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      Chill & Cult : découvrez « Her » de Spike Jonze sur Netflix

      Comment penser l’amour autrement qu’avec deux corps et deux esprits qui s’enlacent, s’étreignent dans un mélange de sentiments, de compromis et d’intimité ? En donnant vie à Her, Spike Jonze propose le pari fou d’un amour autre et impossible, entre un humain et une intelligence artificielle, entre un corps et une voix. Une oeuvre poétique sublime et passionnante sur une autre façon d’aimer, à (re)voir sur Netflix.

      Le futur selon Spike Jonze n’est ni utopique, ni dystopique ; il se lit plutôt comme une poésie tragique et pourtant incroyablement belle et pleine d’espoir. Cette poésie pourrait être écrite par Théodore lui-même, le très attachant héros de Her incarné par Joaquin Phoenix, plus que jamais sincère et touchant ; elle pourrait être écrite comme l’une de ses lettres, dans un élan talentueux d’usurpation et de mise en abîme. Le métier de Théodore, c’est d’écrire à la place des autres, de s’immiscer dans leur vie pour en absorber toute la substance poétique, et ainsi les décharger d’un poids incroyablement dense : celui d’exprimer son amour, de prendre le temps de placer des mots sur les sentiments, de comprendre sa propre personne en fonction de l’autre. 

      Dans une sorte de parcours initiatique vers l’amour, et surtout l’amour de soi, Théodore est guidé par Samantha, une intelligence artificielle qui s’exprime uniquement par une voix, celle chaude et caressante de Scarlett Johansson. Va ainsi naître un amour improbable et pourtant si moderne, empli de tendresse et de complexité, entre un corps et une voix ; le spectateur, si habitué à l’image d’un personnage, doit ici faire sans, sans pour autant avoir à s’imaginer les corps qui n’existent pas. Cette voix se suffit à elle-même, et si pour certains cette histoire est malsaine et infondée, on ne peut s’empêcher d’y voir une passion belle et sincère ; Spike Jonze pose habilement les problématiques de la programmation des sentiments, de l’habilité au désir, de l’importance ou non du corps, sans pour autant apporter à toutes ces questions des réponses claires sur ce que sera l’intelligence artificielle de demain. Peut-être car, comme les humaines, ces nouveaux êtres ne pourront pas être définis aussi simplement que par des lignes de codes.

      Jonze parvient à capturer une complicité inédite, qui s’échappe lorsqu’elle tente de se conformer à une réalité qui n’est pas la sienne ; dans une mélancolie tragique symptomatique de cette solitude si moderne, la caméra de Hoyte van Hoytema (qui a depuis signé la photographie de Interstellar et Dunkerque) saisit la beauté éphémère de l’amour sur fond de lumières pastels, et aime filmer les crépuscules et les aurores qui s’élèvent derrière les vitres et les ascenseurs. Mais ce qu’elle aime par dessus tout, c’est capter ces sentiments à la fois fragiles et indélébiles, qui se lisent autant sur le visage souvent filmé en gros plan de Théodore, que dans la voix de Samantha. Et même si le corps n’apparaît pas à l’écran, l’esprit est là à chaque instant, comme une présence quasiment divine et transcendante, et le tout va même jusqu’à donner naissance à l’une des plus belles scènes d’amour du cinéma, sans image et sans artifice, avec juste deux voix qui s’entremêlent et se caressent. 

      Mais surtout, si cette histoire d’amour est si belle, c’est parce qu’elle permet aux personnages de s’épanouir et de découvrir qu’aimer par besoin et par solitude n’est que le revers d’une médaille bien brillante, mais aussi bien insignifiante ; si Théodore se réfugie dans les bras imaginaires de Samantha, c’est bien pour oublier cette solitude qui le ronge depuis son divorce, et dont il est absolument conscient à chaque moment. Il a cette conscience et ces désirs à travers lesquels tellement de personnes pourront se reconnaître, en dépit de toutes les différences qui nous séparent ; tout cet amour et tous les dialogues du film transportent par leur universalité, si bien que l’on est forcément ému par ces personnages qui mettent des mots, aussi simples soient-ils, sur ces sentiments infinis que nous avons tous ressentis.

      Spike Jonze signe avec Her un chef d’oeuvre romantique loin des stéréotypes du genre, et réinvente l’histoire d’amour à sa manière, avec une justesse et une simplicité déconcertantes ; entre les flots de mots et de sentiments, Joaquin Phoenix et Scarlett Johansson portent magnifiquement à l’écran, par l’image pour l’un et la voix pour l’autre, ce film empli de tendresse et de mélancolie. A (re)voir sans plus attendre sur Netflix.

       

      Bande annonce Her de Spike Jonze :

       

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