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      Omar Souleyman sort « Bahdeni Nami » : la techno venu du désert syrien

      La Syrie pour les artistes, en ce moment, c’est pas top : lorsqu’on est chanteur, qu’on a eu la chance d’avoir fui son pays en guerre et qu’en plus on rencontre des artistes électro  de renommée (FourTet, Modeselektor) la curiosité est déjà là. A l’écoute, les claps d’applaudissement aussi : la musique d’Omar Souleyman, 49 ans, explose littéralement les frontières entre techno, dabké et dance. Il est très apprécié des festivals électro (l’ouverture du dernier Weather Festival, c’était lui). Tout un programme…

      Omar Souleyman
      Omar Souleyman

      Omar Souleyman débuta la musique en animant des mariages dans sa Syrie natale. La musique et la danse y prennent une place importante : pour fêter l’heureux évènement, on y danse la dabké, accompagné d’instruments traditionnelles aux mélodies orientales et aux rythmes frénétiques. Repéré par un artiste californien en 2007, il enregistre déjà des nombreuses cassettes de ses prestations chantées lors des cérémonies, toujours accompagné par un orchestre traditionnel. Lors d’un séjour en Angleterre, l’artiste électronique Four Tet repère l’album « Jazeera Nights » sorti en 2010, et apprécie la tournure pop, voire dance, de ces morceaux de chaabi ( musique de club maghrébine ) et de dabké, notamment lorsqu’il troque la rythmique folklorique contre des beats plus digitaux et surtout un BPM ultra-rapide, doublés d’enchainements dance et trance assez obsédants. Il remarque aussi la pauvreté de la production et le son de mauvaise qualité, signe de l’origine modeste de l’artiste.

      Il se propose alors de produire le prochain album, « Wenu Wenu » (2013), qui lance véritablement la carrière internationale de ce porteur invétéré de djellaba et keffiehs, ses marques de fabrique. Et c’est la claque : l’album comble avec joie le manque de profondeur et d’épaisseur de ses morceaux, via le travail impeccable du londonien, qui maximise les plaisirs de ces sonorités orientales, faites de digital comme d’instruments traditionnels. Les beats sont bien plus incisifs, les envolées des violons sont remplacés par des notes enchanteresses et futuristes à la fois,  la voix d’Omar et ses palabres arabes sont aussi libérés. L’influence de la techno anglaise n’apporte sa consolidation que dans la forme, le fond et l’esprit d’Omar sont conservés : ses morceaux récents sont largement diffusés dans les mariages traditionnels, les percus et violons ont toujours leur part. Tout autant qu’ils sont encensés par les festivals techno et par d’autres artistes.

      Ce qui plait aussi chez cet artiste et qu’il ne se prend jamais au sérieux, en témoigne le clip kitchissime de son single « Warni Warni » : derrière son air de baroudeur du désert insensible, il nous montre un côté hilare et burlesque, devant des danseurs de dabké jovials et des photos de cartes postales, volontairement mal montés  (New York, Paris, le Taj Mahal…).Un peu pour revendiquer ironiquement sa stature de star arabe désormais mondialisée. Drôle !

      Il parvient même à séduire la fibre musicale ô combien fine de Bjôrk, et se paye le luxe de remixer un de ses morceaux : la voix islandaise de glace mêlée à celle hyper chaude et gutturale d’Omar, sur des va-et-vient arabisants exquis.

      Pour « Bahdeni Nami« ,qui vient juste de sortir, il est entouré cette fois de quelques tenors du label Monkeytown, qui a signé l’artiste : Modeselektor intervient sur la cadence effrénée de « Leil El Bareh« , tandis que Gilles Peterson se fait plaisir sur « Tawwalt El Gheba » et que Four Tet se livre à nouveau en collaborant au joyeux « Bahdeni Nami ». Aux sonorités plus homogènes et moins dance que Wenu Wenu, Omar Souleyman signe ici des morceaux plus proches de ses débuts dabké avec le BPM diminué, et le rythme traditionnel plus respecté. Cela reste néanmoins de très bonne facture, car n’importe quel morceau de « Bahdeni Nami » qui passerait dans une soirée de club aurait le don de mystifier littéralement la foule, dont le mouvement serait un mélange de cambrures érotiques et de saisissements sous hypnose.

      Omar Souleyman passe le 14 août prochain à La Machine du Moulin Rouge à Paris.

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