More
    More
      Array

      A l’occasion du reboot de Twin Peaks, découvrez David Lynch musicien

      On le connait surtout comme le maître du cinéma onirique, mais David Lynch sait aussi manier mystère et angoisse musicalement parlant. La musique est en effet une part importante de sa filmographie, notamment grâce aux bandes originales d’Angelo Badalamenti. Le générique de Twin Peaks, c’est lui. La série réalisée par Lynch en 1989-90 est relancée avec une 3 ème saison annoncée pour 2017. Pour patienter, on peut s’imbiber déjà de l’ambiance musicale de ces oeuvres en se penchant sur 2 albums que le réalisateur a sorti ces dernières années : la voix, ainsi que quelques instruments, sont de Lynch. Une véritable bande son auto-produite et on-ne-peut-plus-fidèle à l’esprit de ses films.

      David Lynch Crazy ClownCrazy Clown Time (2011)

      David Lynch a accouché d’un bébé à 55 ans. Comme ce bébé non fini et informe de son premier long métrage « Eraserhead » , composé de longues digressions flippantes sur l’obsession et l’enfermement (en gros les thèmes de ces films). Le tout entonné étrangement par l’artiste lui-même dans des vagues références minimalistes, cold wave et lo-fi.

      David Lynch et la musique? Son ombre plane un peu dans « Dark Night of the Soul » sorti en 2009, l’ambitieux projet pop 80′s de Danger Mouse où a collaboré le gratin du rock indé US (Sparklehorse, Julian Casablancas, Grandaddy…). Son vrai 1er album fut « Blue Bob » en 2003, nom également qu’il prend dans cet album de blues expérimental, classé sans suite par les médias. Bob? Le « méchant » dans sa série Twin Peaks, où on voit aussi un nain patibulaire et difforme danser par circonvolutions dans un cauchemar dantesque. Ca doit être lui qui se réincarne dans le timbre blafard et poussivement fluet de David dans « Football Game ». Vous l’aurez compris, le réalisateur réussit l’exploit d’être le chanteur interprète de ses propres films, car « Crazy Clown Time » évoque largement toute sa filmographie, et fait encore mieux : il arrive à la faire revivre musicalement.

      Le long et tendu « I Know » , et son scandement envoûtant, endosse l’angoisse viscérale et funeste de « Lost Highway ». Le thème de la schizophrénie est une constante chez Lynch : en musique, ça donnerait le clinique et mécanique « Strange and Unproductive Thinking » . Cette voix, vocodée, susurrée, contorsionnée, se permet quand même un refrain pop dans le naïf et provoquant « Stone’s Gone Up » : David se moque ainsi du public et se joue des codes musicaux comme il se joue des codes cinématographiques (on l’a vu de manière criante dans la performance « Inland Empire »). Les répétitifs et lancinants accords sous réverb de « The Night Bell Will Be Lightening » (largement inspiré par Angelo Badalamenti) sont la partition-type de l’atmosphère pernicieuse qu’on retrouve souvent dans ses films : la menace qu’un désaxé fou, libidineux et illuminé (Dennis Hopper dans « Blue Velvet » par exemple) ne viennent troubler nos petits esprits enjoués et crédules.

       

      David Lynch - The Big DreamDavid Lynch – The Big Dream (2013)

      Album plus cohérent que le précédent, « The Big Dream » a réellement une identité musicale plus forte, plus bluesy, un peu plus démarquée de ses films. David a toujours cette voix vocodée, les paroles toujours aussi cryptiques et prophétiques, parfois poétiques, parfois romantique (les mêmes adjectifs pour qualifier Twin Peaks en somme). La tonalité se situe dans tous les cas entre cynisme et fatalisme. La ballade « Are you sure » saupoudre abondamment l’ambiance de sa légèreté mièvre et ironique, quand « Star Dream Girl » démarre comme un bon Tom Waits, pour entendre ensuite un David en piteux état (comprendre : prédisposé pour sortir le meilleur).

      Quand il vocifère des trucs alambiqués et tordus, on pense alors aux interprétations sans fins dans ses films. Dans un blues langoureux et un registre vocal naïf (entendez-le chanter dans « Sun Can’t Be Seen No More« , on dirait qu’il a aspiré un ballon d’hélium avant), « The Big Dream » lorgne également vers de la no-wave ou du post rock aux boites à rythmes presque indus (« I Want You« ). Bien que ce ne soit pas des albums majeurs, ils s’avèrent être des réalisations très réussies (« A Line Int Curves » est un autre exemple) , pour quelqu’un dont la musique n’est pas le média principal de son art. A écouter, quand on sait à quel point Lynch considère la musique comme un levier fondamental de ses films.

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

      Publicité