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      Critique de Toujours la tempête mise en scène par Alain Françon à Berthier 17e

       

      Dans une grande lande, surgit une petite silhouette fébrile et vieillissante, qui commence à raconter l’histoire de sa famille. C’est un vieil écrivain, joué par Laurent Stocker, qui convoque ses ancêtres et leur redonne vie, sur cette lande-patrie, qui se trouve en Carinthie, enclave Slovène dans le sud de l’Autriche. Dans cet espace singulier, vide mais hanté par les fantômes du passé, la mère du narrateur, ainsi que ses parents, ses trois frères, et sa sœur nous livrent la tragédie familiale qui commence en 1936, peu avant la guerre.

      Attachée à sa terre et à sa langue, dépositaire de son identité culturelle mise à mal par l’assimilation germanique, la famille se débat, avec ses sublimes chants folkloriques, avec et contre les changements apportés par la première, puis la seconde guerre mondiales. L’amour de la langue, que le père veut farouchement préserver, est un des fils rouges de cette épopée, qui voit ironiquement les trois fils appelés par le troisième Reich à combattre sous son drapeau, tandis que la sœur aînée s’amourache d’un soldat nazi et que la benjamine se rebelle et rejoint la résistance.

      La sobriété de la mise en scène d’Alain Françon fait la part belle à ce poème épique, qui alterne subtilement entre monologues, scènes dialoguées et récit, et nourrit la pièce de rythmes et voix différentes qui s’entrecoupent et se complètent. Un banc, un pommier et des bourrasques de vent se battent en duel sur le plateau traversé de long en large par les personnages, agités par leurs désirs et quêtes personnelles, brisés par la vie et la guerre.

      Même si c’est dans sa terre natale, la Carinthie, que Peter Handke raconte le questionnement identitaire de Moi, le narrateur, ce drame familial, balayé par les tremblements de l’Histoire, se passe «n’importe où. Maintenant, au Moyen âge, ou n’importe quand». En effet, plus que la lutte existentielle de ce microcosme slovène, la pièce dit avant tout la dislocation d’une famille dans un non-lieu, et l’histoire universelle de l’horreur de la guerre à travers le retour proustien aux souvenirs lumineux de l’enfance qui se confondent avec les faits réels. Les huit acteurs tiennent, jusqu’au bout de la tempête, et échangent tour à tour avec tendresse, colère, incompréhension, et bienveillance, et portent la grâce du texte de Handke avec une délicatesse et un humour inoubliables. A voir !

      Réservez vos places sur le site du théâtre Odéon. 

       


       

       

      Mise en scène : Alain Françon- Odéon-Théâtre de l’Europe • Ateliers Berthier • 1, rue André-Suarès • 75017 Paris.

      Avec : Pierre-Félix Gravière, Gilles Privat, Dominique Reymond, Stanislas Stanic, Laurent Stocker de la Comédie-Française, Nada Strancar, Dominique Valadié, Wladimir Yordanoff.

      Du 4 mars au 2 avril 2015 à 19 h 30, dimanche à 15 heures

      Durée : 3 h 20, avec un entracte


       

       

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