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      Champs-Elysées 2018 – « 1985 » de Yen Tan : une claque émotionnelle

      La compétition du Champs-Elysées Film festival touche bientôt à sa fin et parmi la sélection américaine, un petit bijou s’est révélé à nous : 1985 ! Cette oeuvre bouleversante raconte le retour d’un jeune homme au sein de sa famille pour les fêtes de Noël, après des années sans les avoir vu. Celui-ci doit alors composer avec sa famille conservatrice et le lourd secret qu’il doit porter… 

      Une photographie époustouflante 

      Une chose marque dès les premières secondes de 1985, c’est à quel point sa photographie est maîtrisée. Outre les plans millimétrés, les jeux d’ombres forcent le respect et nous offrent une oeuvre aussi esthétique qu’impactante. Le choix du noir & blanc pourrait paraître singulier au vu de la période, car les années 80 sont particulièrement marquées en terme de couleurs et d’imagerie. Cependant, désireux de se focaliser avant tout sur les personnages (et non pas sur le contexte autour), le réalisateur Yen Tan et son directeur de la photographie on décidé d’évincer la couleur de leur film, jouant ainsi uniquement avec l’ombre et la lumière. Un choix redoutablement efficace, en plus d’être esthétiquement impeccable. Le tournage en pellicule vient renforcer le grain si particulier de ce film, confirmant la maîtrise de l’oeuvre par son réalisateur (tourner en pellicule à l’ère du numérique, c’est tout de même un sacré pari). 

      1985

      Quasiment théâtrale, la réalisation laisse la part belle aux acteurs et à leur environnement. Les « cuts » sont réduits de manière drastique et nous laissent profiter au maximum des interactions. Peu de « champs / contre-champs » dans ce film où les décors et les acteurs sont disposés comme sur une scène de théâtre. C’est donc avec une maîtrise parfaite que Yen Tan a construit son film, nous offrant une oeuvre Old School de toute beauté. 

      Personnages et acteurs très justes : 

      L’histoire nous présente des personnages très pudiques s’agissant de leurs émotions. Merveilleusement interprétées, ces figures qui auraient facilement pu tomber dans le manichéisme s’avèrent bien plus subtiles qu’elles n’en ont l’air au premier abord. On pense notamment au père de famille, interprété par Michael Chiklis (The Shield, Gotham), que l’on craint au début de n’être qu’une caricature de texan bourrin et antipathique. Celui-ci s’avérera bien plus intéressant qu’on ne pourrait le croire et même particulièrement touchant sur la fin. La mère est également très intéressante et nous nous apercevons assez vite que celle-ci cache son jeu derrière son rôle de mère au foyer. Adrian, le personnage principal, est évidemment le personnage le plus touchant. Du fait de ses secrets bien sûr, mais aussi par la façon dont il essaye de protéger ses proches, notamment son petit frère. Les acteurs contribuent grandement à la réussite du film et à l’attachement que l’on porte aux personnages. Aucune fausse note n’est à souligner et quand on sait que l’acteur principal Cory Michael Smith sera prochainement dans First Man, on ne peut qu’être impatients de voir ça. 

      1985

      L’histoire tape également de manière très juste en terme de thématiques et d’écriture. Un seul bémol serait cependant à noter concernant le scénario : à savoir la révélation de fin. Bien que celle-ci soit amenée de manière assez subtile, il reste assez aisé de voir où le film va nous embarquer. Beaucoup d’indices sont distillés ça et là et font comprendre trop vite pourquoi le personnage rend visite à sa famille en ce Noël. Donner un peu moins d’indications quant à sa condition aurait été parfait mais hormis ce point de détail, le scénario est lui aussi très maîtrisé. La vision des années 80 et d’un des phénomènes y étant lié est aussi juste que touchante. De quoi nous faire voyager dans le temps et découvrir la façon dont les choses pouvaient être vues à l’époque. 

      1985 est un film d’une maîtrise totale. Une oeuvre touchante et intimiste, dans la veine de nombreuses autres grandes œuvres cinématographiques. A découvrir absolument avant la fin du Champs-Elysées Film Festival. 

      Robin Uzan
      Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire pour Justfocus est un de mes plus grands plaisirs. Bonne lecture !

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