Critique « Juste la fin du Monde » de Xavier Dolan (Cannes 2016)

A seulement 27 ans, Xavier Dolan c’est: 6 films, 5 présentés à Cannes avec 4 récompenses, et une présence dans le jury en 2015. Ayant débuté à 20 ans, il suscite aujourd’hui autant l’admiration que la jalousie, ou l’incompréhension. Pour JUSTE LA FIN DU MONDE, présenté en compétition officielle cette année, le québécois s’entoure d’un casting français 5 étoiles: Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux et Gaspard Ulliel. Ce dernier incarne Louis, un acteur de théâtre de retour dans son village pour annoncer sa mort prochaine à sa famille qu’il n’a pas vu depuis 12 ans.

Un huis clos familial intense et intemporel

La voix-off de Louis, par Gaspard Ulliel, pour introduire son retour présente l’intention et prévient sur sa peur. Il est perdu, dans un autre monde. Précédant ce récit, le texte d’introduction laisse penser à une intemporalité, comme pour justifier une adaptation très intime d’une pièce au parler théâtral : « Quelque part, il y a quelques temps déjà »  (Faisant penser à l’introduction d’un Star Wars).

La mise en scène particulière de Dolan s’installe lorsqu’il filme l’arrivée de Louis et des répliques fusantes. On pense à la pièce de Lagarce, et on perd nos repères. Entre dialogues incohérents, gros plans suivis de prises de vues en plongée, et montage ultra rapide. On imagine une maladresse, mais l’action se pose, avec ses personnages. Avec un début allongé et des séquences très lentes, on ignore encore une montée de tension linéaire allant jusqu’à la fin. La musique et le son réussissent à accélérer cette intensité, accompagnés régulièrement d’un tic-tac d’horloge raisonnant comme un compte à rebours. Celui de la mort de Louis, ou du moment qu’il choisira à leur dire. Malgré certains face à face bien trop longs (le plus intéressant étant celui avec son frère, avec qui le dialogue se fait toujours de dos, côte à côte, mais jamais dans les yeux), on ne boude pas le plaisir de regarder ces astres de la comédie qui donnent tout à leur metteur en scène.

Une charge émotionnelle ponctuée de larmes

« Xavier Dolan est très attachant, on a envie de tout lui donner et d’être aimées par lui, car lui, il nous donne tout.»

Les mots de Léa Seydoux et Marion Cotillard en conférence de presse se vérifient à l’écran. L’actrice oscarisée pour LA MÔME est étonnante de gêne et de silences à travers son personnage réservé. Léa Seydoux est parfaite quant à elle en petite sœur attachée, émouvante et forte en caractère. Vincent Cassel, lui, souligne le fait qu’à son arrivée sur le plateau il y a un an, on leur montrait des photos de leurs doublures dans leurs costumes, présentant les plans déjà préparés et la lumière déjà en place. Ayant à peine lu le scripte, ils n’avaient plus qu’à jouer. 3 semaines de tournage auront alors suffi. Celui qui fut présent à Cannes il y a 21 ans pour LA HAINE, sublime quiconque l’accompagne. Dans le rôle du frère râleur et désagréable, il livre un final pour lequel le fameux prix d’interprétation pourrait être justifié.

vinz

Divisant la presse mondiale, qu’on aime ou non Xavier Dolan, JUSTE LA FIN DU MONDE est un film parfois mou, aux défauts effacés par des interprètes au meilleur de leur jeu, et dirigés par un cinéaste d’une impudeur remarquable. Cette réunion « funéraire » brille par son absence de sincérité, et par sa proximité avec les visages de ses acteurs. La palme d’or, peut-être pas, mais une récompense, sans doute.

Au final, on se trouve dans une histoire quelque peu irréaliste, mais dont on ne cesse de ressentir le travail d’émotions recherché. D’une direction chirurgicale, les séquences se croisent, parsemées de rêves évasifs, dont les petites longueurs n’en sont que les seuls défauts. JUSTE LA FIN DU MONDE s’approche donc de l’excellence du genre. Définie par son réalisateur lui même comme son meilleur film, il est certain qu’il fera encore plus fort à l’avenir car, dans cet art, chaque film que l’on fait n’est que le brouillon du prochain.



Juste la fin du monde ne sortira qu’en septembre 2016. En attendant, voici un extrait du film:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.