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      Critique – L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante

      Cet été déjà nous vous parlions du roman à succès intitulé L’amie prodigieuse. Paru en version poche début janvier 2016, il est le premier volume d’une quadrilogie napolitaine. Il culmine dans les meilleures ventes de livres depuis ce début d’année. 250 000 exemplaires vendus pour le premier livre – des chiffres impressionnants pour une auteure étrangère et anonyme.

       

      Une amie, une histoire

      Saga d’amitié et d’amours, lancée en 2011 en Italie, « L’amica geniale » (en version originale) relate l’histoire de Lila et Elena, deux petites filles vivant dans un quartiers pauvre de Naples. La vie quotidienne y est soigneusement dépeinte, organisée autour de la famille, régie par un patriarcat implacable, où femmes et filles ont bien du mal à exister, et à échapper à la soumission au père, voire aux frères.

      Lila et Elena se rencontrent très jeunes. Si Lila la rebelle, l’écorchée vive, la surdouée, doit rapidement abandonner l’école pour aider son père cordonnier, Elena, en revanche, soutenue par son institutrice, poursuit et s’émancipe grâce aux études. 

      Leur amitié est dévorante, indéfectible, intense et mystérieuse (tout le monde dans le quartier les envie). Elle résiste aux désillusions, aux trahisons et même à la maladie mentale. La couverture en noir et blanc illustre d’ailleurs l’enfance et l’amitié, une petite blonde et une petite brune, souriantes et espiègles. Leurs vêtements représentent à merveille l’époque dans laquelle elles grandissent, on s’y croirait presque !

      L'amie prodigieuse

       

      « Elle avait ce qui me manquait et vice versa, dans un perpétuel jeu d’échanges et de renversements qui, parfois dans la joie, parfois dans la souffrance, nous rendait indispensable l’une à l’autre. »

       

      L’Italie de ces trois dernières décennies

      Les bouleversements socio-économiques qui ont marqués Naples, des années 50 à nos jours sont la toile de fond, finement décrite par Elena Ferrante de L’amie prodigieuse. Dans ce sens, il s’inscrit parfaitement dans la lignée des « romanzo popolare » tels que les décrivaient Umberto Eco. On y retrouve l’histoire politique et intellectuelle de l’Italie d’après-guerre. Elena et Lila grandissent dans un quartier chaud et pauvre de Naples. La violence dans laquelle évoluent les deux petites filles est racontée à travers le regard de leurs yeux d’enfant : les différents clans, fascistes et les communistes, et bien sûr, la Camorra.
      L’écriture est passionnante, les mises en scène sont riches et imagées. Les personnages, lieux et situations dépeints dans l’œuvre illustrent une certaine vision (un peu cliché) de l’Italie : tout y est tapageur, théâtral et pittoresque.

       

      Une écriture résolument féminine 

      Il s’agit donc d’un roman populaire, mais également psychologique, puisqu’on y retrouve la profondeur d’analyse du roman français du 19e siècle. Le « je » chez Elena Ferrante est toujours une femme. Elle s’exprime à l’aide d’une langue aussi charnelle que vivante, et nous plonge dans la vie complexe et passionnée de personnages féminins captivants : filles, mères, adolescentes, femmes abandonnées ou maltraitées, amies et écrivains. Les femmes décrites dans l’œuvre de Ferrante sont opprimées par les hommes, comme par le contexte social dans lequel elles évoluent. Elles sont, de fait, des rebelles incontrôlables qui s’opposent aux modèles traditionnels de la féminité. En lisant Ferrante, et son exploration du psychisme féminin, lectrices mais aussi lecteurs verront exprimé ce qu’eux-mêmes un jour auront éprouvé sans avoir les mots pour le dire.

       

      Un anonymat assumé

      Le premier livre d’Elena Ferrante s’intitule L’amour harcelant. Il parait en 1992 mais n’est publié chez Gallimard qu’en septembre 1995. Phénomène de librairie en Italie et aux Etats-Unis, où sa saga napolitaine a déjà dépassé le million d’exemplaires vendus, Elena Ferrante cultive pourtant l’anonymat depuis 25 ans. Elle avait d’ailleurs prévenu son éditeur avant toute publication :

      «De tous vos écrivains, je serai celle qui vous importunera le moins. Je vous épargnerai jusqu’à ma présence.»

      L’anonymat délibérément choisi par l’auteure lui permet d’écrire avec plus de sincérité, de profondeur, mais aussi de prendre plus de risques. On y sent d’ailleurs une voix, une grande honnêteté, la littérature est au centre de l’oeuvre, en constante construction.

       

       

       

      Nous ne pouvons que vous conseiller vivement ce majestueux roman d’amitié, et pour ceux qui ont déjà lu et apprécié la magie de l’écriture de Ferrante, Le nouveau nom (tome 2) est d’ores et déjà disponible ; Celle qui fut, celle qui reste paraîtra en janvier 2017 et le dernier volet L’Enfant perdue est prévu pour l’automne suivant.

       

       

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