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      Cinemed 2016 : Sélection documentaires

      Le Festival du Cinéma Méditerranéen se consacre autant à la fiction qu’aux documentaires, deux façons différentes d’aborder la situation en méditerranée. Ce sont ainsi 8 documentaires en compétition, ainsi que 5 documentaires produits dans la région que nous propose de découvrir le festival.

      Nous allons d’abord parler des documentaires que nous avons vus : 

      • When the earth seems to be light de Salome Machaidze, Tamuna Karumidze et David Mekhi (Compétition): Ce documentaire dresse le portrait de jeunes skateurs géorgiens évoluant dans les rues de Tbilissi en opposition sourde avec le traditionalisme de leurs pays en plein post-soviétisme. Ces jeunes se sentent en marge de cette société mais ne cherchent pas à s’y intégrer. Malgré ce sentiment d’exclusion, ils ont envie de rester dans leurs pays. Ils n’ont aucun sentiment d’oppression, ils ne veulent juste pas rentrer dans le système. On a tout de même le sentiment que ces jeunes sont un peu perdus, ils ne savent pas vraiment ce qu’ils veulent dans le futur. Ils semblent aussi confus sur les valeurs universelles. En effet, la réalisatrice les interroge sur des thèmes universels tels que la liberté, l’amour, la mort et ils s’avèrent qu’ils ont du mal à les concevoir. Leur première réponse est souvent « Je ne sais pas. » avant d’essayer de mettre des mots dessus avec quelques difficultés. Ce documentaire rend ainsi compte d’un certain malaise, d’une certaine tension régnant dans le pays. La musique accompagne parfaitement ces moments de tension mais aussi les moments d’évasion de ces jeunes. La musique sert clairement le propos de ce film qui rend compte avec brio de la situation de ces jeunes en marge dans une société qui cherche encore à se construire.
      • Des spectres hantent l’Europe de Maria Kourkouta et Niki Giannari (Compétition) : Ce documentaire nous montre la vie quotidienne des migrants dans le camp d’Idomeni à la frontière gréco-macédonienne. Pour ce film, les réalisatrices ont fait le choix de poser leur caméra comme observateur objectif de ces journées qui se ressemblent toutes. Aucune interview, aucune voix-off jusqu’à la fin du film. On a ainsi de longs plans séquences sur des pieds marchant dans la boue. Ils peuvent être lents et difficiles à regarder… Les réalisatrices en ont conscience mais elles ne voyaient aucune autre manière de témoigner de ce que vivent ces personnes. Pour les spectateurs, il ne s’agit que d’un film d’1h39,. Pour ces migrants, ce sont des mois. Filmer la situation de cette manière-là en les montrant patauger dans la boue ou être assis sur des rails de trains pour protester contre la fermeture de la frontière, était la façon la plus honnête de témoigner de la vie de ces gens-là pour Maria Kourkouta et Niki Giannari. Or cela n’est vraiment pas facile à regarder, la salle s’est vidée de moitié pendant la projection, ce que l’on peut comprendre car c’est long et pesant.  Mais cette manière de faire répond du coup parfaitement à l’intention des réalisatrices.
         
      • Zaineb n’aime pas la neige de Kaouther Ben Hania (Compétition) : Ce documentaire dresse le portrait de Zaineb de l’âge de 9 ans jusqu’à l’âge de 15 ans alors qu’elle va devoir quitter sa Tunisie natale pour suivre sa mère et son beau-père au Canada, une transition qui se fera difficilement. Le film est découpé en 4 étapes : la rencontre avec le nouveau compagnon de sa mère et sa fille que Zaineb rejette alors. Puis, un an et demi plus tard, le mariage et le déménagement, phase d’acceptation. Ensuite, un autre saut d’un an et demi qui nous montre l’intégration de cette famille reconstituée dans le nouveau foyer. Et enfin, 3 ans plus tard, on découvre la séparation du couple et la relation qu’entretient désormais Zaineb avec sa demi-soeur. On suit ainsi étape par étape la construction d’une famille reconstituée avant d’assister à son échec. Il est intéressant de voir évoluer Zaineb dans deux univers différents, de l’observer grandir dans deux pays aux mœurs très différentes. La réalisation du film met bien en avant les disparités de ces deux sociétés et le travail d’adaptation que cela demande à Zaineb mais aussi à sa mère. On aborde ainsi la question du voile et plus généralement de la façon de se vêtir, de la religion, des coutumes (telle que Noël) : d’un point de vue anthropologique, le film est vraiment captivant. Le film s’achève sur la projection du documentaire à la famille, un moment très émouvant pour la mère qui n’arrive pas à retenir ses larmes en voyant sa vie défiler et un moment bouleversant pour Zaineb et sa demi-soeur qui semblent parfois embarrassés devant certains souvenirs. Une chronique familiale réussie qui témoigne brillamment de l’évolution d’un foyer hétéroclite.
      • Baglar de Melis Birder et Berke Bas (Compétition) : Une équipe de basket-ball amateur de Diyarbakir, ville du sud-est de la Turquie rongée par la misère, s’entraîne. Mais leurs victoires dépassent l’esprit sportif pour lutter contre l’injustice, la pauvreté et les troubles politiques dus à plusieurs dizaines d’années de conflit, entre l’État turc et les dissidents kurdes qui luttent pour leur autonomie et la reconnaissance de leurs droits culturels. Si le documentaire se concentre principalement sur l’histoire du coach de cette équipe qui s’efforce de montrer la bonne voie à ces jeunes, mais aussi aux enfants de la ville qui poussent à faire du sport plutôt qu’à traîner dans les rues avec les risques que cela encourt, on est vite rattrapé par la réalité. Pendant qu’ils se passent la balle, des jeunes trépassent sous les tirs et autres bombes, cela affecte évidemment l’équipe qui dans un premier temps n’a plus le moral pour jouer mais finalement devient plus combative. Si les efforts de ce coach peuvent sembler dérisoires voire inappropriés vu la situation, cela n’est pas le cas. C’est sa façon de lutter contre les discriminations que ce peuple subit. Toute forme de lutte est nécessaire et former des jeunes pour leur permettre une meilleure vie est peut-être la plus belle façon de combattre l’injustice que subisse les kurdes. Un beau documentaire qui donne de l’espoir.
      • Benvenuti d’Annalisa Lendaro et Laura Auriole (Filmé en région) : Ce documentaire donne la parole aux habitants de Lampedusa, destination de millions de migrants. Pour réaliser ce film, les réalisatrices ont fait un gros travail de recherche en amont sur la situation de l’île et ont décidé de donner la parole à ses habitants. Le tournage aura duré 3 ans, deux saisons touristiques et une non-touristique, afin d’une part de gagner la confiance des habitants et d’autre part de rendre compte de la situation sur l’île qui vit essentiellement du tourisme. Ce qui ressort de ce documentaire, c’est que les habitants ont du mal à se situer. Ils veulent aider humainement, ils sont d’ailleurs d’une grande aide pour ces migrants, mais ils souhaitent également garder leur mode de vie ce qui est parfois compliqué vu l’afflux de migrants. Il y a avait d’ailleurs en 2011, le double de migrants par rapport au nombre d’habitants. Ce fut une année très compliquée pour l’île, une prise de conscience de l’abandon de l’administration et des institutions politiques. Un sentiment qui existe encore aujourd’hui. Cet abandon administratif ainsi que la sur-médiatisation a un effet négatif, cela casse l’envie d’aider les migrants car la population est livrée à elle-même face à cette situation et certains discours radicaux naissent forcément bien que la majorité des citoyens reste bienveillante. C’est ce que les réalisatrices ont essayé de montrer de la façon la plus objective possible, mais il ne faut tout de fois pas oublier que devant la caméra, les gens ne sont parfois pas tout à fait honnêtes. Le documentaire rend tout de même bien compte de la place de cette île dans le flux migratoire européen. 

       

      Les autres documentaires :

      • Samir dans la poussière de Mohamed Ouzine (compétition) : Samir dans la poussière met en scène les aspirations et les angoisses d’un jeune contrebandier algérien qui transporte à dos de mules du carburant, de son village jusqu’à la frontière marocaine. En creux se dessine le rapport ambigu du réalisateur avec ce bout de territoire.
      • Les Cormorans de Fabio Bobbio (Compétition) : L’été de leurs douze ans, Matteo et Samuele passent leur temps entre la rivière, la forêt et le centre commercial mais les choses semblent différentes par rapport aux années précédentes. Leurs jeux deviennent ennuyeux, l’imagination laisse place à la découverte, l’aventure se transforme en expérience de vie. Un été sans début ni fin, l’histoire d’une amitié, où l’âge comme le territoire se transforment, soumis à l’inexorable passage du temps.
      • Chacun sa bonne de Maher Abi Samrz (Compétition) : Le travail des domestiques représente un réel marché au Liban, segmenté selon les origines nationales et ethniques de la travailleuse, qui transforme l’employeur libanais en maître et la travailleuse en sa propriété. Zein, propriétaire de l’agence Al Raed ouvre les portes de ses bureaux au réalisateur Maher Abi Samra qui dissèque les composantes de ce système autorisé par l’État. Zein fait venir des femmes d’Afrique et d’Asie pour travailler dans les familles libanaises et aide ses clients à choisir celle qui répondra au mieux à leurs besoins. Étude sur la complaisance vis à vis de la monstruosité, chacun cherche sa bonne analyse, l’un des miroirs qui compose le kaléidoscope de la société libanaise, révélant un portrait encore plus complexe de la réalité.
      • La vallée du sel de Christophe Magdy Saber (Compétition) : Au plus fort du chaos politique qui secoue l’Égypte, un jeune cinéaste retourne chez lui, au Caire, pour la première fois depuis le début de la révolution. À la veille de son départ, ses parents l’informent qu’ils reçoivent depuis quelques temps des menaces de mort en raison de leur travail au sein des communautés chrétiennes. Durant deux semaines, il les regarde faire face à une situation qui vient brutalement mettre leur foi à l’épreuve et fragiliser leur place dans leur propre pays.
      • Le verrou de Leila Chaïbi et Hélène Poté (Filmer en région) : Tunis aujourd’hui. Trois femmes, trois témoignages. Houda, Mabrouka et Faouzia ont en commun le tasfih, un rituel magique qui vise à protéger les jeunes filles de toute pénétration, désirée ou subie, avant le mariage. Le sortilège «ferme» les fillettes, et « ouvre » à nouveau les jeunes femmes à la veille de leur nuit de noces. Le Verrou parle du corps féminin, de ses représentations dans l’espace public et privé, de la place des femmes dans l’intimité, la famille, la société tunisienne, et propose une réflexion sur un héritage tiraillé entre traditions et profond besoin d’émancipation.
      • Là où poussent les coquelicots de Vincent Marie  (Filmé en région) : D’où viennent les images de la Première Guerre mondiale qui hantent notre imaginaire ? Voir la Première Guerre mondiale, ne plus se contenter de la raconter, mais la montrer et l’incarner : voilà ce que propose aujourd’hui la bande dessinée. En interrogeant l’archive et l’histoire, les auteurs de bande dessinée présents dans ce film dialoguent avec la profondeur du temps. Ils ressuscitent la Première Guerre mondiale dans notre imaginaire : leurs dessins sont plus que des traits. Ces artistes majeurs ont fait de la Première Guerre mondiale le sujet principal de leur récit graphique.
      • La cigale, le corbeau et les poulets d’Olivier Azam  (Filmé en région) : Ils se rassemblent à La Cigale, un bureau de tabac de Saint-Pons-de-Thomières. Ils publient une gazette, La Commune. Des balles de 9 mm et des lettres d’insultes sont envoyées au président de la République. Ils sont accusés d’être le corbeau de l’Hérault. Poursuivis par tous les poulets anti-terroristes de France, ils seront innocentés… Mais pourquoi eux ? Un film citoyen sur cette affaire.
      • En fanfare de Marin Rosenstiehl et Olivier Schwob  (Filmé en région) : Au fil d’une année, le quotidien d’une des plus illustres fanfares de Montpellier « Les Kadors » qui co-organise depuis vingt ans le Festival des fanfares de Montpellier. La chronique humoristique et musicale nous plonge au sein d’un groupe de musiciens fanfarons, tous animés par de forts liens d’amitié et le plaisir de jouer de la musique. Parallèlement, ce film raconte aussi sur une année toute l’organisation du plus important festival de fanfares de France. Des premières réunions de l’association organisatrice jusqu’au point d’orgue, d’une grande parade musicale au cœur de Montpellier dans les quartiers Beaux-arts/Boutonnet. (On le découvre samedi)
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