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      Critique du film « The Founder » de John Lee Hancock

      Ray Kroc, l’officiel fondateur de l’empire McDonald’s est-il en réalité un héros ou un escroc?

      Après avoir été récompensé d’un Golden Globe en 2015 pour le film Birdman, Michael Keaton a été nommé aux Oscars pour le film « The Founder ». Dans ce film, on lui confie le rôle crucial de Ray Kroc, le quinquagénaire qui a construit l’empire de la restauration rapide qu’est McDonald’s. Les rôles de Dick et Mac McDonald reviennent quant à eux à Nick Offerman et John Carroll Lynch. Le réalisateur John Lee Hancock nous fait découvrir les origines plus ou moins secrètes et controversées de ce géant américain. C’est avec ce point de vue très intéressant que « The Founder » devient la première adaptation cinématographique des origines de McDonald’s.

            

      Ray Kroc : l’incarnation du rêve américain

      Dès le face plan d’ouverture, on comprend vite que Ray Kroc est un homme animé par un certain charisme et une aura commerciale. Néanmoins il reste un américain moyen : simple commercial dans une petite entreprise de milkshakes. Tout chez lui, à commencer par son costume, reflète un homme banal, sauf une seule chose : son état d’esprit. Ray Kroc a l’étoffe d’un champion. Il est ambitieux et persévérant mais vit dans la frustration de ne jamais avoir rencontré la réussite. En somme un homme presque banal en quête incessante du succès de sa vie. Un quinquagénaire en fin de carrière qui provoque le destin pour se hisser à la tête d’une des plus grandes firmes mondiales, that’s the american dream! Oui, Ray Kroc est la personnification même du rêve américain! Il incarne toutes les valeurs les plus chères aux américains comme l’intelligence et le courage. Mais surtout il incarne également la réussite par soi-même (« by his own ») et l’élévation sociale grâce à l’acharnement.

       

      La chance de sa vie

      Quand le hasard met le petit restaurant californien de Dick et Mac McDonald sur sa route, c’est une révélation pour Ray. À la seconde même où il découvre le concept novateur créé par les deux frères, il sait en saisir le potentiel. Cet instinct de businessman que Ray n’a jamais su utiliser tout au long de sa vie, peut désormais s’exprimer. Il en est persuadé : McDonald’s est LA chance de sa vie. Les frères McDonald’s ont réussi là où tous les autres ont échoué. Ils ont créé un système de production quantitativement et qualitativement parfait. Alors qu’importent les risques financiers et personnels, Ray use de tous ses talents pour convaincre les frères de développer le concept. Le quinquagénaire s’investit corps et âme dans la construction de McDonald’s dans toute l’Amérique. Mais la différence de philosophie des frères va vite s’avérer être un énorme frein dans les projets d’expansion de Ray. En effet, les frères sont deux passionnés ingénieux prônant avant tout la qualité et le bien-être des clients et employés. Au contraire, Monsieur Kroc privilégie l’aspect économique des restaurants. C’est donc bridé par un contrat très strict et des créateurs conservateurs que Ray tente de briller sur le marché de la restauration américaine.

      De Monsieur tout le monde au véritable requin

      Mais Ray est un champion, un leader et un homme qui n’accepte pas voir la chance de sa vie étouffée par des valeurs éthiques… Et donc peu à peu Ray prend son indépendance vis à vis de la politique frères. Plus il s’autonomise, plus les affaires sont florissantes, puis il devient un homme puissant, reconnu et surtout riche. Il jouit parfaitement de sa nouvelle influence en société. On a l’impression que ce costume de businessman influent lui a été taillé sur mesure. Cette réussite économique flagrante est néanmoins contrastée tout au long du film par une évolution personnelle négative de Ray. En effet, il devient un homme inhumain, avide de pouvoir, imbus de lui-même, désagréable et délaissant sa femme et ses amis. Sa vie ne tourne plus qu’autour de son business dans lequel il s’investit démesurément. Et quand l’ambition vire à l’obsession, Ray fait des choix qu’on peut qualifier de tout sauf moraux. On voit le paradoxe flagrant entre la philosophie originale de McDonald’s et celle applicable pour le business à grande échelle. En plus de dépeindre cette perte d’esprit familial de l’entreprise, le film va encore plus loin et pose même la question de légitimité de Ray Kroc en tant que « fondateur » officiel de McDonald’s. Comme l’indique d’ailleurs le titre (-teinté d’ironie-) du film, les apparences peuvent être trompeuses…

       

      « The Founder » nous plonge dans les coulisses méconnues de la genèse de la plus grande chaîne de restauration du monde. Il lève le voile sur certaines méthodes discutables utilisées par Ray Kroc pour devenir un richissime homme d’affaires. Il montre également comment l’argent et le pouvoir peuvent brûler l’âme d’un homme ambitieux. Dans ce film comme en Amérique, tout est possible : des hommes talentueux peuvent sombrer dans l’anonymat et un opportuniste peut devenir multimillionnaire.

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