience est radicale : la volonté du cheval est celle qui détermine le contenu du spectacle. On le voit « penser » en direct et prendre des décisions. Bref, l’humanité du cheval nous apparait sans appel.

      Toutefois, si cela présente certes une originalité et un charme, on peut regretter par moments certaines longueurs ou redondances. Heureusement contrebalancées par des images poignantes, comme ce cheval de trait sombre rejoint par la blancheur de colombes, ou bien Van Gogh, cheval possédant une seule oreille qui joue aux épouvantails.

       

      Le souffle du cheval transformé en musique

      Après avoir exploré plusieurs fêtes qui le mettent à l’honneur Bartabas revient avec Ex Anima à ce qui fait le cheval dans son essence, tel qu’on le voit dans son élément naturel, tel que les cavaliers le fréquentent au jour le jour. Ainsi, les corps des chevaux, lourds ou fins, agiles ou patauds, altiers ou  déformés sont ici vierges de toute parure comme de toute monture. Et leur souffle devient leur attribut premier, sorte de prolongement de leur âme.

      Ce souffle profond est traduit et porté par les instruments qui s’en rapprochent le plus : ceux à vent. Flûtes irlandaises, chinoises, indiennes, japonaises ou appeaux accompagnent le spectacle. Et le tambour achève de rythmer les cavalcades.

      Pour finir, nous pourrions dire que Bartabas propose avec Ex Anima un spectacle qui pourra dérouter certains, mais qui certainement nous aura invités au plus près de cet animal qu’il aime tant.

       

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