More
    More
      Array

      « Carmen » de Stromae : évitons les réseaux sociaux ?

       

      Stromae, ou notre « maestro » belge en verlan, porte véritablement bien son pseudonyme, puisqu’il gère avec une main de maître sa carrière étonnante et toujours plus réfléchie. Un exemple de chanteur particulièrement paradoxal, dissimulant un génie à peine déguisé.

      Je ne suis pas une fervente admiratrice du trentenaire belge, mais il faut reconnaître qu’il a un talent particulier pour mener à la réflexion ses auditeurs, s’ils décident de ne pas se contenter d’écouter les musiques en scandant les paroles à tue-tête. Avec « Carmen », dernier titre en date dévoilé sur le net il y a quelques jours, on comprend une fois encore à quel point Stromae mérite sa célébrité.

      Sur l’air du célèbre opéra de Bizet, bien entendu repris, on reconnaît quelques similitudes avec les paroles originales : « L’amour est enfant de bohème qui n’a jamais connu de loi » / « L’amour est enfant de consommation, il voudra toujours plus de choix » ; ce n’est qu’un extrait des paroles assez percutantes de ce titre, qui se veut prévenant à l’égard des utilisateurs des réseaux sociaux, en particulier ceux de la génération 2.0. Avec un clip faisant appel aux talents du dessinateur français Sylvain Chomet (qui a notamment proposé « Les Triplettes de Belleville »), il se met en scène accompagné d’un oiseau bleu qui grandit et devient de plus en plus menaçant et envahissant au fil du clip. Le jeune homme obnubilé par sa cote de popularité sur les réseaux est en fait désespérément seul, et même l’arrivée dans sa vie d’une demoiselle toute rose, tranchant avec le logo azur de Twitter, n’y change rien. Il est condamné, comme tous les autres, à se faire traîner jusqu’à l’immense monstre symbole de la société de consommation et d’addiction aux réseaux sociaux, et à se faire dévorer, puis finir dans les fientes de la bête. Pour Stromae, c’était logique, puisque nous sommes tous « un troupeau de moutons prisonniers de la Toile sociale et finalement absorbés par un énorme oiseau ». Que c’est joyeux !

      Pour ma part, j’ai trouvé ce clip assez dur visuellement, presque dérangeant, car j’ai trouvé la monstruosité et la fatalité du destin des utilisateurs de Twitter assez glauque. Certes, il faut apprendre à utiliser les réseaux sociaux à bon escient, et il n’y a pas de formation pour cela, il faut donc se former seul. Toutefois, cette vision inévitablement sordide de nos vies m’a mise mal à l’aise : je suis d’accord pour réfléchir aux conduites addictives, et un clip qui a autant de portée aura toujours plus d’impact qu’une petite campagne de sensibilisation par un quelconque organisme, mais le fait que ce soit « trash » apporte beaucoup de dureté au message. On en arrive presque aux campagnes pour la sécurité routière ou contre le tabagisme, avec des morts ou des blessés graves, ce qui choque pour convaincre.

      Et mettre en relief les dangers des réseaux sociaux tout en faisant appel à eux pour diffuser son message et se faire connaître, je trouve ça paradoxal et un peu malsain, mais c’est un avis personnel. Je trouve en tout cas que ce clip a un contenu vraiment intéressant, et la collaboration d’Orelsan et de Stromae pour les paroles a été une réussite, de même que les illustrations du clip ; un message délivré à méditer, qu’on aime ou pas.

       

      0

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.