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      Critique « Quelques minutes après minuit » de J.A. Bayona : quand la réalité se nourrit de l’imaginaire

      Deux ans avant la sortie de Jurassic World 2, Juan Antonio Bayona (L’Orphelinat, The Impossible) revient avec son nouveau long-métrage, Quelques minutes après minuit (titre original : A monster calls). Le film, basé sur le roman éponyme de Patrick Ness, raconte l’histoire de Conor (Lewis MacDougall), un jeune garçon qui s’enfuit chaque nuit dans un monde imaginaire pour tenter de supporter les difficultés de la vie, notamment la maladie de sa mère (Felicity Jones). Un film séduisant artistiquement parlant et beaucoup plus ancré dans la réel qu’on ne le croit.

      Un écho au Labyrinthe de Pan

      Difficile, en lisant le résumé et au vu du trailer, de ne pas penser au Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro. Il est en effet possible de mettre les deux longs-métrages en parallèle. Ils suivent la même structure : un enfant se réfugie dans un monde imaginaire afin d’échapper à la dure réalité de sa vie et doit passer plusieurs étapes censées l’aider à évoluer. Conor reçoit en effet la visite d’un monstre (Liam Neeson), arbre géant qui vient chaque soir lui raconter une histoire, trois au total. La créature explique au petit garçon qu’il aura pour obligation de raconter lui-même la quatrième histoire et révéler sa vérité.

      On peut donc y voir des similarités à travers cette quête initiatique qu’ils doivent poursuivre seuls, plongés dans une période transitoire entre enfance et adolescence. Par ailleurs, les décors ont été confiés à Eugenio Caballero, déjà oscarisé pour Le Labyrinthe de Pan. Toutefois, malgré ces similarités, Quelques minutes après minuit reste une œuvre à part entière, qui s’en distingue en de nombreux points, tant sur le fond que dans la forme. Bayona complète ici sa trilogie sur la relation mère-fils, après les marquants L’Orphelinat et The Impossible.

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      Un rythme inégal mais beaucoup d’émotion

      De manière générale, le film manque de rythme. Peut-être est-ce dû à sa structure (trois histoires, une chaque soir, avec la vie quotidienne qui continue entre temps) qui laisse peu de place au suspens et aux rebondissements. Certains passages sont creux et manquent de saveur. Pourtant, à la fin, on sort les mouchoirs, car malgré ses défauts et quelques passages à vide, le film réussit à nous émouvoir profondément. Le deuil est un thème par lequel nous sommes tous concernés, et ici la question extrêmement délicate de comment faire face à la disparition d’un être cher est très bien amenée

      La direction artistique sert le propos : sur les plans sonore et visuel, le film est une réussite. Fernando Velazquez est à la direction musicale et confirme son talent de créateur d’ambiance. Les images sont magnifiques et renforcent cette atmosphère à la fois pesante et fantastique. Niveau sonore, mention spéciale à la musique du générique.
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      L’imaginaire comme moyen d’acceptation de la réalité

      La bande-annonce et le synopsis nous promettent une immersion dans un monde imaginaire, promesse qui n’est que partiellement tenue. Le film s’avère bien plus terre à terre que ce qu’on nous laisse penser.

      Même si l’on comprend dès le début que la mère n’a aucune chance de s’en sortir, ce n’est pas là que se trouve l’intrigue du film. Le véritable questionnement tourne autour de la vérité de Conor. Quelle est-elle ? Nous ne la découvrons qu’à la fin, implacable, bouleversante. L’imaginaire aide ici le personnage principal à avancer dans la vraie vie, à progresser et aurait mérité d’être davantage exploité. Le spectateur reste quelque peu sur sa faim. Ce qui est dommage, car les contes sont présentés sous forme de sublimes aquarelles dont on aimerait profiter plus longtemps. Néanmoins, cela permet d’appuyer un certain point de vue : les histoires et autres récits sortis de notre imagination n’ont pas pour seul but de nous aider à nous évader mais sont aussi là pour nous faire réfléchir. Les contes ont moins pour objectif de nous aider à nous échapper du réel que nous aider à l’affronter

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      Ainsi, contes et réalité se mêlent et se nourrissent mutuellement, mais le protagoniste est loin d’être naïf. Il est conscient d’inventer ces personnages. Le fait de ne pas prendre les enfants pour des êtres ingénus est aussi un des points forts du film. Les histoires de l’arbre ne sont pas les contes manichéens habituellement racontés aux enfants. L’opposition « gentils contre méchants » n’a pas sa place dans ce récit. Nous vivons toute l’histoire du point de vue de Conor, « trop grand pour être un enfant mais pas assez pour être un homme ». Conor, qui se fait aussi harceler à l’école, entretient des relations tendues avec sa grand-mère (Sigourney Weaver) et aimerait voir son père (Toby Kebbell) plus souvent. Face à cela, le jeune garçon manifeste sa volonté de se battre pour exister et quitte peu à peu le monde de son enfance.

      Quelques minutes après minuit est avant tout une œuvre sur l’acceptation de la mort d’un proche et sur la construction de soi, de son identité en tant qu’individu. La photographie, superbe, sert à merveille ce conte philosophique dans lequel chacun peut se reconnaître. Malgré un certain manque de dynamisme et de véritables péripéties telles qu’on les attend dans un récit fantastique, le spectateur ressort profondément touché. 

      Sortie le 4 janvier 2017.

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