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      Coup de gueule d’Eurozoom sur la distribution des films indépendants

      Il y a quelques jours, le distributeur Eurozoom publiait un papier virulent sur Facebook. Son objectif : remettre en cause l’inégalité sévissant sur le milieu de la distribution des films et mettre le doigt sur le problème des aides et financements alloués aux films dits en marge. 

       logoeurozoom

      Derrière les films que les spectateurs vont voir chaque jour au multiplexe du coin, il y a plusieurs milliers de personnes qui travaillent. On peut les regrouper dans les trois grandes étapes de la fabrication d’un film. En début de chaîne, il y a la production, avec les producteurs, les réalisateurs, les acteurs, les techniciens, qui font le film. En fin de chaîne, on trouve les exploitants de salles, petites et grandes, qui choisissent les films les répartissent dans leur grille horaire. Au milieu de tout ça, il y a les distributeurs, qui doivent faire la publicité (« la promotion » dans le jargon, mais quand le film est plus proche d’un produit qu’une oeuvre…) et s’occuper de la bonne sortie des films en salles et sur les autres supports (télévision, DVD et Blu-Ray, VOD, etc). Il arrive parfois que cette chaîne bien huilée s’enraille, sur l’un des trois niveaux. Nous nous souvenons du pavé dans la mare jeté par Vincent Maraval, à la tête de Wild Bunch (distributeur de Quand on a 17 ans et de Les Naufragés, par exemple), qui avait fait un grand coup en proposant le film d’Abel Ferrara Welcome to New York (sur l’affaire DSK, avec Depardieu) en marge du Festival de Cannes et directement en VOD, avant de faire de même avec 99 Homes, en ce moment en e-cinéma.

      Vue d’ensemble

       

      affiche-sauvagesMais aujourd’hui, c’est la maison de distribution Eurozoom qui pousse son coup de gueule. Dans un billet publié sur Facebook, le distributeur met le doigt sur la relation fragile qui existe entre les petits distributeurs (qui distribuent des films à plus petits budgets, en théorie) et les exploitants des salles. Présentons d’abord brièvement Eurozoom. Leur catalogue contient des documentaires (Le Fantôme d’Henri Langlois, 2005), mais aussi des animés japonais (Ame et Yuki, 2012, les films Naruto et Boruto récemment) des films d’Amérique du Sud (El Chino en 2012), et en ce moment au cinéma : Sauvages de Tom Geens. La mission du distributeur est donc de faire en sorte que le film dont il a la charge soit visible le plus possible, et d’abord dans les salles. L’exploitant de la salle, lui, doit faire en sorte que le public vienne dans sa salle. Devant la multitude de films qui sont disponibles chaque semaine, il faut choisir. Et ce n’est pas évident. Il faut du flair, et quand on a pas le flair, on se fie à la réputation du film. Mais la réputation, c’est quoi ?

      Rude bataille pour exister

      Les films eux aussi peuvent être classés en différentes catégories. La première distinction se fait entre le cinéma dit « commercial » (avec derrière une grosse boîte comme Pathé, StudioCanal, etc) et le cinéma dit « Art et Essai ». C’est volontairement très schématique, car heureusement, les films commerciaux ne sont pas produits que par des grosses maisons, qui elles, peuvent faire de l’Art et Essai. Les films estampillés Art et Essai le sont après l’accord de l’AFCAE, l’Association Francaise des Cinémas Art et Essai, qui fait ce qu’on appelle des « recommandations ». Par exemple, ont reçu récemment la recommandation Art et Essai : Quand on a 17 ans, L’Avenir, No Land’s Song, The Assassin, Avé César !, Les Bois dont les rêves sont faits… Vous l’aurez compris, il y a un peu de tout, et c’est tant mieux. Il manque toutefois dans cette liste les films qui n’ont pas de « qualité artistique », ou en tout cas, dont la qualité n’est pas reconnue par les membre de l’AFCAE. La distinction Art et Essai est importante, puisqu’elle permet aux salles qui passent un certain nombre de ces films, à obtenir le label « Cinéma d’Art et d’Essai » mais surtout d’avoir des aides financières.

      cannespalais

      Il y a ensuite, à l’intérieur des films Art et Essai, une distinction moins officielle, que dénonce justement Eurozoom : celle des films porteurs et non-porteurs. On considère qu’un film est plus ou moins porteur selon ses acteurs, son réalisateur, sa visibilité internationale, les prix qu’il a obtenus, bref, ce qu’en voit le grand public. En France, l’étiquette « Cannes » est au cinéma ce que la mention « Poulet Fermier » est aux volailles. Alors, autant vous dire que quand un exploitant de salles d’Art et d’Essai, avec ses deux écrans, doit choisir entre un « Cannes » et un non-porteur, c’est bien sûr le porteur qui l’emporte, et ce encore plus si l’exploitant n’a pas vu les deux films en question. En l’occurrence, Eurozoom se plaint de la politique non-avantageuse faite à ces films dits non-porteurs, et du business qui se crée autour des films porteurs. Même dans les films Art et Essai, on trouve le dernier film de Woody Allen, de Xavier Dolan… ont-ils besoin d’aide ? Ils ne nous appartient pas de répondre à cette question, tellement elle est complexe.

      Il faut aider, c’est là le principe de notre belle exception culturelle, mais on ne peut aider tous le monde. Le problème ne s’applique pas qu’au cinéma, mais ici, le message envoyé par Eurozoom est une bouteille à la mer qui, espérons le, fera réagir, au sujet du mauvais traitement que subissent les distributeurs (très) indépendants. Comme ils ne distribuent kailiebluespas des films porteurs, la logique de la chose est qu’ils vont finir par ne plus avoir d’argent et ne plus pouvoir distribuer ces films, qui, au lieu d’être dénigré par les exploitants, ne seront tous simplement plus proposés en France. Même les « gros indépendants » comme Wild Bunch se mettent à sortir leurs films directement en e-cinéma. Mais Eurozoom, n’ayant pas autant de films « porteurs » ne peut se le permettre, et doit lutter pour faire vivre ses films dans les salles. C’est pourtant dans ces films qu’émergent parfois les nouveaux talents, comme le film Sauvages, ou bien Kaili Blues du jeune Gan Bi. Ces deux films ont reçu des compliments de la part d’une partie de la critique, et c’est cela qui aide à ce qu’on parle d’eux, que les salles les demandent etc. Autrement dit, si la critique et la publicité/promotion ne joue que peu dans le succès d’un « gros » film ou non (notre article dénonciateur sur Star Wars était sans dommages), il appartient à la critique de défendre et de promouvoir aussi les petits films qui disposent d’une petite visibilité.

      Le renouvellement du cinéma se fera ainsi sur tous les fronts en même temps, ou ne se fera pas.

       

      Alexandre Léaud

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