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      Critique du nouveau Tim Burton: « Big eyes »

      Big eyes

      Tim Burton est de retour. Après « Frankenwinie », une adaptation de son propre court métrage du même nom, l’une de ses premières créations cinématographiques, le réalisateur gothique offre ici un biopic sur l’histoire de la famille Keane, peintres controversés des années 1960. Ainsi, « Big eyes » raconte la scandaleuse histoire vraie d’une des grandes impostures de l’art. Le peintre Walter Keane a connu le succès révolutionnaire du commerce de l’art. La choquante vérité a cependant fini par être découverte : Walter Keane n’a peint aucun des tableaux qu’il s’est attribués, c’était en réalité sa femme qui tenait le pinceau. Le long métrage se concentre sur l’éveil artistique de Margareth Keane, l’argent qu’a obtenu son mari grâce aux ventes des tableaux, ainsi que la relation tumultueuse entre les deux personnages interprétés par Christophe Waltz et Amy Adams.

      Il y a bien longtemps que Tim Burton n’a pas signé un film personnel et puissant. Il y a bien longtemps que Burton n’a pas retrouvé le talent de « Edward aux mains d’argent » ou l’imagination du très poétique « Big fish ». Après de nombreuses superproductions aux effets spéciaux décadents, et quelques ratés artistiques, Tim Burton revient avec un film plus simple, au budget moindre, aux images de synthèses absentes. Avec « Big eyes », il revient au style de ses débuts, aux films qui lui ont apporté son actuelle popularité.

      Pourtant, « Big eyes » est encore bien loin des franches réussites de son réalisateur. Le long métrage n’est que très relativement réussi, une demi-teinte, à la fois passionnante et décevante. Le film offre quelques très rares envolées sublimes.

      Tout commence par un rythme beaucoup trop rapide et artificiel. Un arrière goût de Woody Allen plane sur le début du long métrage. Alors qu’une douce romance semble s’installer, les dialogues bien écrits sont très lyriques et doux. Un peu perplexe, le spectateur est surtout choqué par le détestable montage que met en place Burton. La frontière avec un simple et amateur téléfilm est faible. Tout s’enchaine beaucoup trop vite, les péripéties paraissent anodines, les enjeux inexistants. Mais ce défaut apparent peut être perçu aussi comme une véritable qualité. En allant très vite dès le début du long métrage, Burton nous évite les scènes de remplissages interminables, ennuyeuses et peu utiles, et ainsi esquive les souvent trop longs biopics communs d’Hollywood. La suite devient plus posée, plus calme, de véritables idées arrivent à s’exprimer au milieu de thèmes propres au réalisateur.

      Waltz et Adams

      Bien évidemment, les gros yeux de ces personnages tristes et intrigants que sont les tableaux big eyes apparaissent comme une source d’inspiration directe pour Tim Burton. Des enfants sombres et noirs qui ne sont pas sans rappeler l’enfant de « Vincent », ou même l’esthétique des personnages de « L’étrange noël de mister Jack », écrit et produit par Burton. Le réalisateur a ainsi pu mettre en scène une de ses sources d’inspiration avec un sérieux appliqué. Une sorte de retour aux sources.

      Burton traite également un phénomène qui s’est exprimé grâce à Walter Keane. La commercialisation en masse de l’art. En constituant des copies des tableaux, des copies de copies et un tas de produits dérivés, Keane fut le premier à industrialiser l’art et faire des œuvres des produits rentables de marque et de mode pour en tirer le maximum de bénéfice. Pourtant, Burton, à part traiter de ce fait comme simple partie intégrante de l’histoire originelle, n’apporte pas vraiment de critique ou d’avis sur de tels agissements.

      Cependant, le réalisateur porte un véritable avis sur les critiques artistiques, représentées dans le film par Terrence Stamp. Il semble confirmer leurs utilités mais il cherche pourtant quelque peu à les décrédibiliser. Peut-être voit il l’art comme un objet subjectif qui ne peut être uniquement catégorisé et déterminé par un seul critique d’art. Il ne semble pas accepter qu’un intellectuel décide que telle ou telle œuvre vaut plus qu’une autre au nom de sa propre perception, aussi assidue et spécialisée soit elle. Pour Burton, en aucun cas une œuvre doit être absolument déterminée uniquement par l’avis des critiques professionnelles, mais aussi évidemment par le public qui la découvre. Il ne défend pas les pratiques détestables de Walter Keane mais préfère laisser trancher le public plutôt que le critique.

      Ensuite, Burton transcrit à l’écran la relation tumultueuse et tendue des Keane. Sans jamais que celle-ci soit lourde, elle permet aux deux interprètes principaux de s’exprimer. Christophe Waltz apparaît fidèle à lui-même, un être charmeur à la face cachée, sombre et dangereuse. Un beau parleur superficiel, impulsif et violent. Waltz est encore une fois parfait et est certainement un artiste hors norme, ayant su imposer son propre style qu’aucun autre n’est capable d’égaler. Amy Adams ne déshonore pas, elle est belle, sensuelle, subtile. Elle interprète intelligemment son personnage, une Margareth patiente et calme qui attend son heure de gloire avec une détermination sans faille. Fidèle et crédule, elle est la représentation de la gentillesse, mais incarne aussi les prémices du féminisme engagé. Un personnage fragile mais pourtant influent: la femme sensible, touchée par l’art et exprimant sans restriction ses émotions.

      Amy Adams

      Burton est de retour avec un film beaucoup moins extravagant que ses précédentes œuvres. Avec une certaine humilité, il filme ses artistes et son histoire sans sourciller, avec respect. Pourtant, le spectateur ne peut qu’être déçu. Un sujet aussi vaste et aussi étrange que celui-ci aurait du ravir et combler le talent et le style de Burton. Une histoire vraie encore plus originale qu’une invention fictive, traitant de tableaux sombres et gothiques, un arrière goût de surréalisme et des personnages haut en couleur, Burton aurait du s’en donner à cœur joie. Il y a de bonnes choses dans sa création. Une certaine atmosphère se dégage, une évolution de ton apparaît dans le long métrage. Un malaise grandissant monte et prend le spectateur, une étrange impression mélancolique et inquiétante apparaît crescendo. Les tableaux Big eyes sont d’une puissance exceptionnelle. Sans prévenir, ceux ci hypnotisent le spectateur qui reste béat devant leurs immenses yeux transperçant. Véritables personnages à part entière, ce sont eux qui amènent une relative angoisse lors de leur présence, mais surtout lors de leur absence. Lorsque Margareth Keane peint, une certaine sécurité apparaît, une certaine sérénité. Mais lorsque les tableaux sont exposés loin de leur créatrice, ils semblent crier, ils ont l’air de dénoncer l’arnaque, de demander de l’aide dans des plaintes primitives et ardentes. Ils sont l’âme du film, peut être même une partie de l’âme de Burton.

      Big eyes

      Pourtant; le dernier film de Tim Burton est parfois insipide, fade, sans véritable épaisseur. Très conventionnel, le traitement de Burton manque de folie, un comble pour un réalisateur tel que lui et un sujet comme celui-ci. Son dernier long métrage est donc froid et distant, il n’est qu’un film propre sur lui sans véritable différence ou puissance. « Big eyes » n’est en réalité qu’un énième biopic qui profitera de la réputation décroissante d’un Burton fatigué qui, en manque d’idée et d’originalité, s’approprie celles des autres, même celles des escrocs.

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