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    Critique « Apprentice » de Boo Junfeng

    Présenté au dernier Festival de Cannes, le drame carcéral Apprentice explore une facette du métier aujourd’hui en voie de disparition : celui de bourreau. Cruel, sombre et effrayant, le métier est ici dépeint comme un autre, ne faisant qu’ajouter à la froideur d’un système encore largement utilisé dans l’ilot de Singapour. 

    Sans vraiment se rendre compte de l’impact de son passé, de son histoire, Aiman, au retour de l’armée, accepte un emploi de gardien de prison. Durant l’entretien d’embauche, il formule le souhait de vouloir aider ceux qui veulent s’en sortir. Il est affecté, dans un premier temps, au service technique. Ses journées s’écoulent lentement entre la surveillance des prisonniers, pendant leur temps de travail, ou pendant leur temps de récréation.

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    Attiré par le département de la peine de mort où officie le bourreau, Aiman y sera transféré en tant qu’assistant. Le bourreau, c’est celui qui actionne le levier, qui ouvre la trappe sous les pieds du condamné. Quand la trappe se dérobe, le condamné est pendu et meurt par strangulation et rupture des vertèbres cervicales. Aiman se verra enseigner les techniques du métier par le bourreau.

    Mais Aiman a des velléités. Il aimerait comprendre mais n’ose pas vraiment. Comment accepter d’actionner le levier qui donne la mort ? Comment accepter d’être une main, un outil qui ôte la vie d’un être humain ? Comment ne pas faire appel à sa conscience ? Alors que son propre père est mort, dans cette prison, la tête dans une cagoule, les jambes pendantes et la corde au cou.

    Boo Junfeng n’a pas réalisé un film sur la peine de mort. A Singapour, la peine de mort est presque un acte citoyen pour ceux qui exercent ce métier. Comment rester soi-même et comment obéir en étant un rouage du système ? Une ambiance lourde de couloir de la mort, des acteurs qui donnent toute leur mesure à l’ambivalence de leurs personnages permettent à ce film d’être un véritable questionnement sur les lois qui régissent Singapour.

    Grâce à la censure et une législation appliquée très strictement, Singapour est le pays où le taux de criminalité est le bas, on comprendra alors aisément, que ce questionnement soit subtil et timide. Dans ce pays, les rues sont sûres à toute heure. Un corps de police, dont la plupart des membres agissent en civil, assure le maintien de l’ordre et surveille toute entorse à la loi.

    Alors si vous replacez le film dans son environnement, vous comprendrez qu’il a le mérite d’avoir traversé les interdits des pouvoirs publics locaux, de réussir à sortir dans les salles locales et d’avoir été sélectionné au festival de Cannes 2016, dans la catégorie « Un certain regard ».

     

     

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