Rock En Seine 2019 : l’année de la renaissance ?

C’est triste à dire mais cela faisait plusieurs années que nous assistions à une sorte de « descente aux enfers » de Rock En Seine, autant en qualité de la programmation qu’en nombre de spectateurs. Mais cette année, les organisateurs ont décidé de revoir le tout. Tout d’abord, une grande partie du site est changée : exit la Scène du Bosquet et la Scène de l’Industrie, les découvertes se feront du côté de la Scène des 4 Vents -et son village- et de la scène Firestone, déjà introduite l’année dernière.

Pour cette dix-septième édition, Rock En Seine a décidé plus que jamais, et dans une meilleure cohérence que l’année dernière, de jouer sur différents tableaux et attirer différents publics, lui valant toujours de multiples remarques sur le « manque de rock ». Oui, nous sommes en 2019 et même si la plupart des festivals portent le genre dans leur nom, la musique a évolué et le rock n’est plus majoritaire, loin de là. Rock En Seine l’a compris, sans toutefois perdre en qualité.

Clairo

La première stratégie du festival a été de nous prendre par les sentiments en programmant notamment The Cure en tête d’affiche du vendredi, offrant 2h15 de show aux fans réunis devant la Grande Scène, qu’on n’avait pas vue aussi remplie depuis des années -bien loin du flop de PNL l’année dernière. Mais ce n’est pas tout, nous avons également eu droit à Johnny Marr déballant les plus grands tubes des Smiths ou encore EELS plus en forme que jamais. Pari réussi : le vendredi a effectivement affiché complet, une première depuis des années pour le festival.

Inutile de nier, la musique électronique avait une place prépondérante pour cette édition. Et si le concert EDM/trap de Major Lazer est loin de nous avoir séduit, le reste faisait sûrement partie des meilleurs moments du week-end. Pendant que tous les fans de The Cure rejoignaient le métro, Vitalic et Rebeka Warrior sont venus présenter en live à ceux qui y auraient encore échappé leur récent projet Kompromat. Des lasers horizontaux latéraux se reflètent sur la chanteuse, scandant des paroles allemandes brutes, froides mais diablement frissonnantes pendant que le producteur délivre une techno industrielle des plus ravageuses, en faisant l’un des lives électroniques les plus ambitieux de l’année. Mais l’événement électronique du week-end était bien évidemment le closing par le grand Aphex Twin, qui a dû en déstabiliser plus d’un. Lasers majestueux, écrans géants déformant le public et montée en puissance vers un quart d’heure final dantesque, le Britannique a réalisé un coup de maître, et sûrement un coup de génie lors d’une séquence de plusieurs minutes déformant les visages de personnalités françaises, de Jean-Luc Mélenchon aux Visiteurs en passant par Bilal Hassani.

Kompromat (Crédit : Mathieu Foucher)

Mais malgré les détracteurs, le rock et la pop ont bel et bien eu leur place au cours du week-end. En une heure chrono sur la scène de la Cascade -choix discutable, on aurait plutôt vu Royal Blood prendre ce créneau pour laisser la grande scène à Foals, bref-, les Anglais de Foals ont délivré l’un de leurs concerts les plus intenses entre deux « Fuck Trump ! Fuck Brexit ! » du chanteur Yannis Philippakis. On retiendra également le set mi-énergique, mi-dépressif de Girl In Red, crowd-surfant du haut de ses 20 ans, Let’s Eat Grandma expérimentant flûte, saxophone et macarena dans une bonne humeur générale, la nouvelle venue Clairo et sa bedroom pop mignonne et intimiste se faisant offrir un drapeau LGBT breton, et enfin la magnifique et talentueuse Jorja Smith illuminant de ses « Blue Lights » le parc de Saint-Cloud.

Malgré des annulations plus ou moins de dernière minute (entre Sharon Van Etten, Max Jury et King Princess, la dernière est sûrement celle que l’on garde le plus en travers de la gorge, annoncée quelques heures avant le set), Rock En Seine a prouvé cette année qu’il était loin d’être mort. Au contraire, il mérite toujours autant sa place parmi les meilleurs festivals français.

Crédit photo à la une : Olivier Hoffschir

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