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      Critique de La Révolte au théâtre les Déchargeurs

      La Révolte, de Villiers de l’Isle-Adam, qui provoqua le scandale en 1870, a toujours une résonance actuelle au théâtre les Déchargeurs.

      Une pièce scandaleuse ?

      La Révolte nous rend spectateurs intimes de la nuit où Elisabeth, femme et comptable d’un banquier nommé Félix, décide de quitter mari et enfant, car ce foyer ne correspond plus à ces aspirations. Elle a minutieusement tout prévu, tout calculé depuis des années, afin de gagner son indépendance financière et couper les chaînes de ce mariage bourgeois pompeux et servile. Soumise légalement à Félix par serment, et psychologiquement via la pression exercée par cet homme animé par des idéaux profondément capitalistes, elle refuse désormais de vivre dans l’ombre et réclame d’être entendue.

      Ce texte, daté de 1870, fit scandale en son temps. Malgré l’avènement de la IIIème République, qui fournit un espoir aux femmes et déploya des mouvements féministes soutenus par des intellectuels tel que Victor Hugo, la femme est toujours considérée comme incapable juridiquement et vit sous l’autorité de son père puis de son mari. Elle n’a plus le droit de divorcer, ne possède pas de compte en banque ni de droit de vote. La société est alors peu ouverte aux revendications pour son émancipation. Une période également marquée par le succès du vaudeville de pièces légères, drôles et divertissantes. Dans ce contexte, ce drame social, trop moderne, sera interdit après cinq représentations.

      Mais quelle est la portée du texte aujourd’hui ?

       

      Des anachronismes assumés

      Cette Révolte est rédigée par la plume de Villiers de l’Isle-Adam, journaliste, politicien, écrivain, qui donne aux mots une force réaliste, une profondeur d’arguments et un certain lyrisme. Salomé Broussky, la metteuse en scène, a adapté ce texte monologique, afin de dynamiser l’échange entre les personnages et les faire interagir. Quant à la scénographie, elle prend le parti de rendre actuel cet épisode de vie au travers du décor et des costumes. Une distance est ainsi créée entre un texte daté par son vocabulaire, les circonstances évoquées, une direction d’acteur mettant au centre le phrasé et la poésie des mots, et, en face, l’instant présent, intimiste et immédiat. Des anachronismes présents tout au long de la pièce, rapidement balayés par le jeu sincère des comédiens Maud Wyler et Dimitri Storoge. Au lieu d’être écrasés par le texte, ils parviennent à nous transmettre leurs pensées intimes avec grâce et sobriété. Une étrangeté s’en dégage et cette distance plonge finalement le spectateur dans une bulle intemporelle et souligne la vérité de ce qui est décrié, l’universalité de l’œuvre et l’ancre au présent.

      Bien que 147 années nous séparent de la première représentation de La Révolte, le sujet de l’oppression des femmes remplit encore les unes et perdure au travers des convenances sociales véhiculées par nos sociétés.

       

      Informations pratiques

      Retrouvez La Révolte au théâtre Les Déchargeurs
      Du mardi au samedi, jusqu’au 9 Décembre 2017, à 19h30
      3 rue des déchargeurs – 75 00 Paris
      01 42 36 00 50

       

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