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      Birdman

      Alejandro Gonzalez Inarritu, le réalisateur des géniaux « 21 grammes » et « Babel » a obtenu avec son dernier long métrage l’oscar du meilleur film. « Birdman » avec Michael Keaton, Naomi Watts, Edward Norton, Emma Stone et Zack Galifianakis, raconte comment une ex star de cinéma, interprète d’un super héros de comics, essaye de retrouver sa gloire passée grâce au théâtre, hanté par son personnage. Ce dernier est entouré d’acteurs de talents, de sa fille et de son meilleur ami, tous plus instables les uns que les autres.

      Inarritu a frappé fort, très fort. Il offre un long métrage très intelligent, un aimant absolu à oscars. Son dernier long métrage apparaît légèrement différent de ses précédentes œuvres. Ici, pas de film à tiroir où les différentes histoires s’entrecoupent, se mêlent, se lient. Ici, pas d’effet papillon. Seulement l’histoire d’un personnage, celui de Keaton, et de son entourage.

      La mise en scène de Inarritu est d’une qualité exceptionnelle. Essayant de la jouer à la manière de Hitchcock avec « La corde », le réalisateur essaye de dissimuler son film presque sous un seul et unique plan séquence. Pourtant, le montage est bien présent, discret et génial, précis et puissant. Ainsi, Inarritu prend sa caméra et offre de longs plans séquences absolument sublimes. Jamais sa caméra ne se pose en apparence seulement, il suit sans interruption ses acteurs, ses personnages avec une facilité, une aisance et une maitrise assez déconcertante. Le spectateur se retrouve ébahit par ces innombrables traveling avants, arrières, ou sur le côté. La caméra toujours en mouvement offre un rythme rapide mais contrôlé, laisse transparaître et s’exprimer la vivacité du théâtre et la folie des personnages. Le réalisateur mexicain trouve des cadrages, des angles et des plans absolument merveilleux, mais surtout garde un sang froid et une lucidité à toute épreuve pour signer une mise en scène aussi rythmée et précise. La caméra devient de véritables yeux, ceux du spectateur, qui suivent tous ces personnages dans leurs débâcles personnelles et perpétuelles.

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      Inarritu garde une place centrale pour ses personnages. Ceux si sont constamment mis en avant et sont de véritables héros grandiloquents et passionnants. Des guignols en roue libre aux passions, problèmes, tentations et hantises très bien traités. Le réalisateur offre une grande séquence à tous ses acteurs, chacun d’entre eux a sa tirade grandiose et impressionnante. Chacun d’entre eux peut s’exprimer pleinement et donner une dimension plus que convaincante à son personnage. Ainsi chaque interprète, en plus de son moment personnel de gloire, tient le film sur ses épaules, offre une prestation nouvelle pour la majorité d’entre eux. Jamais Emma Stone, Galifianakis ou même Norton ne s’étaient présentés sous ce jour. Parfaitement à l’aise, chaque artiste participe grandement à la réussite du long métrage. Mais c’est surtout Keaton qui crève l’écran. Toute la dernière partie du film lui est réservée, en combat mental perpétuel avec Birdman, l’acteur signe à l’écran une résurrection personnelle totale. L’acteur prouve que l’autodérision ne lui est pas étrangère puisque cette histoire autour de l’interprète de Birdman a quelques similitudes avec Michael Keaton lui-même, interprète du Batman de Tim Burton. Lui même ayant atteint la popularité absolue avec un rôle de super héros a, par la suite, eu quelques difficultés à trouver des rôles à sa juste valeur et suffisamment honorables pour continuer pleinement sa carrière cinématographique. « Birdman » est une résurrection absolue pour l’acteur.

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      Les personnages portent des thèmes forts. Ainsi, Michael Keaton interprète un personnage torturé par son grand rôle, regrettant le passé, atteint d’une horrible mélancolie, cherchant à récupérer sa gloire perdue. La reconnaissance médiatique étant indispensable pour les célébrités. Innaritu vient légèrement critiquer Hollywood, grand nid de célébrités qu’il ne considère pas comme des artistes. Il vient donc amener la distinction entre l’acteur artiste et l’acteur célébrité qu’il répugne. Chaque personnage est à la recherche de quelque chose. Keaton se demande sans arrêt si sa vie est réussie, si ce qu’il fait est utile et lui permettrait de laisser une trace sur le monde. Emma Stone est à la recherche de son enfance perdue, volée, ratée. Norton, antipathique, cherche simplement une reconnaissance personnelle et non médiatique. Les questions de l’utilité de l’art, de sa portée, de sa puissance sont également effleurées. Mais ce qui impressionne le plus, au delà de la mise en scène délirante, pourrait être la présence omniprésente et inquiétante du Birdman, que ce soit d’une voix off grave et pesante ou d’une créature en costume inquiétante, ce personnage a une influence non négligeable sur l’ensemble du film.

      Cependant, « Birdman » reste une arnaque. Le genre de film qui fait l’effet d’un choc court et puissant, l’effet d’une drogue qui vole l’esprit et le cœur, mais qui une fois ce vol effectué ne sait plus quoi en faire. Le long métrage séduit mais ne conquiert pas. Le réalisateur ne fait que nous impressionner, nous manipuler, nous montrer qu’il sait faire des choses hors du commun. Le long métrage reste prétentieux, cliquant, plein d’esbroufe et de superficiel. Cette si incroyable mise en scène serait alors un moyen de masquer la vacuité scénaristique. « Birdman » est-il vraiment un film fait pour durer ? Une fois l’étonnement retombé, peut-on toujours considérer « Birdman » comme un grand film ? Question difficile qui ne possède pas de réponse arrêtée, l’académie des oscars a elle décidé d’y répondre positivement.

      Pourtant, quelque chose d’autre se dégage du film. Quelque chose de plus grand, de plus philosophique, quelque chose de discret et masqué. Une étonnante question qui submerge chaque être humain, une question  brutale et universelle qui semble s’immiscer au travers de toutes ces pirouettes techniques. La question de la mort, du rôle de l’existence humaine sur terre, est amenée et pourrait même être la véritable âme du long métrage. Une sorte de recherche discrète du sens de la vie, masquée sous ces affabulations théâtrales. Une tentative de comprendre le sens de l’existence au travers de l’art. Quant au dernier plan, il ne peut qu’aller dans le sens de cette idée, comme si la vérité, la compréhension, la solution du problème de tout être humain explosait sous les yeux surpris d’Emma Stone…

      « Birdman » est donc effectivement une grande claque, mais le temps décidera si Inarritu a signé un chef d’œuvre ou non.

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