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      Pitchfork Paris Music Festival 2018 : on y était. Compte rendu.

      Il faisait franchement frisquet cette année à la grande Halle, et les festivaliers avaient intérêt à trouver de quoi se réchauffer l’âme et le corps. Les 3 jours n’ont pas manqué d’occasions pour cela. Petit aperçu à travers quelques concerts.

      Jour 1 : jeudi 1 er novembre

      Ambiance – Pitchfork Festival 2018 cr. Piotr Grudzinski

      Au fil des années, le Pitchfork Paris Music Festival s’est imposé comme le rendez-vous de l’automne à ne pas manquer et a investi une nouvelle fois la Grande Halle de La Villette. Au programme, on nous promet le meilleur de la musique alternative, nouveaux venus comme artistes établis. Il faut dire que pour cette septième édition, le Pitchfork a misé sur des têtes d’affiche audacieuses. En marge des noms que l’on retrouve habituellement sur le circuit des festivals estivaux : Mac Demarco, Kaytranada et Bon Iver.

      C’est avec une sensation de déjà-vu qu’on arrive à la Villette pour ce premier jour de festival. On est accueilli par les stands de street-food, les gens ultra-sappés, la prédominance d’accents britanniques au mètre carré et les bières un peu trop chères. Sur la scène pink, Rolling Blackout Coastal Fever s’activent, faisant grincer leurs guitares et balançant avec une énergie solaire des tubes pop-rock malheureusement assez dispensables.

      Le roulement entre les deux scènes d’un bout à l’autre du festival est impitoyable et millimétré. A peine les australiens achève leur set que Yellow Days commence le sien. L’adolescent de seulement 17 ans impressionne avec un son entre le neo-jazz et le blues.

      Etienne Daho : le crooner 80s

      Le temps d’un passage au karaoké booth et c’est déjà au tour d’Etienne Daho. Le crooner 80’s, dont le nom semble s’être perdu au milieu de cette programmation. Les artistes de l’hexagone se font rares, et il nous a fait honneur. Les arrangements live font unanimement danser et Daho fait démonstration d’un charisme indéniable dans une scénographie impeccable. Dans une foule de millénials, il semble que l’irrécupérable dandy ait réussi à réconcilier les générations . Il arrive à devenir une figure intemporelle dans le paysage de la chanson française. Groupe très attendu de cette soirée, c’est devant un public rugissant que The Voidz prennent possession de la scène.

      Julian Casablancas & The Voidz – Crédits Roberto Serra – Getty Images

      Julian Casablancas fait office de leader dédaigneux qui ne semble pourtant n’avoir aucun mal à se mettre une foule jusqu’à là très – trop – polie dans la poche. « Ils vont peut-être glisser une chanson de The Strokes, c’est possible hein ? » entend-on parmi les messes-basses des festivaliers.

      Raté. La setlist de dix chansons alterne entre les morceaux dissonants, à commencer par M.utually A.ssured D.estruction ou encore Black Hole, et plus accessibles comme le plus récent Leave It In My Dreams. Déconcertant pour les non-initiés, parfois approximatif dans l’exécution, The Voidz ont réussi le défi de faire bouger le Pitchfork festival avec de timides mosh-pits fleurissant ça et là et on salue l’effort.

      Mac Demarco : une soirée tranquille entre potes

      C’est sur les synthés de On The Level que la foule se presse pour assister au concert de la tête d’affiche de la soirée. Le rock planant qui fait désormais la signature de Mac Demarco annonce la couleur pour cette fin de soirée.Une ambiance cool et décontractée, un peu la bande son que l’on passerait pendant une soirée tranquille entre potes. D’ailleurs on peut apercevoir dans un coin de la scène, des tables, des chaises et des gens qui sirotent des bières. Tout en appréciant le set du Canadien. Tout se déroule sans accroche et s’apparente au calme plat, il faut dire qu’après le show en dents de scie de The Voidz, c’est comme si le soufflé était retombé.

      Cependant, la fin du concert nous rassure, Mac Demarco n’a pas perdu le grain qui l’anime habituellement. Alors qu’il fait monter un jeune fan sur ses épaules, il laisse le micro à son guitariste qui tombe le T-shirt et se lance dans des reprises des Misfits. Un moment absurde qui laisse place au fédérateur Still Together pour clôturer ce premier jour.

      Jour 2 : Vendredi 2 novembre

      Bagarre – Dream Wife – Pitchfork 2018 – cr. photos Céline Guignier

      Bagarre - Pitchfork 2018 - Cr. Céline Guignier Dream Wife - Pitchfork 2018 - cr. Céline Guignier

      Le lendemain, la Grande Halle de la Villette paraît un peu plus remplie. Cependant, cela ne se ressent pas dès les premiers sets de la soirée, du concert énergique du trio rock féminin Dream Wife – et sa chanteuse sosie d’Amanda Seyfried demandant à dire « fuck you to gender norms » avant le fédérateur « Somebody » – aux plus planants Lewis OfMan et Car Seat Headrest.

      Bagarre : survoltés

      Après des allers-retours incessants entre les deux scènes il faudra attendre l’arrivée sur scène de Bagarre pour voir le public bouger un peu. Le public du Pitchfork Music Festival Paris est majoritairement anglophone. Et c’est compréhensible quand on voit la programmation.

      Aussi survoltés que d’habitude, les Français ont délivré un beau best-of de leur discographie : les énervés « Béton armé » et « Danser seul (ne suffit pas) », l’hymne à la masturbation féminine « Diamant » ou encore le plus vieux « Le gouffre ». Peut-être un peu trop survoltés pour des Anglais visiblement perturbés par le spectacle, répétant « what is that ? ». Et que dire de ce final… explosif. Ne leur en déplaise, c’était sûrement l’un des meilleurs concerts de ce vendredi soir.

      Blood Orange : on veut rester jusqu’à l’aube

      De quoi rattraper la déception et la gêne laissée par CHVRCHES juste après. A l’image de son troisième album Love Is Dead, que le groupe écossais était ici venu défendre. C’est donc à une majorité de titres de ce dernier essai à laquelle nous avons eu droit. Mais le live ne rattrape en aucun point les versions studio. Même les vieux morceaux, bien meilleurs – « Clearest Blue », « We Sink », « Leave A Trace » en tête – se révèlent mous et mal exécutés. Entre deux monologues incompréhensibles de la chanteuse à moitié bourrée, la palme d’or de la gêne sera tout de même l’interprétation d’ « Under The Tide » par le membre Martin Doherty…

      Bien moins consternant mais tout de même un peu mollasson du côté de Blood Orange. Cinq ans après son unique performance française au même endroit, le chanteur anglais est désormais armé de deux albums de plus. Et il a fait la part belle à ces deux derniers – de « Augustine » à « Charcoal Baby ». Entre soul, jazz et r’n’b, Devonté Hynes a plus qu’envouté les festivaliers. Et on espère qu’il continuera longtemps.

      Minuit pile, il est désormais l’heure du grand final avec Kaytranada. « You’re experiencing Kaytranada live » pouvait-on lire à maintes reprises sur le grand écran derrière le producteur, et on n’aurait pas trouvé mieux à dire. Entre DJ-set et live, entre exclusivités mondiales – ce fameux titre inédit en featuring avec Kali Uchis – et apparition de Shaun Ross, le Québécois a fait danser jusqu’à l’autre scène, située à l’opposé. A tel point qu’on aurait voulu rester jusqu’à l’aube, comme le samedi.

      Jour 3 : Samedi 3 novembre

      Pour clore cette édition 2018, Le Pitchfork Paris Festival nous propose un samedi qui démarre doucement puis qui termine sur des auspices plus dansantes. Le tout dans une Halle assez givrée par un froid soudain. On vous raconte à travers quelques concerts auxquels on a pu assister

      Stephen Malkmus & The Jicks – Pitchfork 2018 – Cr. Piotr Grudzinski

      C’est malheureusement en retard que je me rend à la Halle, suffisamment en avance toutefois pour écouter un petit monument de l’indie rock : Stephen Malkmus & The Jicks. Bon, il mérite quand même une petite présentation : leader du groupe Pavement, groupe californien lo-fi des 80s, sans retournage de veste à la Red Hot Chili Peppers.

      Un poil moins de fans (c’est peu dire) pour ces admirateurs de Sonic Youth et de Pixies, avec le côté nonchalant de Dinosaur JD et de Weezer. Ce soir, il déroule ainsi quelques morceaux récents de son side project The Jicks, agréablement joué, sans forcer.  Quitte même à se fier un peu trop à leurs acquis. Les quelques aficionados en auront quand même pour leur nostalgie.

       

      Unknown Mortal Orchestra : mixture rock psyché, RnB et jazz

      C’est une toute autre ambiance qui démarre avec Unknown Mortal Orchestra, collectif américano-néo-zélandais qui nous offre une mixture rock psyché, RnB et free jazz. Cela bouge pour ainsi dire beaucoup plus, cela va sensiblement dans le aigus, dans les crescendos et dans les accélérations. La tonalité globale est soul, l’ambiance est celle d’un groupe jazzy, sans jamais répéter le rythme plus de 2 mesures. Assurément de quoi groover cette semaine bien froide.

      Uknown Mortal Orchestra – Pitchfork 2018 – Cr. Piotr Grudzinski

       

      Bon Iver : le clou baroque de la soirée

      En voilà un qui n’aime pas se répéter non plus . Bon Iver, qui commença par déchirer le coeur avec « For Emma, Forever Ago » il y a déjà plusieurs années. Dans cette série de piques de glaces, il se met à nu seul avec sa guitare. Plus suffisant : dans « 22, A million », l’américain va s’entourer de fantômes et de rythmes non identifiés, le schéma folk est trop bateau pour lui. Il veut sauter sans prévenir dans des contrées électro, décliner sa fibre vers des chansons plus fastes, plus baroques. C’est dans tous les cas avec des musiciens assez denses qu’il se produit. Ici un clavier / séquenceur sans cesse en alerte, là des cuivres en flux tendu. Le tout dégage solennité, maîtrise et volupté, un mélange d puissance et de douceur, assurément le clou de la soirée.

      Bon Iver – Bonnaroo Arts And Music Festival -Jeff Kravitz / Getty Image

       

      Non qu’on soit ennuyé par un niveau de BPM pour l’instant assez bas, bien au contraire, mais c ‘est quand même samedi soir. On convertit alors la Halle en double dance-floor géant, d’abord pour Jeremy Underground. Un DJ du label My Love Is … Underground, qui va nous faire donc un remix, logiquement… underground. Bon, bien que le mix produit ce soir la est en soi un plaisant moment de joie dansée et que le talent est clairement audible, l’underground qu’il entend veut simplement dire “un (voire deux) cran au dessus de David Guetta”, mais pour les adeptes du vrai underground, on repassera.

      DJ Kôze : alors on danse

      Ou alors on patientera jusqu’à DJ Kôze (prononcez Kozé) juste après, puisque au delà des caractères underground ou pas, c’est quand même à un sacré freak de la house qu’on a à faire là. Dans ses productions, tant de richesse et de jusqu’au boutisme, tant d’élévation de la house. Ce mec est un peu le genre de trésor sur lequel on peut tomber par hasard, tout autant qu’un incontournable des boîtes berlinoises : il va créer des émules et à la fois ne jamais décevoir ses fans. Il se réinvente tout autant qu’il se confirme. Ce soir là au pitchfork, le public qui plane se regroupe soudé et vacille avec lui, dans une impressionnante fête. L’autre clou de la soirée.

      DJ Kôze – Pitchfork 2018 – Piotr Grudzinski

       

      Rédaction : Simon Brazeilles, Céline Guignier, Piotr Grudzinski

      Photos : Céline Guignier, Piotr Grudzinski et autres crédits précisés

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