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      Cinéma et Chocolat : un délice pour les yeux

      Mardi 1er novembre, tandis qu’un nouveau mois débutait, se clôturait la vingt- deuxième édition du salon du chocolat, Porte de Versailles. Une parenthèse de cinq jours « gourmande, réconfortante et festive » qui promettait la découverte et la dégustation de chocolat, venus des cinq continents.

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      Une pause très prisée et souvent la bienvenue. En effet, les français sans être les plus grands consommateurs, Suisses et Allemands en tête, font partie du top dix des consommateurs de chocolat dans le monde, et pour cause, la France est également l’une des plus grandes consommatrices d’anti- dépresseurs.

      Or la dépression est le meilleur chemin vers le cacao : la dépression mène à la tristesse, la tristesse mène à se cloîtrer chez soi, le confinement mène à l’engloutissement de toute trace de chocolat dans la limite de nos propres murs. Une dévorante obsession qui peut, toutefois, aller bien au-delà du foyer lorsque l’entente avec le voisinage se fait bonne. Pour preuve, la pub d’un produit chocolaté où l’on pouvait notamment identifier un de nos meilleurs tennisman.

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      Si cette récréation gastronomique semblait trop courte le mercredi 2. Au vu des récents événements outre atlantique et des réactions qui ont suivi, elle s’avère avoir eu lieu trop tôt. Quel coût marketing, si le Salon avait ouvert le mercredi 9 novembre, aux aurores !

      Néanmoins, aux gains pharaoniques, des vendeurs de sucreries cacaotées, aurait fait face une grave crise sanitaire : crise de diabète et crise de foie due à une rupture de stock de Xanax !

      Aurait suivi, alors, une campagne de pub du ministère de la santé pour pousser à une consommation modérée du chocolat. Une campagne préparée en concertation avec le ministère de la culture préconisant « une absorption du cacao par partage des sens », une expression complexe qui signifierait en somme, que pour un même effet antidépressif, sans pour autant nuire à sa santé, le chocolat pourrait être aussi bien pris par voie orale, pour un plaisir gustatif, que par voie oculaire, pour un plaisir visuel…

       

      • Un chocolat qui réconforte

         Comme vue plus haut, la dépression est le chemin vers le cacao. C’est-à-dire que le cacao a des vertus curatives, que l’on pourrait appeler « jovialité culinaire ». Le cacao aurait cela de bénéfique qu’il rendrait, par son absorption, les gens moins tristes, plus sereins, plus heureux. 

      Toutefois, cela signifierait-il, que pour sentir ce potentiel médicinal, il faudrait être préalablement en mauvaise posture ? Ce qui est sûr, c’est que dans les films qui vont suivre, le chocolat à une importance capitale, car il change les esprits, il change les histoires tristes en contes de fée.

         En effet, dans les deux films, Charlie et la chocolaterie (nous prendrons en exemple la version signée Tim Burton, de 2005) et Chocolat de Lasse Hallström (2000), le chocolat est le thème – cadre. Tout tourne autour de lui, comme le laissent présager les titres. Il va même jusqu’à laisser son empreinte dans les affiches, soit en un fond marron pour le premier, soit dans des imprimés marron, ainsi que la présence d’un chocolat pour le second.

      Il est également un facteur « clé » qui guide la narration en étant à la fois l’élément perturbateur et l’élément qui permet la résolution des problèmes.

       

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      Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton (2005) 

      Willy Wonka (Johnny Depp) est chocolatier. Avec ses recettes délurées, il fait le meilleur chocolat du monde. Cette vocation d’enfance l’a éloigné de son père dentiste (Christopher Lee). Un jour, après des années de fermeture, il ouvre à nouveau son usine. Toutefois, seul cinq enfants, ainsi qu’un accompagnateur par enfant, pourront la visiter … à condition qu’ils trouvent un des cinq tickets d’or dissimulés dans ses tablettes de chocolat. C’est en découvrant un de ces tickets que Charlie (Freddie Highmore) réalise un de ses rêves : rencontrer le chocolatier !

       

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      Chocolat de Lasse Hallström (2000)

      Au milieu du XXe Siècle, en France, une femme (Juliette Binoche) et sa fille (Victoire Thivisol) vont bouleverser la vie d’un petit village de campagne, en ouvrant une chocolaterie, en plein Carême. Dans un village où la coutume est imbibée de religiosité, cela passe pour un affront ! Moquées, critiquées, insultées, l’ouverture du commerce s’annonce de mauvais augures. Peu à peu, le chocolat aura raison des craintes de certains, qui se moudront en allégresse et en délice. Toutefois, il reste toujours des réfractaires, dont le porte parole n’est autre que le maire, Comte de Reynaud (Alfred Molina). 

       

      • Le péril chocolat

      Aux antipodes, il arrive que le chocolat soit trop amer pour un corps qui ne s’y attendait pas. Et quand bien même si attend –il, le goût frappe sur la langue, sur le palais … et tout s’effondre une fois que le chocolat, chaud ou froid, c’est selon, a traversé la gorge, effleuré la glotte et chuté dans l’estomac. Un long périple, une longue course, dont l’issue est inévitable, le sourire qui marquait le faciès, candide, du goûteur, laisse place à une moue, à un ultime râle.

       

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      Merci pour le chocolat de Claude Chabrol (2000)

      Le film débute par le remariage d’un couple tenu par Isabelle Huppert et Jacques Dutronc. Il se trouve que le mari pianiste, avait quitté sa femme, directrice d’une grande entreprise de chocolat, pour une autre, avec qui il eut un fils. Cette dernière étant morte d’un accident, il s’est remarié avec la première.

      Une nouvelle routine s’est formée pour les vacances. Le fils bouge peu, car il s’intéresse à peu de choses. Le père joue constamment du piano et au moment de dormir prend des somnifères, délaissant ainsi sa femme. Cette dernière gère son entreprise et prépare tous les soirs le chocolat de son beau-fils. Une routine qui se voit bousculée par l’arrivée d’une fille, qui pourrait être l’enfant du pianiste.

      Dans ce film, le chocolat est toutefois moins présent à l’écran, voire complètement absent de l’affiche, qui représente uniquement les deux protagonistes (Mari et Femme), tout de noir et blanc vêtus. Claude Chabrol, ici, nous fait goûter un film sous forme de chocolat à la liqueur. C’est-à-dire un chocolat qui surprend par deux aspects si antinomiques : le doux et sucré du nappage dans un premier temps, puis l’amer du liquide qui s’y trouve renfermé. Sous des airs policés, on se rend compte dès la première scène, qu’il y a anguille sous roche, que rien ne se passera comme prévu ! Que ce chocolat détail, n’est peut être pas si futile que ça ! 

      Un Drame français tiré du polar américain de Charlotte Armstrong : The Chocolate Cobweb.

       

      • Engagement et Sensualité Cacaoté 

      Le cacao pur, à l’instar de l’engagement politique, nécessite parfois, pour corriger son amertume naturelle, le rajout d’une pointe de sucre, de douceur. Ainsi le discours « politique », à prendre au sens large du terme, nimbé, et ainsi moins direct à l’encontre du spectateur, semble avoir plus d’impact. Tout comme le joueur d’escrime reculerait pour mieux porter l’estocade à son adversaire. 

      Le message est compris par le témoin, sans que le message lui soit scandé, à la manière des slogans politiques. Davantage nuancées ou effleurées, c’est l’auditoire qui s’approprie les questions politiques et morales du film, ce qui donne, dans les deux exemples qui vont suivre, du cinéma à la fois beau et fort.

       

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      Fraise et Chocolat de Tomás Gutiérrez Alea et Juan Carlos Tabío (1993) 

      Tout comme le parfum fraise fait tâche au beau milieu d’un papier consacré au chocolat, les homosexuels étaient considérés comme tel au sein du régime castriste de Cuba. Avec un pareil thème, on s’attendrait à un film « sombre », comme le film magnifique que Julian Schnabel réalisera sept ans plus tard : Avant la nuit (non pas qu’il soit sombre, mais il l’est davantage que celui-ci). Pourtant, les deux cubains réalisent un film doux. Ils mettent en place une atmosphère gaie, avec de vrais instants de comédie, qui sans pour autant faire disparaître la triste réalité, la met entre parenthèses.

      L’ambivalence des parfums, c’est par cela que débute le film. La rencontre d’un homme homosexuel (Jorge Perruguria) et d’un étudiant hétérosexuel (Vladimir Cruz), chez un glacier. Boule de fraise pour le premier, boule de chocolat pour le second, de simples glaces et pourtant elles suffisent pour proscrire l’autre. Ces boules de glace c’est aussi la marque d’un hiatus, entre la vision révolutionnaire du jeune hétéro, imprégné de propagande du parti, et celle plus « littéraire », plus ouverte de l’homme à la glace fraisée. Dans les mains du premier des armes, dans celles du second des livres, de la musique, de la sculpture … un duel entre deux hommes, puis une confrontation entre deux amis, et enfin un combat qui malheureusement les dépassent, tous deux…

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      Ce film très éclairé, par le soleil de la Havane, met en lumière les défauts du régime, qui révolutionnaire au départ, s’est perdu par la suite … un écho poétique qui lors de sa sortie résonna de telle manière qu’il ouvrit le XVe festival international du nouveau cinéma latino-américain et qui, malgré l’embargo fût nominé pour l’oscar du meilleur film étranger en 1995.

       

      Cette liste est, depuis le début, inversée chronologiquement. Par conséquent, elle prendra fin par une œuvre sortie avant toutes les autres, en l’occurrence en 1988. Ce dernier film, qui du chocolat ne porte que le titre, semble totalement étranger aux quatre autres, ce qu’il est à bien des égards, et pourtant, il en est un bon condensé.

       

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      Chocolat de Claire Denis (1988)

      Chocolat est le premier long de Claire Denis, réalisatrice sur le tard, qui auparavant était assistante réalisatrice des talentueux Jim Jarmusch et Wim Wenders, entre autres. Elle puise dans sa propre histoire pour écrire ce film. Elle, qui enfant a vécu, au Cameroun et au Djibouti, dans une Afrique coloniale, s’est sentie étrangère une fois en France. Cependant lors de son retour au pays, elle n’était pas perçue comme une des leurs, mais comme une étrangère.

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      Le film débute de la même manière : une femme, nommée France, revient en Afrique où elle a passé son enfance. Le temps d’un trajet en voiture, elle se remémore le passé. Son père (François Cluzet), alors commandant à Mindif (Nord Cameroun), était très occupé et par conséquent souvent absent, laissant derrière lui sa femme (Gulia Boschi) et sa fille (la petite France) auprès des hommes et femmes noirs de maison. Si la relation entre la femme et le personnel est tendue, étant donné qu’elle a du mal à s’adapter au pays, il reste toutefois un « boy », Protée (Isaac de Bankolé) , qui semble plus proche de sa fille et qui l’aide énormément. Un jour, le couple, reçoit la visite d’autres français qui ont eu un accident d’avion, ils doivent rester le temps des réparations.

      Tout comme Merci pour le chocolat, le rythme est lent et tout comme Fraise et Chocolat, la luminosité y est importante. Car c’est par la caméra que tout est dit, elle se ballade de personnage en personnage, et ne reste pas figée sur le point de vue de la petite fille.

      C’est par le prisme des relations humaines qu’est abordée l’histoire : entre le père et la mère, qui s’éloignent peu à peu l’un de l’autre, entre Protée et la fille, qui toute en étant une forme d’amitié, ne reste, au fond, qu’une relation de dominé – dominant, et enfin entre la mère et Protée, une relation inavouée et inavouable, qui donne à coup sûr son titre au film.

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      Claire Denis pour son premier film, n’aborde jamais le thème de la colonisation, ni frontalement celui du racisme. Tout est latent, parfois évident, mais rien n’est dit. Tout passe par les yeux. Et le peu qui passe par les oreilles, est une somptueuse musique jazz, aux rythmiques parfois africaines, signée Abdullah Ibrahim. Toute la réflexion du propos se passe dans la tête du spectateur. C’est en ça, que ce film est élégant, poétique et brillant.

       

       

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